22 février, 2008

Le livre de mes quatre vingt ans.































































































Le livre de mes quatre vingts ans.

Mes Notes autobiographiques.

Un homme qui a beaucoup vécu a tristement appris que dans toutes les relations, la vie est une lutte, plus ou moins déguisée, ou le plus habile est celui qui sait lutter en ressentant le moins de peine, et le meilleur, celui qui en cause le moins à son adversaire. » Benjamin Constant.

On écrit son autobiographie au crépuscule de sa vie, quad les souvenirs tourbillonnent dans la pensée, et on sent alors la nécessité d’y mettre de l’ordre et de libérer une tranche appréciable de la mémoire. La biographie, c’est le moyen de se faire connaître, passablement comprendre, et peut être même apprécié par un lecteur féru des récits d’événements du passé. On a aussi l’espoir de léguer à ses proches une certaine image de soi même, de son caractère, de sa façon de concevoir l’existence, de se comporter vis à vis de son prochain, et d’envisager la vie. Cette autobiographie n’est pas trop différente des autres. On y retrouve les mêmes intentions : souligner à travers les événements de sa vie, les jours illuminés, les jours ternes, les jours de bonheur, de tristesse, de revers, de solitude, de confiance, de désillusion, de dépendance et de liberté. Quand on ecrit son autobiographie, on pense en secret que le monde entier pourrait s’y intéresser. « Parce que les hommes possèdent l’heure d’aujourd’hui, ils croient que leur voix se fera entendre dans l’avenir » J’ai écrit ce livre, pour que nos enfants et nos petits enfants et nos arrières petits enfants, puissent, s’il le désiraient, avoir accès à des informations nous concernant. Ce récit a été rédigé particulièrement en commémoration de mes 80 ans le 27 décembre 2005.
J’ai voulu démonter l’étonnante variété des évènements qui jalonnent une vie, avec ses bons et mauvais moments, avec ses peines, ses difficultés, ses tristesses et ses joies.
A un autre le soin de juger si le destin m’a bien servi et si j’ai pu jouir de ces longues années données par le Seigneur. Je pense que j’ai eu de grands moments, mais aussi des moments difficiles et pénibles. Je plains ceux qui n’ont rien à raconter, qui ne veulent pas se souvenir de ce qui a été bien ou mal dans leur vie.
Je serai heureux d’avoir pu, selon mes moyens, léguer à mes enfants et petits enfants et aux générations futures de la famille, un témoignage des faits marquants qui ont jalonné ma vie.
J’ai eu de grands et de petits bonheurs : la lecture, la musique classique, les bons repas de famille, les visites des parents et des enfants, les bains de mer, le bon whisky et le bon vin, l'euphorie des dimanches après la messe et enfin, ma femme ronde ! Loin de moi l’idée de dénigrer. J'ai épousé quelqu'un de différend et tout s'est bien passé, comme vous l'avez toujours deviné. ”
« La vie est une monotonie. A cette monotonie agitée, il succède un profond silence ».

Les premières années
Je suis né le 27 Décembre 1925 à La Louise, Quatre Bornes dans une petite maison en bois, située au bord de la route St. Jean. Le docteur René Ythier qui m’a mis au monde a eu à me persuader de façon inattendue, de respirer et de prendre place parmi les vivants en me secouant par les jambes, tête en bas. La maison natale est de nos jours, le ‘Général Supermarket’ de Quatre-Bornes. Etant né le jour de la fête de l’apôtre Jean, je ne porte curieusement pas son nom, en dépit des traditions, mes parents ayant plutôt choisi de m’appeler Pierre, comme mon père, Jacques, en souvenir du père Jacques Désiré Laval, et Sténio, dont j’ignore l’origine. Mon premier souvenir de ce monde remonte à l’âge de 4 ans. Je me vois jouant à côté de la haie de bambous, tirant les jeunes bourgeons afin d’imiter mes soeurs qui les rassemblaient pour en fabriquer un frêle et éphémère collier. Je suis vêtu comme un cosmonaute, étant très sensible aux maladies du poumon. Après plusieurs bronchites, je suis devenu un petit garçon qu’on doit surveiller, afin d’éviter les rechutes de problèmes pulmonaires. Nous habitions alors la rue Henri Lemaire, Beau Bassin.
Nous avons ensuite habité une grande campagne située à la rue Lavoquer, toujours à Beau Bassin. J’ai bien aimé vivre dans cette grande maison, entourée de grands arbres et ornée d’une vaste pelouse, en face de la varangue créole. J’ai flâné librement, pendant une éternité, sous les manguiers, les letchis, et les arbrisseaux ornementaux. Il existait certainement une allée bordée de Crotons, aux couleurs rutilantes et des touffes impénétrables de gros bambous où on pouvait se cacher. C’est dans ce grand jardin que j’ai revu avec ravissement, des années plus tard, que j’ai pris goût de la solitude et du plaisir d’interminables rêveries. C’est dans ce décor que j’ai laissé voguer mon imagination sans bride, m’appliquant avec ferveur dans la création des images de rêve, les yeux bien ouverts.

Enfance.

C’est vers la fin de 1931, j’allais avoir 6 ans quand j’ai contracté une infection à la cheville. J'ai été contraint pendant assez longtemps de rester alité, car j’avais une cheville enflée, avec des rougeurs. Le docteur René Ythier me soignait à l’aide de cataplasmes, qu’on appelle ‘fomentations’ à Maurice, pour résoudre les inflammations. Ce traitement consistait dans l’application d’un médicament qui était placé dans un coussinet de laine, préalablement porté à la température de l’ébullition de l’eau. Ma mère et notre servante Germaine avaient toutes les peines du monde pour me faire accepter ce traitement quotidien, très douloureux, que je haïssais. C'était sans aucun doute la période la plus pénible de mon existence et je n’avais alors que 6 ans. Je pense avoir été atteint d’une septicémie localisée. Une septicémie plus généralisée a failli m’emporter à l’âge de 67 ans.
Dès 1932, j’étais un assidu de l’école du gouvernement de la rue Gustave Collin à Beau Bassin en même temps que mon grand frère Max.
Mon père avait un gramophone ayant un cornet très évasé. On me permettait de tourner parfois la manivelle pour mettre en route le système d’horlogerie, mais Jenny et Maud étaient seules autorisées de remplacer l’aiguille à chaque fois qu’on changeait de disque. Ma mère et mes soeurs préféraient écouter une version romantique de la chanson ‘Ramona’ plutôt que le Jazz, que mon père affectionnait particulièrement. Nous habitions cette même demeure quand on a appris plus tard la mort de ma grande tante paternelle ‘Mére’ qui s’était éteinte dans son sommeil à Port Louis, pendant la nuit.
j’ai très bien connu ma grand-mère maternelle, toujours vêtue de couleurs sombres, probablement le noir et qui avait un visage austère et sévère. Je pense qu’elle avait l’habitude de dissimuler ses sentiments. Elle habitait à la rue Téléphone à Beau Bassin et elle est morte le 20 juin 1932, alors que j’avais 7 ans. Elle s’appelait Claire Isabelle Emilia et était née Thomas. Son époux, mon grand père maternel Henri Léopold Ithier devait mourir très jeune à 42 ans. Ma grand mère paternelle Mérette est morte en 1924.
On habitait toujours à la rue Lavoquer, quand ma mère a hérité d’une certaine somme d’argent, et mes parents ont décidé de faire construire notre propre maison. Mon père s’est occupé de réaliser le projet, et je me souviens très bien de l’avoir souvent accompagné pendant la construction de la maison qui était située à la rue Sir Napier Broome à Beau Bassin.
La maison située à la rue Téléphone, No 30, Sir. Napier Broome est devenue la maison familiale où nous avons grandi.
Notre maison. Gladys dans l’allée des Hortensias.
On avait comme voisins la famille Auguste et presque vis à vis le couple Dantier, Frank et Andrina que je connaissais bien. Andrina, une couturière, qui nous confectionnait des pantalons en tissu épais, du Kaki, et des chemises sur mesure, était très avenante. A la mort de son mari, tante Andrina, comme on l’appelait, est devenue une bonne amie de ma mère et de la famille. Andrina était la tante de Denise.
Nous étions tous ravis d’habiter la maison neuve qui avait fière allure. Il y avait une varangue ouverte avec de gros poteaux carrés et pas moins de quatre chambres assez spacieuses. La salle de séjour était assez vaste, ayant au milieu un tapis persan au bord duquel était exposé la chienne Marphise, que ma mère avait adoré et avait fait embaumer. J’ignore le sort du chien Porto, le fidèle compagnon de Marphise, et notre ami dévoué. Nous étions des gosses innocents mais qui insufflaient de la vie à cette demeure. Un matin, j'ai été témoin du déballage d’une grosse caisse que mes parents avaient reçue par bateau de France. Il s’agissait d’une table polygonale, dont le bois avait été ciselé en dentelle. C’était mon oncle Léon, un antiquaire installé en France, qui venait d’honorer une commande de mes parents pour une table de milieu de salon. Cette table m’a été confiée, après la mort de ma mère et c’est le seul souvenir de mon enfance que je possède à ce jour.

A partir de cette période, mes souvenirs deviennent plus précis.
Mon père était le maître d’école à Beau Bassin et le matin, avant 9 heures, il se rendait à pied à la rue Gustave Collin, accompagné par trois bambins Max, Lily et moi même. Il devait plus tard nous laisser nous rendre seuls à l’école. Il n’avait pas de voiture ; d’ailleurs, peu de gens avaient alors les moyens de se payer une voiture. Mon père ne savait pas conduire, et il est mort sans avoir pu acheter une voiture. Comme presque tous les mauriciens de son âge, il n’avait jamais quitté le pays pour voyager. Jenny et Maud avaient déjà abandonné les études, probablement pour se préparer au mariage, comme c’était de coutume en ces temps lointains, du moins, je le suppose. On avait à cette époque une curieuse habitude de prendre un déjeuner complet avant de partir, vers huit heures ou huit heures trente ; très souvent une assiette de riz et un plat d’accompagnement, qui pouvait consister en viandes, poisson, légumes et grains secs. C’était ensuite, d’un commun accord, le moment propice de quémander des pièces d’argent pour s’acheter une banane ou des gâteaux pendant la récréation. « Papa, sous » ! C’était invariablement l’entrée en matière de Max.
Quand il était de bonne humeur, ou qu’il voulait taquiner ma mère, qui adorait son fils aîné, il lui disait d’un ton faussement définitif « Si vous êtes soul mon garçon vous pouvez aller dormir ». Pour en finir Max recevait dans ses paumes reconnaissantes un petit sou. Dotation semblable pour ma soeur Lily et moi même. Un sou, c’était presque la fortune pour un enfant en ces temps là, j’avais parfois deux sous quand mon père voulait montrer sa tendance à préférer Tono, le dernier fils qui avait des fossettes et qui lui ressemblait un peu. Il avait l’habitude de le proclamer à tous ses parents et amis. J’avais alors l’impression de lui appartenir tout particulièrement.
On s’achetait des gâteaux avec des marchands ambulants pendant la récréation où on économisait son pactole pour se rendre les après-midi chez Tin Loi, le boutiquier du coin. Nous étions friands de ‘Piow’, de gâteau gingembre, de sucre d’orge, ou de gâteau canette. Cette grosse bille de sucrerie, une fois avalée, paraissait comme une boursouflure d’un côté de la joue. Celle-ci demeurait déformée pendant une quinzaine de minutes au moins, car on ne se hâtait guère pour faire diminuer le volume de la bille, que l’on suçait avec délices. Je crois que les gosses ne connaissent pas cette sucrerie de nos jours. Max, qui avait une faim de loup, se payait parfois un demi pain dit maison, et des conserves de sardines pour pas plus de trois sous. Au moment où j’écris le pain ‘maison’ dont le poids est réduit de moitié, coûte plus d’une roupie !
Quand j’avais 6 ans, on allait au cinéma Eden, une bâtisse délabrée en tôle qui passait des films muets. L’écran était fixé aux trois quarts de la longueur de la salle, et on avait placé des bancs de chaque côté. Les enfants s’entassaient du côté le plus court, à l’arrière de l’écran et tout en voyant normalement les images ne pouvaient lire les explications qui s’affichaient à l’envers. Le samedi, on se rendait en groupe en compagnie de Jenny et de Maud.
Jenny, c’était la grande fille ou celle qui se donnait des airs de grande. Elle avait le droit de gronder ses plus jeunes frères et soeurs, mais guère celui de les corriger au rotin. Le rotin qu’on appelait rotin bazar était un jonc importé qui servait à la fabrication de chaises de varangue. Elle partageait avec Max les attentions particulières de ma mère, du moins on le croyait fermement alors. Maud, Modo, ou Moucheté comme l’appelait mon père, avec affection, était la brunette à l’air décidée qui avait la réputation de prendre toutes les initiatives. Max un dégingandé de 14 ans, avait déjà l’apparence d’un adolescent et il était presque en classe terminale au primaire. Il devait d’ailleurs obtenir la grande bourse, arrivant quatrième en rang à la grande joie de la famille.
Mon père, tout fier, ne se faisait pas prier pour l’exhiber chez parents et amis et s’arrêtait même en route pour faire part aux personnes de sa connaissance qu’il rencontrait, des bonnes performances scolaires de son fils aîné. J’avais été choisi pour les accompagner dans ce pèlerinage familial. Je me souviens très bien de la visite chez les Latulipe, les Philogéne, les Ythier de Rose-Hill, et les Ithier de Quatre Bornes. On me présentait comme celui « qui allait mieux réussir, ayant la grande intelligence de son père » Triste sort ! Mon père devait avoir le destin de disparaître avant mon entrée en classe boursière. Je crois que les années passées dans cette maison ont été les plus heureuses de la famille. Le coût de la vie n’était pas élevé, car les salaires de mon père, en sa qualité de maître d’école au service du gouvernement, ne dépassaient guère les 400 roupies. Mon père s’amusait souvent avec ses enfants, aimant nous taquiner à sa façon particulière. Au crépuscule, quand il avait pris son ‘ grog ’, il se mettait sur son vaste fauteuil en rotin, un pied sur un des bras, et on lui demandait de raconter une de ses histoires qui faisaient peur.

J’avais pris petit à petit l’habitude, pour une raison jusqu’ici inconnue, de ne pas beaucoup parler avec des étrangers. On me disait très timide. Sans souffler mot, j’observais tout, mais j’étais disposé de partager mes observations strictement dans l’intimité de la famille. Mon oncle Léon Félix, frottant son épaisse moustache, m’avait donné le sobriquet de ‘ Raphaël ’ car disait-il, j’étais toujours muet comme un tableau. En 1932, il y avait un grand événement pour les amateurs de cinéma, la projection du premier film parlant, « La tendresse » au Pathé Palace. Je n’ai pas été au Pathé Palace à cette période, mais mon père nous emmenait au cinéma Hall à Rose Hill. Il se faisait accompagner par un enfant ou deux selon ses caprices. C’était le plus souvent en séance nocturne. On prenait des billets de troisième qu’il payait 50 sous et 25 sous pour enfants. Il fallait grimper un escalier extérieur en colimaçon pour accéder à l’étage des troisièmes, surnommé ‘Poulailler’ qui était alors fréquenté par des personnes dites de bonne famille. Un nombre infime d’Indo Mauriciens se rendait au Cinéma. On projetait des films de Louis Jouvet ou de Raimu pour adultes et je terminais ma soirée en dormant, car je ne comprenais rien des scénarios.
Il fallait ensuite revenir à pied de Rose Hill à Beau Bassin. On était aguiché par la perspective de manger du pain chaud ou des poutous, une galette ronde à base de riz, que les enfants affectionnaient particulièrement. Nous avons également été en pique-nique, par autobus, en compagnie de plusieurs autres familles. Je m’imagine donc, un dimanche, à Choisy. Toute la famille Ithier est présente, y compris mon oncle Wasley, que mon père n’aimait pas beaucoup. Il le proclamait gratuitement à ma mère en notre présence et cela a engendré des situations de conflit. Je crois qu’il existait alors à Choisy de plus grandes étendues de filaos et d’autres grands arabes que de nos jours. La route du nord de l’île qui n’était pas asphaltée était étroite et poussiéreuse, et on était chahuté pendant presque deux heures pour se rendre à Choisy.
Le dimanche était le jour le plus important, et dans notre famille comme d’ailleurs bien d’autres, le matin, c’était le moment privilégié. La messe de huit heures à l’église du Sacré Coeur avait une animation de salle de concert. Le maestro Frédéric, l’idole des mélomanes ne se gênait guère pour présenter des oeuvres tapageuses, pas nécessairement appropriées à la liturgie de l’église catholique. On chantait fort et haut, les choristes, les solistes, surtout les ténors, donnaient bien sur libre cours à leurs talents respectifs. Je crois que j’étais plutôt porté pour la musique douce et sentimentale, et j’appréciais alors Chopin plus que Beethoven. J’aimais donc entendre un ‘Panis Angelicus’ chanté presque en sourdine et en solo par le chanteur Betsy ou par Mercier et c’était très émouvant quand le choeur reprenait le thème dans un admirable mouvement d’ensemble. Mon père appréciait en connaisseur ce concert dominical, car il avait joué du saxophone quand il était plus jeune, et aimait beaucoup la voix d’Arthur Martial. Le Curé était le père Frésia, un italien rondelet dont le nom ‘ Frésia di Belbo ’ avait fortement impressionné mon frère Max, car il le répétait occasionnellement avec délices. Ce bon prélat était de l’école du Curé de Cucugnan, d’Alphonse Daudet. Plus à l’aise en latin que d’autres prélats, il expédiait sa messe en 20 minutes. Il aimait sans doute parler, car il avait l’habitude de prêcher longtemps. On le comprenait difficilement, en raison de son accent, et quand il endormait ses ouailles il élevait brusquement la voix. Mon père qui ne donnait pourtant pas l’impression de lui accorder toute son attention, nous disait que le père Frésia était un vrai érudit. Après la messe, on se dépouillait des vêtements du dimanche pour aller jouer dans la grande cour. Ma mère donnait ses instructions culinaires à Germaine pour préparer le repas dominical, et se mettait souvent au piano pour jouer du Chopin. Je pense qu’elle pouvait jouer des fragments des concertos pour piano de Chopin. Pendant ce temps, mon père rendait généralement visite à ses amis qui habitaient la même rue. De l’église à notre maison, au bas de la rue ‘Téléphone’, il aurait vraisemblablement pu visiter huit familles, ce qui lui valait le plaisir d’accepter l’offre conventionnelle d’un ou deux petits verres de rhum dans chaque demeure. Je dois préciser qu’on buvait alors le rhum dans de minuscules verres qu’on aurait pu enfermer dans la paume de ses mains. Mon père n’était donc, en principe, que passablement éméché quand il reprenait le chemin de la maison. Souvent mal accueilli, il se faisait copieusement admonester par ma mère, selon l’humeur de celle-ci. Le plus souvent, mon père était passablement euphorique, il prenait la chose en riant et se tournait vers ‘ Maud moucheté ’, pour la taquiner. Parfois, une remarque caustique qui visait Max, le préféré de Maman, envenimait les choses et c’était le début des hostilités. Mes parents avaient mauvais caractère et à mon avis étaient prompts à la colère. Ma mère, dans sa fureur, pouvait faire voler verres ou assiettes. Mon père se contentait d’élever la voix. Il avait la colère terrible et purement vocal si on peut le dire. N’allez pas croire que c’était toujours la bagarre ! La plupart des dimanches se passaient dans le calme. Après avoir bu son vin rouge qu’il partageait avec toute la famille, même les enfants, mon père s’appliquait à triturer des rondelles d’ananas avec un peu de vin rouge, dans une soucoupe. C’est quand il voulait boire le reste du vin à même la soucoupe que ma mère se révoltait et parlait de mauvaises manières. Imiter mon père était chose prohibée, et ce n’est que plus tard que j’ai pu donner une démonstration de la recette ananas au vin rouge de mon père à Denise et mes propres enfants. Je me suis bien entendu procuré plus tard le même vin de Bordeaux, importé de Armand Dejean, que mon père avait l’habitude d’acheter. En 2005, malgré le coût élévé de la vi, nous pouvons consommer Le Muscadet sur Lie et un meilleur Bordeaux comme St Emilion. Ma mère n’aimait pas faire la cuisine et avait des goûts spartiates. Ses plats, parcimonieusement assaisonnés, n’excitaient guère l’appétit. Mon père, par contre, était fin gourmet et il était ou se considérait comme un spécialiste du bifteck créole. Sa vantardise coutumière le poussait à faire valoir ses dons de grand chef. Je le vois, penché sur un réchaud en charbon, faisant frire sa viande dans un bain d’huile avec une abondante végétation de persil et d’oignons. C’était bon ! Une ou deux fois par semaine, il allait jouer au tennis au cercle de Rose Hill dont il était membre fondateur. Max et moi même étions ses invités, non pas pour être témoins de ses prouesses mais pour ramasser les balles perdues. S’il perdait contre son ami Urutty, c’était uniquement parce que celui-ci était le champion de Maurice !
Mon père était également un membre fondateur du Cercle littéraire de Port Louis, avec ses amis Raoul Rivet, Raymond Philogène, Jacques Urutty, Clément Charoux, et bien d’autres qui faisaient figure de l’élite francophone du pays.
Il recevait régulièrement le magazine de l’association, l’Essor et avait une collection des exemplaires du Câble, réputée pour ses dessins satiriques.
Le 19 Août 1935, pour les fêtes du bicentenaire de la ville de Port Louis, toute la famille s’était rendue au Champ de Mars pour les festivités. Je me souviens bien de l’arrivée des loups chinois et du dragon étiré en longueur qui impressionnait. Vers la fin de 1935, mon père tomba malade, c’était malheureusement un problème cardiaque, probablement lié à une valve mitrale défectueuse. On ne soignait guère ces défectuosités cardiaques à cette période et c’était la condamnation pratiquement certaine du malade. Il s'est fait admettre à l’hôpital civil à Port louis ou il était soigné par les docteurs Cantin et Madge, si j’ai bonne mémoire. La famille le rendait visite dans sa chambre particulière qu’on réservait alors pour des fonctionnaires. Il s’adaptait mal à la cuisine de l’hôpital et tout en donnant des instructions d’ordre financier à ma mère, il tripotait la main et les bras des enfants. J’étais souvent installé au bord de son lit. Le jour de sa décharge, il a trouvé moyen de se faufiler avant l’arrivée de ma mère et avait été tout bonnement dans un bon restaurant. Il admettra plus tard à la consternation de tous qu’il n’avait pu résister à la tentation de se faire servir un bon bifteck. Authentique ! Ce comportement étonnant de mon père m’a toujours émerveillé. Il devait ensuite prendre un long repos à la maison et recevait la visite de ses amis. Malheureusement, ceux-ci lui promettaient, sans aucune chance de réussite, d’intervenir pour qu’on ne lui mette pas à la pension, car il lui était interdit par les médecins de reprendre le travail avant plusieurs mois.
Un après midi, nous étions seuls à la maison quand mon oncle Léon et ma tante Isabelle sont venus nous inviter pour faire une promenade en voiture. C’était pour étrenner la Ford Canada, une horrible voiture noire, très haute sur ses roues étroites, et dotée d’un nez proéminent. Nous étions en route vers Port Louis, mon oncle Léon conduisant son véhicule cahin-caha, quand mon père s'était senti mal, ayant contracté une de ses pénibles périodes d’essoufflement. Revenus d’urgence à la maison, je m’empresse de briser une ampoule et de le faire respirer le contenu, comme on nous l’avait démontré. Mon père devait de plus en plus s’aliter, car ses pieds et sa cheville s’étaient enflés, et il avait souvent des difficultés pour respirer. Au crépuscule, assis au bord de son lit, je venais lui lire le Mauricien du jour. Dans la soirée du 20 Mars 1937, mon père, ayant ressenti un malaise, s'est assis au bord de son lit. Il s'est penché en avant, a fait une chute et avait perdu connaissance quand on l'a remis au lit. L’infirmier Cimiotti, un voisin, qui s'était rendu à son chevet, a constaté qu’il était mort. Ma mère m'a réveillé pour m’annoncer la triste nouvelle. J’ai le souvenir précis qu’elle était assise au bord de mon lit collégien, me tenant par les mains pour m’expliquer ce qui s’était passé. Elle mesurait mieux que moi la dimension catastrophique de l’événement et la perte irréparable à laquelle je devais dorénavant faire face. Les funérailles de mon père ont eu lieu le dimanche des Rameaux. Nous sommes tous rendus à la messe de 8 heures et en revenant à la maison avec nos rameaux, mon père était couché sur son canapé, et ma mère lui essuyait le visage. J’ai le sentiment de revivre la minute déchirante ou son visage et son corps ont été ce jour là dérobés à notre vue. Le deuil a été conduit par Max et moi même, ainsi que mes oncles Wasley et Léon, car les femmes suivaient alors rarement le cortège. On a marché le long de la rue Téléphone pour se rendre à l’église. On avait alors la coutume de placer quatre personnalités aux coins du cercueil. On dit chez nous « tenir les cordons du poêle » En l’occurrence, Raoul Rivet, député de Port Louis, Pierre Hugnin, député de Plaines Wilhelms, Paul Henri Surintendant des Ecoles, notre oncle Wasley Ithier, et Osias Maurice, un ami et un voisin. La cérémonie à l’église du Sacré Coeur par le père Frésia, a pris fin comme d'habitude par les marques de sympathie qui m'ont paru très éprouvantes, car il y avait beaucoup de personnes rassemblées pour rendre un dernier hommage à mon père. Le lendemain le grand journaliste du Mauricien, Raoul Rivet, a rendu hommage à mon père dans son éditorial en première page « Mon ami Maxime Félix est mort. il n’avait que 45 ans. Le deuil a été conduit par ses deux jeunes fils. Il laisse une veuve et 7 enfants. S’il n’a point écrit, il égayait les agapes du Cercle littéraire de Port Louis et du Cercle de Rose Hill, dont il était avec nous, membre fondateur. »
J’étais devenu orphelin. J’avais 12 ans.

Je dois ici rendre hommage à ma mère qui a dirigé dorénavant sa barque avec une ténacité et une force de caractère étonnant. Il fallait qu’elle se débrouillât avec une maigre pension et refusait l’aide des parents. Elle a résisté aux conseils de mon oncle Léon qu’on me retirât de l’école pour aller travailler dans un atelier de menuiserie comme apprenti. Elle s’est intéressée dorénavant aux études de chaque enfant dans les moindres détails, et a encouragé leurs efforts. Elle a fait preuve en un sens de justice digne d’éloges. Nous fréquentions alors les voisins les plus rapprochés de nous, Andrina Crouche, une bonne amie de ma mère, la famille Auguste et les familles Janson et Latulipe. En 1938, les Janson ont eu la douleur de perdre le fils cadet qui a disparu quand son navire l’Agnar, a sombré au large de Maurice. Ma mère fréquentait très peu sa propre famille. Son frère Wasley, venait la voir occasionnellement. C’était un homme au teint rougeaud, ayant le tic assez désagréable de respirer subitement d’un côté de la bouche. Il avait l’air crispé et sévère et donnait l’impression de ne pas trop aimer les enfants, même les siens. Fort lettré, étant docteur ès lettres de la Sorbonne, il avait fait carrière comme professeur au Collège Royal où il avait laissé une réputation d’homme caustique, à la répartie fulgurante. Ayant un jour été témoin d’une violente bagarre entre deux collégiens dont l’un s’appelait Phat, il aurait rapporté l’événement à ses collègues en ces termes « Fa La Mi Ré Do Sol. ( Phat l’a mis raide au sol.) ». Il est mort en 1960 à l’âge de 79 ans. Un autre frère de ma mère, Frank Ithier, était aussi rougeaud que Wasley, mais était plutôt mince et du genre nerveux. Il avait la réputation de boire beaucoup et d’avoir toujours des problèmes d’argent. La famille Moutia habitait à l’entrée de la rue Téléphone, et les enfants venaient parfois voir ma mère. C’était une famille nombreuse de sept enfants, comme la nôtre Les trois grands garçons, René, Lyndsey et Yves, venaient régulièrement porter le feu et l’eau bénite, pendant la semaine sainte. Pour les fêtes de Noël, ils étaient volontaires pour aider ma mère à faire bouillir le jambon. Nous étions ravis d’assister à la décoration du jambon avec des clous de girofle et du papier colorié. Je me souviens d’avoir été impressionné par l’appétit des Moutia quand ils s’appliquaient à avaler de larges tranches de ‘couenne ’, le gras du jambon. On ne souciait nullement de cholestérol à cette époque. Willy Larché, avait une grande maison en face de celle des Moutia, et les passants faisaient des remarques amusantes en regardant les trois grosses boules rondes en verre, qu’il avait suspendues dans sa longue varangue. Comme il était plutôt laid et très brun, on ironisait, en l’observant dans sa varangue vitrée:‘ Pruneau dans bocal ’. Ma mère recevait parfois le dimanche matin, la visite de Yvonne Ythier, la femme de René qui était alors le médecin de la famille. Elle était très bavarde et était encore à la maison à deux heures de l'après-midi. Ma soeur Maud et mon frère Max, tenaillés par la faim, à cette heure tardive, prenaient un couteau pour l’enterrer avec un peu de sel. Une superstition, sans doute acquise de Germaine, la cuisinière qu’on supposait très efficace pour se débarrasser des visiteurs. Le docteur Ythier devait mourir dramatiquement, un soir qu’il accompagnait sa famille au Cinéma Paris, en se faisant écraser par un Taxi. Ce triste événement, qui nous a alors consternés, s’était produit quelques jours avant le mariage de la fille aînée des Ythier avec le docteur Chaperon.
Mon frère Max était très habile à jouer du cerf volant. Il fallait voir ses larges ‘ patangues’ qu’il confectionnait avec art, pour combattre en plein air le cerf volant de son ami Eugène Latulipe. On avait aussi d’autres modèles de cerfs-volants, le roi des airs, le carambole et la caisse. On se rendait dans une grande plaine, se trouvant non loin de la maison. Laval, le plus jeune frère Latulipe, avait le même âge que moi. On se mettait également de la partie, avec des cerfs volants de plus petite taille, construits avec des tiges de balai bambou. On les faisait monter en se servant de fil à coudre ordinaire.

Adolescence. Les années de guerre mondiale 1939-44.

Le 3 septembre 1939, mon frère Max m’a annoncé du ton dramatique qu’il empruntait parfois, que la guerre était déclarée. Grand optimiste, il pensait que l’Allemagne allait être écrasée à brève échéance. Il se trompait lourdement, car moins de quarante-huit heures après avoir violé la neutralité de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg, les envahisseurs allemands traversent la Meuse. Le ‘Blitzkrieg’, la guerre éclair n'a donné aucune possibilité aux alliés de contre attaquer. Un mois plus tard, les allemands sont à Paris où Hitler vient personnellement ébaucher des pas de danse pour célébrer sa victoire. Le 17 juin, le Maréchal Pétain réclame l’armistice. « Je fais don à la France de ma personne » . C’était selon moi la réaction d’un vieux soldat fatigué. Le lendemain c’est le fameux appel du général De Gaulle « La France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre ». Je me souviens qu’une affiche était collée un peu partout sur les murs des boutiques des villes pour diffuser la prise de position de De Gaulle. A l’école on jouait encore à la guerre d’Ethiopie, Italiens contre Abyssins. Les deux camps ne se dispensaient guère de manifester les actions guerrières. On donnait et on recevait des coups ! Un soir, Max a annoncé la capitulation de la France et a émis l’opinion que la chute de l’Angleterre n’était qu’une question de temps. A partir de ce moment Max a été outré du comportement des Anglais qu’il accusait avec véhémence d’avoir abandonné la France par lâcheté. Bien entendu, j’allais me transformer de plus en plus en ardent défenseur de la Grande Bretagne. Nous étions devenus, Pétainiste et partisan de De Gaulle respectivement. Cependant, la guerre allait nous apporter un cortège de restrictions, les unes plus dures que les autres. Déjà appauvrie après la mort de mon père, la famille devait subir les effets du manque de nourriture et du rationnement. Le riz avait disparu dans le commerce, et on mangeait le mais, la patate et le manioc. Le menu quotidien était composé principalement de mais, apprêté comme le riz. On prenait régulièrement comme repas, avec l’appétit des adolescents, un carri de chouchou étalé sur l’assiette de mais qui avait l’apparence d’un pudding. Dans la journée, on avait accès au pain de blé plutôt coriace. On avait faim !
Un nouveau maître d’école, M. Gnany avait succédé à mon père. Je prenais des leçons particulières, en même temps que presque toute la classe avec Messieurs Sèvremont et Legallant. Le terrible Sèvremont ou Jass, comme on l’appelait, était surtout redouté quand il se servait avec force de son rotin bazar, en se déplaçant subrepticement, à l’arrière des bancs pour constater, après avoir lu la dictée française, si on avait bien écrit les accords de participe passé. Un matin, je vis arriver dans la classe, un nouvel élève d’un acabit tout à fait inhabituel. C’était, sans doute, le garçon le plus gros que j’avais jusqu’alors eu l’occasion de voir.
Avec la cruauté inhérente de collégiens en quête de plaisirs nouveaux, on s’était donné à coeur joie pour taquiner le nouveau venu, le bousculant et le tirant de tous les côtés. Je crois avoir été un des meneurs, pour torturer le pauvre gros gars. Dans la soirée, qu’elle n'a pas été ma consternation de le voir arriver à la maison en compagnie de tante Andrina. Celle-ci était venue présenter son neveu Roland Crouche, qui allait dorénavant loger en pension chez elle. Bien admonesté, j’avais dorénavant la tâche de le chaperonner et le protéger contre les élèves de l’école. C'était le début d’une grande amitié entre Roland et moi même, pendant de longues années, et je devais éventuellement épouser sa soeur Denise. Malgré la guerre et les privations nous avons passé de belles années en classe boursière à l’école Gustave Collin.
En l’absence momentanée des maîtres, on faisait le saut des deux hautes balustrades de l’école. On tenait fermement la barre horizontale de la balustrade des deux mains et on projetait avec force ses deux pieds en avant dans le vide, pour atterrir plusieurs mètres plus bas. C’est en pratiquant cette acrobatie dangereuse, qui était prohibé aux élèves de notre classe, que je me suis un jour foulé la cheville. Il m’a fallu me soigner à la maison, pendant que j’étais soumis à une enquête serrée ! Ma mère nous laissait libre de jouer et de faire du sport, mais elle insistait pour qu’on ne fasse ni la boxe ni le football. Elle pensait fermement que c’était des jeux de sauvages, car on ne faisait que se donner des coups à la figure en faisant de la boxe, et aux chevilles en jouant du football. J’avais dit que ma mère jouait passablement du piano. Ma soeur Jenny pouvait parfois l’accompagner pour l’interprétation des morceaux à quatre mains. Mes deux plus jeunes soeurs, Mazy et Gladys, avaient aussi étudié le piano. Mon frère Max jouait du violon et ses études de solfège étaient le plus souvent assourdissantes. Ma mère entretenait de grands espoirs pour voir son fils aîné être transformé en virtuose, comme était supposé l’être mon cousin Fanfan Ithier. Lily et Gladys, ayant de belles voix étudiaient le chant, pouvant même se faire entendre en solo à l’église ou au cours de concerts privés, à la maison ou chez les amis de la famille. Je me contentais, avec ma soeur Maud de jouer au piano par routine. Sans tomber dans une stupide jalousie, je dois aujourd’hui constater que les circonstances aidant, j’étais le plus défavorisé de tous, dans le domaine de la musique. Cependant, je devais avoir ce qu’on appelle une bonne oreille, car, j’étais collé au bord du piano, quand ma mère ou ma soeur Jenny et même Mazy se mettaient à jouer. Je devais plus tard m’acheter des disques classiques, et je pense avoir été celui qui introduira le premier à la famille, les symphonies et les concertos célèbres, dont ceux de Beethoven, de Mozart et de Chopin. J’ai eu l’ambition d’enregistrer de la musique classique de Radio Classique reçu par Satellite. Une collection unique de 3000 titres est présentée à l’occasion de mes 80 ans.
Cette collection est aujourdhh'ui plus de 50000.
Je suis sorti neuvième en classe boursière à la première tentative. Il y avait 4 bourses payées et quatre autres bourses non payées. C’était donc une déception. L’année suivante, j’étais un favori pour la première place, mais n'a obtenu que la troisième. C’était très bien et on m’a attribué une bourse d’étude. Ayant été admis au collège Royal de Curepipe, j’ai eu l’avantage d’être chaperonné par mon frère Max. qui allait bientôt entrer en classe terminale. La première année, en Lower Middle, étape qui n’existe plus de nos jours, a été assez pénible. Nous avions de la peine pour nous exprimer convenablement en anglais et plusieurs professeurs étrangers s’exprimaient dans un jargon provincial hors de notre entendement. Qui ne se souvient du professeur Picard, homme paisible et inoffensif, ayant la réputation de boire de l’alcool avant de venir en classe. Ce disciple de Baccus a fait la joie de plusieurs générations de collégiens. C’était toutefois un homme intelligent et fort cultivé, ayant eu sans doute des problèmes personnels. Dumas, un français de petite taille, était un favori de Max. Des deux huissiers, Steel et Hawkins, deux inséparables anglo saxons, le premier était moniteur de culture physique et le second s’occupait généralement des problèmes de discipline. L’atmosphère au collège Royal à cette période était empreinte d’un racisme sournois et toléré. Les blancs d’un côté, les créoles qu’on disait ‘ bien ’de l’autre, et un nombre minoritaire de créoles issus des couches défavorisées du peuple et quelques asiatiques dans un troisième clan. On se parlait mais on n’était pas ensemble pour fraterniser pendant la récréation. Mon meilleur ami s’appelait Sénèque et venait d’une école de Rose Hill ou il avait obtenu une bourse, en même temps que moi. C’était un gaillard bien bâti, qui aimait bien la plaisanterie mais avait un penchant pour l’exagération. On était de bons amis, et il m’accompagnait pendant les heures libres pour aller cueillir des goyaves de chine dans les environs de Curepipe et parfois même dans des sites privés ! Je crois qu’on devait alors avaler au moins une centaine de goyaves à chaque session. C’est à cette période que l’île Maurice a pris conscience des possibilités d’agression de la population par les ennemis allemands et surtout japonais. Dès 1942 les cloches des églises avaient cessé de sonner par mesure de précaution. Les anglais avaient envoyé à Maurice un contingent de Juifs, des innocentes victimes de la persécution, et la rumeur voulait que parmi eux il y ait des espions. Toujours est-il que des navires n'ont été coulés pas loin de l’île et que le pays avait été privé d’approvisionnement. Après la guerre on a appris de source allemande que le 1er juillet 1943, un sous marin allemand Luth (U-181) se trouvait au large de Maurice. Il coule le navire anglais Hoihow et recueille 4 survivants, le 15, il coule l’Empire Lake, le 16 le Fort Franklin. Le même sous marin a coulé au large de Port Louis les navires Dalfram et Umvumat. Il recueille les survivants, et réussit à rejoindre sa base. Ces événements ont provoqué un certain émoi à Maurice et on a décidé de renforcer la défense en créant une unité spéciale de l’armée de terre, la ‘Home Guard Unit’. Des groupuscules de cette armée ont été créés un peu partout dans l’île, y compris au Collège Royal de Curepipe. Mon ami Sénèque et moi même décidâmes d’un commun accord d’en faire partie, dans un bel élan patriotique, J’ai donc dûment signé le formulaire de volontariat. Quelques jours plus tard, j’étais aligné avec d’autres petits soldats, dans la cour du collège, sous les regards admiratifs et goguenards des collégiens. En bonne place, se tenait fièrement Sénèque qui s’était bien entendu abstenu de confirmer son adhésion à la compagnie. J’ai donc du subir les critiques du sergent Steel qui ne s’épargnait pas de peine pour nous transformer en soldats. Je dois admettre que j’étais peu disposé pour la discipline militaire et pendant les exercices en campagne, je me cachais pour cueillir des goyaves de chine. Mais j’étais curieusement porté pour les exercices de tirs, n’ayant aucun tremblement des mains. J’avais une facilité naturelle pour me servir du fusil Lee Enfield, et j’ai donc obtenu de bons scores aux épreuves de tir à Candos. Je me souviens qu’on est même arrivé à remporter un tournois contre l’équipe du cercle de Rose Hill, dont faisait partie mon frère Max. Qu’elle fierté ! Il n’y avait bien entendu, aucune invasion Allemande ou Japonaise et on s'est acheminé sans problème vers la fin de la guerre. J'avais eu alors droit à un « certificat » témoignant de mes états de service dans le Home Guard Unit.. En 1942 mon ami Claude Terrière est parti en Europe avec un contingent de volontaires pour joindre la Royal Air Force Il avait 18 ans. N’ayant que 17ans, je voulais quand même me porter volontaire. La famille a fait objection et Léon Julien a fait annuler ma lettre de candidature, car je n’avais pas encore atteint l’âge requis. D’autres mauriciens de mon âge ont toutefois été acceptés, car l’Angleterre manquait de pilotes d’avions de guerre. Vous comprenez ma déception et ma colère ! Claude devait mourir quand son avion a été abattu sur l’Allemagne mais j’aurais peut être pu ne pas subir le même sort. Le frère aîné de Claude, Serge, a survécu la fin de la guerre.
En 1945, il y avait un violent cyclone du 15 au 17 janvier. Une partie du toit en tôle se trouvant à l’arrière de la maison a été emportée. Comme je dormais dans une petite chambre, se situant également à l’arrière de la maison, je me vis subitement presque à ciel ouvert dans un fracas apocalyptique. Une expérience assez traumatisante ! Nous avons eu un deuxième cyclone violent le 1er février. Le pays était bel et bien à genoux. En effet tout n’était pas pour le mieux dans le pays, on n’avait rien à proposer aux habitants en échange du papier monnaie de 50 ou de 25 sous ! On devait dorénavant subir également les effets de deux cyclones et un manque de légumes frais. C’est à cette période que ma mère a fait des innovations dans la préparation de ses menus, en y incorporant en bonne place, des carris de bananes, de papayes vertes et même d’avocat. Le 8 et le 9 mai ont été proclamés congés publics à l’occasion de la fin de la guerre en Europe. Une imposante parade a eu lieu le 6 Septembre au Champ de Mars. J’ai donc eu l’occasion de défiler an uniforme avec ma compagnie de Home Guard. J’ignore si j’étais vraiment fier quand j’ai reçu les félicitations des filles Kalle et Boulloux et des copines de mon frère Max. Celui ci était absent, ayant pris du service dans l’armée à Madagascar.

La vie d’étudiant.

Au collège Royal, c’était la saison des grandes épreuves scolaires. Etant candidat en School Certificate, je prenais des leçons particulières en anglais avec Frank Richard et des leçons également en Botanique et Biologie avec Henri Julien. Pour les autres matières, il fallait se débrouiller tout seul. Les épreuves d’anglais étaient centrées autour d’un précis et d’une dissertation quelconque. Richard me donnait des leçons privées en même temps que mon ami Bussier qui devait éventuellement devenir avocat et ministre. Le professeur d’anglais du collège royal, Barnwell qui se disait historien, était bien moins compétent et qualifié que Richard et ne m’aimant pas. Prévoyait mon échec en anglais, il avait refusé en fin d’année de me faire accéder en classe supérieure. Ayant obtenu mon certificat de School Certificate avec Credit en anglais, j'ai fait irruption dans sa classe, en plein cours, pour l’insulter. Cette affaire a fait grand un grand bruit et je devais quitter le collège, car j’avais l’intention de suivre les conseils d’Henri Julien pour essayer d’avoir mon admission au Collège D’Agriculture. Je me suis donc sérieusement mis au travail, et ayant installé un tableau noir dans le kiosque, à l’arrière de la maison, je passais des heures à potasser toutes les matières des examens d’entrée au collège d’Agriculture.
J’avais été bien aidé par Henri Julien, qui m’avait donné des anciens questionnaires d’examen, et renseigné sur les examinateurs. Mon ami André Georges, qui avait quitté le collège une année avant moi, était également candidat. Il travaillait moins, car il avait déjà atteint un niveau plus élevé que moi.
Trop confiant, il devait prendre la troisième place derrière Giraud et moi même ! Je suis donc devenu boursier du collège d’Agriculture, avec l’excellente option de pouvoir poursuivre mes études sans être trop à la charge de ma mère. Celle ci, très contente, m'a fait confectionner par tante Andrina, un costume neuf, short et chemise blanche en kaki, et m'a acheté un casque colonial blanc, généralement porté par les employés de l’état major des propriétés sucrières mais nullement par les étudiants du collège d’Agriculture. Je crois donc avoir été un peu la risée des autres étudiants, le premier jour de mon accession au nouveau collège.
Certains des nouveaux, avaient pris l'initiative de cogner sans vergogne sur mon casque immaculé, en l’enfonçant un peu plus sur ma tête.
J’ai donc passé trois années au collège d’Agriculture dans le même groupe que Théodore Maigrot, Hervé Koenig,et un autre avec un nom anglais qui semblait favori pour me refiler la bourse. Giraud nous avec quitté très tôt, pour aller étudier la médecine en Europe. Sa bourse d’études n'a cependant pas été offerte à André Georges. C’était difficile en ces temps lointains, où le préjugé de race et de couleur battait son plein, de se démarquer des autres étudiants en obtenant un meilleur rang aux examens de fin d’année. Certains des professeurs, étant également des examinateurs se révélaient être nettement anti-créoles et racistes. J’étais tombé dans une chasse gardée, pour dire le moins, et selon les critères de ces temps, j’étais plutôt chanceux de pouvoir empocher mon diplôme de First Class Pass, en prenant la deuxième place, ce qui me privait cependant de la bourse pour les études supérieures en Europe. Pendant la troisième année, il fallait suivre un stage en travaillant sur une propriété sucrière. J’avais eu l’unique choix de me rendre à Mon Trésor Mon Désert, dans le sud, pour être employé comme Assistant Chimiste. J'avais obtenu un maigre salaire à la mesure de ma modeste condition de créole. J'avais d'ailleurs, ni la possibilité ni l’ambition de travailler un jour comme Chimiste, sur une propriété sucrière. J’avais comme mentor, le chimiste Masson, jeune homme assez avenant qui me faisait travailler selon mon estimation pour dix fois mes émoluments, sous le prétexte fallacieux, que j’étais là pour apprendre. Il devait je le présume faire les frais de mon mauvais caractère. Il est dans ma nature de demeurer calme et passablement indifférent, mais quand je suis frustré, et que je me crois diminué, en raison de la couleur de ma peau, le volcan se réveille inévitablement un jour ou l’autre. Masson devait quitter plus tard le pays, pour prendre de l’emploi à l’étranger. Le chef employé d’usine, un Bax dont j’ai connu plus tard les deux fils agronomes de métier, était assez compréhensif et me donnait volontiers des renseignements sur les machines et les procédés de la production sucrière. J’habitais sur la propriété, dans une grande vieille maison en bois, en compagnie de l’assistant comptable, un célibataire du nom de Labour. C’est en sa compagnie et celui des deux frères Fricot que J'ai fait plus ample connaissance avec la bouteille. Après le travail, on se rencontrait à la tombée de la nuit. Comme il n’y avait aucune autre distraction, on était heureux de passer la soirée à déguster de bons petits plats. C’était souvent un menu de camarons, issus des ruisseaux de la propriété. Le rhum coulait à flot. Le plus jeune frère Fricot surveillait scrupuleusement mes relations avec sa jeune soeur, ayant décidé de me calquer en Don Juan !
Je crois que j’ai été à cette période soumis à un régime nettement délétère à ma santé. D’ailleurs, quand je revenais à la maison le dimanche matin, c’était pour participer à d’autres sessions de festivités. J’avais la possibilité de boire beaucoup, en compagnie de mon beau frère Max Melotte et ses amis, dont le célèbre André de Chalain, surnommé ‘Tecco’. La vie sur la propriété ne manquait cependant pas de nouveautés pour moi, et quand j’eus le plaisir d’être seul, je me mettais de bonne heure au lit, à vivre l’atmosphère dune usine sucrière en pleine activité. Il y avait, bien entendu, le parfum persistant du fangourin et de la mélasse, mais aussi du côté de la balance, les cris répétés, l’autre...l’autre...l’autre, pour faire avancer camions ou charrettes.
Je prenais mes repas avec un parent de ma servante Germaine, un nommé Manuel qui détenait le poste de bouilleur à l’usine. Mon estomac tout neuf pouvait alors s’accommoder à recevoir une grande assiette de riz à gros grains, avec un carri d’oeufs durs, le tout servi dans la vaisselle de luxe sortie en mon honneur, par la femme de ‘ Manel ’.Ces deux braves gens sont aujourd’hui morts. J’avais un ami de longue date, Joseph Adrien, qui habitait à Beau Vallon. Son père étant infirmier sur cette propriété, qui me rendait occasionnellement visite.
Il travaillait temporairement comme surveillant des travaux qu’on effectuait alors à la petite gare ferroviaire de Mon Trésor Mon Désert. Joseph était un inconditionnel de la papaye, et je n’ai jusqu’à ce jour jamais vu manger par quelqu’un autant de tranches de ce fruit. J’allais parfois à Beau Vallon le retrouver en famille, car mon frère Max flirtait avec la soeur aînée. La soeur cadette, une vraie beauté, m’attirait beaucoup. Elle était pourtant plus disposée à s’intéresser aux garçons plus âgés que moi, même si ceux-ci ne fréquentaient pas le collège d’Agriculture. J’avais une notion obscure mais tenace que cela constituait une authentique valeur de plus pour évaluer les qualités d’un bon prétendant. Je ne crois pas avoir négligé de faire valoir mes atouts, ayant même bravement et inconsidérément plongé en mer assez profonde à Blue Bay dans le but idiot d’impressionner Marguerite ! Ne sachant ni plonger, ni même convenablement nager, je peux me considérer heureux d’être sorti de cette mésaventure à bon compte. Mon frère Max, qui s’était révélé un homme à femmes, était alors bien entouré des filles Kalle dont les maniérés directes ne plaisaient guère à ma mère ? Elle préférait la manière sainte-nitouche de la petite Boulloux qui devait devenir si proche de Max qu’on les aurait pris pour des fiancés. Ici encore, je devais me mettre au diapason des aventures de mon frère aîné en essayant de courtiser la plus jeune soeur Kalle, Arlette, qui est morte il y a quelques années ?. Celle-ci était encore étudiante aux Lorettes de Curepipe et prenait le matin, le même train que moi. Je me rendais donc, certains dimanches après midi, chez les Kalle pour les épater de mon soi-disant esprit original et de mes morceaux de piano. Je jouais un peu, et même assez peu du piano. Mes interprétations assez médiocres du morceau l’Etudiant, ou de Hypatia, une vieille romance, semblait intéresser la mère Kalle, et même une grande soeur, Jacqueline qui devait plus tard épouser mon cousin Françou Ithier. Je devais toutefois me rendre à l’évidence que je ne faisais aucun tabac en direction Arlette ; bien au contraire. Elle m'a plus tard préféré mon ami Raymond Rivet, qui m'a annoncé lui même la nouvelle, un jour qu’on prenait un bain de mer à Albion. J'ai fouillé dans mes souvenirs, mais je ne retrouve aucune indication de chagrin d’amour.
Aurais-je des gènes d’indifférence, me mettant à l’abri de déboires dans mes relations mondaines? Je crois cependant me souvenir, sans complexe, que je ne me considérais pas comme un beau spécimen d’homme. Je puis me décrire assez fidèlement à cet âge. J’étais plutôt maigre, d’apparence médiocre, ne montrant aucun signe particulier d’intelligence supérieure ou de forte personnalité, plus noir que ma couleur naturelle, en raison d’une exposition exagérée au soleil. Ma future belle soeur Ghislaine avait sans doute raison quand elle me lançait avec dépit, que je ressemblais à un indien de la race madras, probablement parce que je lui avais préféré sa plus jeune soeur Denise.

Nous avions alors eu l’habitude de vivre simplement, en l’absence de luxe, sans possibilité d’accéder à des produits réservés aux riches. Pour se laver, on avait recours à l’eau froide du robinet, même en hiver, parfois une savonnette à bon marché, mais le plus souvent, le gros savon Gossage de lessive. Les maisons n’étaient pas encore équipées de toilettes convenables et on pouvait voir dans la cour un genre de guérite en tôle et bois qui abritait le ‘ pit latrine’. A notre retour de l’école, il fallait ôter ses vêtements, pour se mettre dans ceux réservés pour la maison. On avait alors aux pieds un genre de sabot chinois en bois appelé « Calepas » que ma mère achetait à la boutique du chinois. Mes soeurs avaient un ou deux produits cosmétiques, un peu pour la forme, notamment l’eau de Cologne. Max et moi même avions l’habitude de nous glisser dans leur chambre pour prélever un peu de parfum ‘ en douce ’ comme disait Max. Mon frère Max avait quitté le collège Royal de Curepipe après avoir été en classe terminale de Bourse d’Angleterre. Il avait obtenu un poste de fonctionnaire dans le judiciaire, grâce aux recommandations de Orphée Terrière, qu’on surnommait Fils, un ami de la famille, ayant épousé une Félix. Il participait donc pécuniairement aux dépenses de la famille, ce qui devait sensiblement alléger les difficultés de ma mère pour équilibrer son budget. Une partie de son salaire, qui lui revenait, était dépensé pour ses activités sociales, car il aimait bien les amis, surtout les filles, et avait même des pseudo-fiancés, de temps en temps. Ma mère exigeait cependant une discipline rigide, réglementant l’heure des repas et l’heure de rentrer le nuit. Il avait découvert avec ma complicité le moyen de se glisser hors de la maison pour ses sorties de nuit. On se mettait bruyamment au lit en même temps qu’elle et on commençait une discussion sur n’importe quel sujet, intéressant en priorité la gent masculine. Sa chambre était contiguë à la notre. Etant incommodée par nos discussions faussement animées, elle nous commandait de nous taire, afin qu’elle puisse dormir en paix. Je devais alors continuer de murmurer, pour faire croire que nous étions tous deux au lit, pendant que Max se faufilait pour aller à ses rendez-vous nocturnes. Après un moment, ma mère devait crier : « Hé, là-bas, vous allez en finir ! Silence ! », Le tour était joué. Je pouvais dormir. Max avait d’autres tours dans son sac. Un jour il a proposé à ma mère de me faire visiter la ville de Mahébourg. Nous avions voyagé par train, et rendu à destination, il s'était dirigé vers un campement occupé par la famille Adrien. Pendant qu’il faisait sa cour à Gisèle, je devais visiter seul la ville de Mahébourg et de venir le rencontrer qu’au moment du retour.
Il a fréquenté d’autres filles avant de s’afficher comme un vrai fiancé avec la petite Boulloux, qui à mon avis, était trop jeune pour lui, ayant à peu près mon âge. Max était alors devenu poète et avait un cahier de poésies de sa composition que je consultais avec ravissement en son absence. La petite allait devenir d’ailleurs, plus tard, ma propre petite amie avant de m’être arrachée par un vieux qui était un professeur de collège.
J’avais de mon côté une passion pour la biologie, ayant une collection des plantes de la flore du pays ainsi qu’une collection de papillons, bien disposées dans des boites vitrées. Ces activités semblaient plaire aux filles, en particulier les bonnes amies de mon frère, et je ne me souviens pas avoir eu tant d’admiratrices que pendant cette tranche de mon existence. A l’âge de 18 ans, Max est parti pour Madagascar comme agent de liaison dans l’armée Britannique, il ne devait revenir à Maurice que longtemps plus tard. Il a pris la nationalité Française après quelques années et s'était mis dans les affaires pour son propre compte. C’est à Madagascar qu’il a épousé Marie Thérèse Guimber le 11 septembre 1944, Mathé était française et son père vivait temporairement à Tananarive, étant chef de gare. Les trois fils de Max devaient naître à Madagascar. Il a semble t-il été prospère jusqu’a l’indépendance de Madagascar et était même devenu fort riche. Il a dû abandonner une partie de ses biens en revenant en France au moment de la proclamation de l’indépendance. Comme beaucoup de Français, il a perdu beaucoup d’argent et a dû se recycler en France, dans diverses entreprises. Il s’établira bien plus tard à Marseille et aura été bientôt de nouveau, sur la voie de la fortune, en dirigeant une entreprise assez complexe de construction avec le concours d’un associé.
Quand je lui ai rendu un jour visite à Marseille, il avait eu le contrat de la remise en état des canaux de drainage de cette grande cité. Son partenaire, moins sérieux que lui, devait à la suite de mauvaises transactions et de folles dépenses, pousser l’entreprise à la faillite. Ayant payé ses dettes, il s'est retrouvé dans l’obligation de repartir à zéro, et n’a jamais pu retrouver son ancienne fortune. Triste sort pour quelqu’un de son intelligence et de ses qualités de travailleur acharné et consciencieux. Je suis donc resté à Maurice avec ma mère et mes cinq soeurs. Ayant vécu si longtemps avec six femmes, je me suis toujours considéré plus à l’aise en compagnie féminine, connaissant bien sur leur comportement et la logique féminine un peu particulière qui étonne toujours la plupart des hommes. J’ai été le témoin silencieux et compatissant, des amours de mes soeurs aînées pendant une bonne dizaine d’années Jenny avait fait la connaissance des Betsy, dont l’un Villiers, comptait parmi les meilleurs musiciens jouant le violoncelle. C’est en l’écoutant jouer avec sentiment et passion, à la grande joie de ma mère, que j’ai contracté un amour immédiat pour cet instrument de musique. On avait alors l’habitude de s’offrir de véritables concerts privés; la troupe s’installait au salon autour du piano. Ma soeur aînée Jenny a épousé Léon Julien, après ce qui m’a apparu comme étant de trop longues fiançailles. Ils ne pouvaient se rencontrer qu’en présence de ma mère ! Coutume et bienséance obligent ! Léon était un petit fonctionnaire de l’état, un peu de la vieille souche, mais qui pouvait avoir de temps à autre des lueurs d’amusement ou de malice dans les yeux. Il était le frère d’Henri, l’Agronome du département d’Agriculture, qui m’avait donné des leçons particulières en botanique. Ils avaient une soeur pleine d’embonpoint dotée de gros yeux, gros comme des cailloux, qu’ils espéraient pouvoir me convenir. J’ai donc dû déployer toute mon habileté, malheureusement assez dépourvue de diplomatie pour me dérober définitivement de telles tentatives de liaison. Léon a été pendant longtemps, l’homme sérieux, bien considéré par tous, et a été vite consacré comme conseiller financier de la famille. Je suis aujourd’hui convaincu qu’il devait être assez piètre dans les affaires, étant de nature trop timorée. Il a du être avec Jenny l’artisan de la vente d’une maison que ma mère avait héritée et était co-propriétaire avec ma tante Julie. Cette maison était située à la rue Meldrum et on l’avait loué à la famille Véron. Mon ami Roland, que je dois mentionner plus tard, y habitait. Une autre maison léguée à ma mère par sa soeur aînée Isabelle a été plus tard vendue à vil prix. Ma soeur Maud, très populaire en société en raison de son caractère de bout- en train, avait épousé, Max Melotte, un douanier qui avait la réputation d’être un bon vivant aimant les fêtes et la boisson. C’est vrai qu’il buvait beaucoup. Il pouvait consommer n'importe qu'elle boisson alcoolique. Il m’a initié à la connaissance du brandy français qu’on buvait beaucoup à cette période.
Apprentissage de la Vie.

Ayant quitté le collège d’Agriculture, je me suis retrouvé au chômage, malgré mon diplôme, car les situations valables étaient rares et il fallait attendre qu’une vacance quelconque se présente au ministère d’Agriculture. Ayant le handicap d’être créole et noir, quelqu'un ne pouvait guère espérer, à cette période, de se faire employer, par une entreprise sucrière. D’un naturel plutôt timoré, j’étais devenu par la force des événements plutôt hardi et prêt à me jeter dans la bataille de survie sans complexe. J’étais bien préparé, à raison de ma formation pour entreprendre une carrière agricole, dans un domaine que j’appréciais, mais je n’étais guère disposé de m’accommoder à l’hypocrisie de l’état social. Nous étions tous, jeunes créoles intellectuels conditionnés par une éducation stéréo typée, ayant les mêmes opinions sur les problèmes du moment. On se méfiait de la population indo mauricienne qu’on appelait carrément indienne. Ce n’était pas un sentiment de haine, plutôt celui d’un mépris indifférent. On était étonné, si un indo mauricien ou un chinois réussissait dans les épreuves d’examens et montrait une intelligence hors du commun. L’intolérance religieuse était ouvertement pratiquée. Les religions autres que les nôtres étaient mal vues, décriées. Le prêtre nous enseignait sans ambages que les hindous étaient des païens et, les musulmans des fanatiques. Je suis convaincu aujourd’hui que les responsables religieux ont manqué une grande occasion d’évangélisation de cette population locale d’émigrés indiens, pauvre, exploitée et désemparée.
Les chrétiens auraient du être en majorité à Maurice si la population générale ne s’était jalousement renfermée dans ses propres croyances. Elle n’offrant que mépris et méfiance aux concitoyens qui étaient nés différents et pratiquaient d’autres religions, celles de leurs ancêtres. Même notre religion catholique était la proie d’étonnants préjugés. On avait nettement l’impression qu’il fallait être un blanc pour accéder à des places ou des fonctions importantes dans l’église. Le créole riche et puissant avait la seconde position. Venaient ensuite la populace, les pauvres, les déshérités, ce qu’on appelait discrètement en société’ la lie’. A l’église du Sacré Coeur, Beau Bassin, les bancs étaient loués pour une année, et on avait affiché les noms des propriétaires à l’envers des dossiers. Mon père avait donc son banc particulier à l’église, qui semblait refléter sa position sociale de maître d’école. Après sa mort, Ma bicyclette Talbot devait tenir une place privilégiée dans ma vie. Tous les copains l’admiraient, car elle était sans doute unique à Maurice. C’était une bécane de course ayant un guidon en tire-bouchon orné de gros câbles de freins.
J'étais si fier d'en être le propriétaire, que mon ami Jean Casse, pour me taquiner, devait me donner le sobriquet assez étonnant de ‘Comte Maréchal Talbot de St.Félix ’ Tirons une révérence. Le pauvre Jean, marié quelques années plus tard à une sino-mauricienne avait tellement pris de l’embonpoint en abusant de la cuisine chinoise qu’il est mort prématurément. Son frère Robert qui était également un camarade d’enfance s’est établi plus tard en Angleterre où il est mort en 1998. C’est en pilotant cette bicyclette que j'ai accompli le tour de l’île avec mon ami André Georges. On a roulé pendant le jour, pour se reposer la nuit à la belle étoile, à l’exception d’une nuit passée dans la maison de Labour, que j’occupais précédemment sur la propriété de Mon Trésor Mon Désert. On a complété le tour en quatre jours, et tout s'est bien passé jusqu’au dernier jour. Ayant fait bombance de ‘ tamarins ’ cueillis à même l’arbre dans les environs de Case Noyale, j'ai été victime de violentes coliques et a été contraint de regagner péniblement la maison. J’étais toujours chômeur quand mon ami Georges a obtenu une situation comme fonctionnaire de l’état.
L’oisiveté et la désillusion engendrent chez certaines personnes un état dépressif. Mais il me semble que chez moi, c’était plutôt de la colère. Appauvri par la guerre et les cyclones, le pays, n’offrait que peu de perspectives à la jeunesse. C’était difficile d’obtenir un emploi, même avec un diplôme que je croyais enviable en poche. Le petit fonctionnaire comme André, ne touchait que 60 roupies par mois ! Je crois que mon caractère ne s’était pas aigri sensiblement à cause des préoccupations saines empruntées de mon métier. Je parcourais la campagne et entreprenais l’ascension des montagnes, particulièrement Le Corps de Garde, pour récolter des spécimens de plantes ou d’insectes. J’avais une collection privée de la faune entomologique et de la flore du pays Ce travail devait un jour m’aider dans ma carrière, tant à la section d’Entomologie que de Phytopathologie. La vieille bicyclette Talbot ayant quasiment été hors d’usage, il me fallait me rendre à pied au Corps de Garde. Malgré tout, je peux m’enorgueillir d’avoir fait l’ascension de cette montagne plus de 15 fois. La seule fois que j’ai dû rebrousser chemin, c’était quand je faisais partie de la troupe de Scouts, dont le maître Rochecouste avait jugé inabordable l’ascension du sommet !
Je suis devenu Scout, malgré moi, dans la troupe qui a été crée par le Père Rivalland à Beau Bassin. Nous étions peu nombreux sous la direction de Rochecouste qui avait été emprunté de la troupe de Quatre Bornes pour notre formation. Etant peu disposé d’apprendre à faire des noeuds de marins, j’avais de la peine à obtenir les marques de compétence si appréciées par les jeunes novices scouts.
C’est en me rendant avec la troupe Scoute à Chamarel que je me mis en tête de ma première mutinerie. Nous étions au complet, avec les deux frères Dumazel, André Georges et Raymond Rivet. L’aîné des Dumazel qui était bien plus âgé que nous, avait la responsabilité de s’occuper des victuailles. Pour des raisons que j’ignore encore, il dispensait parcimonieusement le pain et les biscuits. Poussé par la faim, nous avons donc provoqué une vraie mutinerie pour nous accaparer des provisions. Je crois que Rochecouste et le père Rivalland ont du bien rire de cette délicate affaire, car ils ont déclaré fautifs les deux partis. On se rendait à Albion soit à bicyclette ou en marchant. Je me souviens de ces longues marches de Beau Bassin à La Chaumière, attendant avec impatience de prendre la route D’Albion. C’était alors un chemin étroit et poussiéreux, bordé de grands manguiers. On pouvait cueillir des mangues à volonté pendant la saison, mais plusieurs manguiers donnaient des fruits de mauvaise qualité. On préférait se rendre dans les sous-bois pour récolter des Jujubes de petite taille qu’on dénommait ‘massons’, des prunes et des roussailles. Ce sous-bois ainsi que les arbustes fruitiers, ont disparu de nos jours. On se rendait sur la plage publique, à Albion à l’endroit ou se trouvent des rochers. Le bain était bon et personne ne venait nous faire part des dangers encourus par des baigneurs éventuels comme c’est le cas aujourd’hui. Un vieux pêcheur assis sur un rocher, nous a fait un jour la remarque étonnante « Zotte quitte bon dilo dans la case pou vine baigné dans ça dilo sale ! » Mon fils Jean qui habite aujourd’hui dans une maison qui se trouve très prés de cette plage s’y rend de temps en temps pour prendre son bain de mer. Il n’a jamais douté de la bonne qualité de l’eau de mer. Ses deux gosses dont Félix Mini, nagent comme des poissons. Je n’ai que rarement eu l’occasion de retourner prendre le bain d’Albion, ayant l’impression malheureuse que certaines jeunes familles avec des partenaires de culture familiale différentes, n’aiment pas trop les vieux.
Nous avons aussi marché pour nous rendre à Flic en Flacq ou on pouvait prendre le bain de mer un peu partout, car on ignorait les pullulations d’oursins. J’allais parfois le dimanche pour rejoindre la famille Julien qui possédait une petite voiture Morris No. 338. Elle était si exiguë que ma soeur Jenny qui avait pris de l’embonpoint après son mariage, avait de la peine pour s’y introduire. L’autre frère Julien, Henri, avait une Morris encore plus démodé No. 107 et il m’invitait parfois pour de longues randonnées pendant son travail. Une visite à un jardin de l’école primaire de Grande Rivière Sud Est était considérée comme un trajet exceptionnel. On prenait deux bonnes heures pour s’y rendre, et gare aux pannes de moteur ! Je crois avoir suffisamment trimé pour remplacer des roues crevées qui étaient le plus souvent dans un état d’usure avancé. Henri, qui mangeait dés son réveil, comme des collégiens ne prenait rien pendant la journée et me regardait manger mon pain maison et mes deux ou trois gâteaux piments. Le pain maison qui se vendait 10 sous avait alors deux fois la grosseur du pain qui se vend de nos jours. Les gâteaux piments, d’un diamètre respectable d’au moins 5 cm, avaient un trou au centre. Henri jurait qu’il n’en consommait jamais afin d’éviter des contaminations de bactéries « Mo pas consomme zot gâteau qui faire avec la main sale et toujours même di luil » Tant pis pour lui ! Je vivais alors à raison de la générosité de ma mère qui me passait des sous pour le cinéma et même les ‘ Surprises parties’ des amis. Le monde était peuplé de garçons sérieux qui se déplaçaient en veston complet avec assortiment de belles cravates. Je ne pense pas qu’il y avait alors un manque de garçons pour marier ses filles, et les mères se donnaient bien de la peine pour faire le bon choix. C’était le temps ou des fonctionnaires bien en place comme Roger Crouche et Lois Hennequin, de vraies perles de la bonne manière et de la tenue, étaient considérés comme des modelés de vertu. Roger, un parent et aussi le parrain de ma femme avait une démarche d’une distinction particulière qui l’avait assuré le prénom de « Coule couler » par mon père, toujours facétieux. J’ai l’impression qu’il était convoité par beaucoup de familles comme étant ce qu’on appelait alors « un bon parti » Il s’était enfin marié à Suzanne, la soeur de mon beau frère Max Melotte, et avait eu deux fils.IL habitait dans une grande maison coloniale à côté des parents de Denise. Contre toute attente, il a choisi de s’exiler en Australie pour suivre ses deux fils et son préféré Alain qui avait épousé une sino-mauricienne.
A 90 ans il était encore très vert, et avait conservé parait-il l’habitude de questionner les gens à propos de rien et de tout. Il s’instruisait donc toujours à sa manière. Son fils aîné Alain, un comptable diplômé de Londres, qui était mon ami, étant mort subitement un 31 Décembre, le pauvre Roger pris de chagrin ne lui aura survécu que d’environ deux ans.
J’allais souvent voir un ami, Roland Véron, que je connaissais de longue date. Le pauvre garçon était continuellement alité ayant contracté la tuberculose. On avait alors une peur irraisonnée de cette maladie, en raison de la contagion. Ma mère n’y trouvant pas d’inconvénient, je me rendais pratiquement chaque semaine au chevet de Roland qui vivait avec ses parents et une soeur appelée Lorraine. Je trouvais celle-ci était jolie mais je ne voulais la considérer que comme copine pour des raisons que j’avoue ne pas comprendre. Roland s’était mis à étudier la littérature française et c’est en sa compagnie que j’ai pris goût à la bonne lecture. Il aimait aussi la musique classique.
Je me revois assis au bord de son lit à jouer aux dames tout en conversant sur les mérites de quelque ouvrage de Victor Hugo ou de Balzac. J’ai abandonné quelque peu mon ami Roland quand j'ai fait des propositions prématurées à Denise après avoir renoué des relations avec le gros Roland Crouche.
Mon ami Véron, souffrait d’une grave maladie cardiaque et des complications pulmonaires. Il est mort à l’âge de 22 ans et c’est le coeur brisé que je me suis rendu à ses funérailles. Il dort au cimetière de St Jean presque à côté du père Rivalland, tout au bord du mur qui longe le cimetière en face du rond point. Mon autre ami Roland, plus gras que jamais, vivait chez la tante Andrina en compagnie du sérieux Roger et de Pierre Crouche, un autre cousin. Ayant terminé des études de comptabilité, au collège St Joseph, Roland avait déjà un emploi à la Pharmacie Baillache à Port Louis. Il me faisait alors l’effet d’un Crésus, car comme il était un tantinet vantard, il me laissait deviner qu’il avait toujours les poches pleines de grosses pièces. Il avait pris l’habitude, qu’il a d’ailleurs conservé jusqu’à sa mort, d’extirper une porte feuille d’un geste royal et de bien exhiber des billets de haute valeur. Je crois que j’étais plus amusé que jaloux de ses prouesses. Sa famille qui s’était établie à Port-Louis à la mort de son père Anatole, est venue habiter une maison qui les appartenait à la Rue Pope Hennessy, avoisinant celle de Roger Crouche. Je connaissais déjà deux soeurs de Roland, Iryse qui semblait loucher d’un oeil, et Myrielle qui était alors plutôt mince et affichait ouvertement ses sentiments pour un habitant de Port Louis, Gaby Betsy, qu’elle devait épouser. Quand je me rendais chez Roland à son invitation, il s’y trouvait également un petit frère, tout à fait inoffensif et deux autres soeurs, Ghislaine et Denise. La première était vive et enjouée et avait les répliques insolentes, la seconde, plus jolie mais plus réservée n’avait que 15 ans, et avec un air de sainte nitouche se mettait à m’étudier sans rien dire. Comme j’étais encore chômeur la mère de Roland, Irénée se contentait de spéculer. C’était une famille assez dépourvue et elle devait faire des plans pour attirer et retenir des prétendants convenables pour ses filles. Je crois que c’est à la suite d’un pique-nique avec la famille Crouche à Bel air St Félix, que mes relations avec Denise ont été scellées. Ce pique-nique dans le cadre enchanteur de Bel-Air était mémorable. Nous avions pris place dans un petit bus conduit par Clément Manuel. Le pauvre Clément devait mourir de leucémie quelques années plus tard,un peu après son mariage avec Arlette Némorin. On était assez nombreux, avec les familles Adolphe et Pitchen, ainsi que les Betsy. Roland était accompagné de son inséparable ami Marcel Audibert, qui courtisait Ghislaine. On avait accès au campement qui se trouvait au sommet de la falaise, et il y avait une piscine au bas de celle-ci avec accès à la mer.
Nous sommes souvent revenus à Bel Air, tentés par le plaisir de prendre un bain de mer dans cette piscine, ainsi que par celui de contempler le spectacle grandiose des vagues s’écrasant au milieu d’écumes blanches sur les falaises.

Falaise de Bel Air.

Le 30 Décembre 1949, mon frère Max et Mathé étant à Maurice, on avait été au même endroit avec notre famille, en voiture. Max a trouvé alors ce qu’il croyait être une bonne tactique pour se doucher en s’accroupissant sur un rocher fréquemment balayé par les vagues. Une de ces vagues a failli l’emporter, mais il est tombé dans l’eau et s’est blessé au pied. Ce sport dangereux qui nous avait toutefois séduits, a failli me coûter la vie plus tard, quand j'ai été emporté en haute mer à Pointe aux Roches.
C’est à cette période que mon parrain André Moutia qui était Entomologiste au Département D’Agriculture, m’a invité à prendre du service dans sa section sans paye. Après quelque mois de service comme stagiaire, on m'a proposé un emploi temporaire comme « Technical Assistant » à la section D’Entomologie. C’était un travail assez spécifique dans le cadre de la coopération internationale pour la lutte biologique contre les insectes nuisibles. Ma tache consistait à parcourir l’île pour collectionner des coccinelles de diverses espèces. André Moutia faisait alors l’intérim comme chef de la section. Etant diabétique, il se donnait, chaque jour, des piqûres d’insuline, et cette maladie avait eu chez lui des conséquences inattendues sur son comportement avec son prochain.
Rarement de bonne humeur, il avait le don de passer des rebuffades d’une violence étonnante. Il trouvait toujours moyen de vous prendre en faute et soulignait avec véhémence vos manquements, même les plus bénins. Convenons donc que j’ai débuté dans ma carrière de la manière la plus dure possible. Mes émoluments étaient alors de Rs.150. Une importante somme car les fonctionnaires dits commis de l’état ne touchaient que 60 roupies. Après avoir payé une pension à ma mère, je me mis gaillardement à dépenser mon pactole. Il y avait le cinéma, les courses de chevaux, la surprise partie, et l’achat de livres et des disques. Je ne crois pas avoir pris la peine d’épargner un sou pendant cette période, mais j’avais déjà eu l’habitude de collectionner des livres, habitude que J'aurais conservée jusqu’à ce jour.
Mon ami Roland, a mené alors grand train et fréquentait surtout les salles de jeu. Il rentrait chez lui à deux heures où quatre heures du matin, ce qui donnait des soucis à sa famille. Ses soeurs m’ont révélé, qu’il avait souvent les poches pleines à craquer de pièces d’argent. Mon beau frère Max était aussi un fervent des jeux de chance, dont le quatre-quatre. C’était un jeu très simple qui consistait à déposer un bol sur des tas de pièces de monnaie et de compter le contenu en éliminant les pièces quatre par quatre. Les pièces restantes constituaient le chiffre gagnant. C’était une manière facile de gagner ou de perdre de l’argent. J'ai été bientôt contaminé par le démon du jeu et me suis rendu également le soir dans diverses salles de jeu à Port Louis et à Rose Hill.
Roland ne se contentait pas de jouer tous les soirs à Quatre-Quatre, il prenait plaisir d’entreprendre des sorties nocturnes dans des endroits mal famés en compagnie de Marcel Robert et de Philippe Vadim. Ils entraînaient souvent d’autres jeunes. C’est ainsi que je me suis vu faisant partie de la bande, racolant des filles de petite vertu à Port Louis pour les emmener la nuit à la plage de Choisy.
Pour une première, c’était assez moche mais il fallait bien disait-on que jeunesse se passe. Comme j’avais décidé de faire la cour à Denise, la jeune soeur de Roland, je mis fin à ces sorties nocturnes, pour mon grand bien.
Roland a eu moins de chance, et à la suite d’une série de pertes sérieuses au jeu, il s'est trouvé dans de grandes difficultés financières et a commis la bêtise d’emprunter des sommes d’argent dans son travail. Sa supercherie a été découverte et pour éviter des poursuites, sa mère a dû hypothéquer sa maison pour rembourser les dettes. C’était la catastrophe pour le pauvre Roland. C’était la fin des largesses et des grandeurs, et il passait dorénavant son temps dans sa chambre, l’air penaud, à méditer sur son sort. De mon côté, les choses s’étaient stabilisées, et je menais une vie tout à fait rangée et respectable.
Mariage et naissance des enfants.
Pour faire la cour à une fille en ces temps là, il fallait que ce soit une opération délicate, réglée par les parents. On était tout bonnement sous surveillance, et la future belle mère n’était jamais trop loin. On pouvait aller au cinéma en compagnie d’une soeur ou du petit frère. Je devais souvent me révolter contre cet état de choses et les relations devaient s’envenimer avec la famille. Ayant eu une altercation avec Roland à ce sujet, je compris qu’il allait falloir avoir recours à une décision immédiate. Je n’étais certainement pas prêt financièrement à affronter les risques d’une liaison matrimoniale, mais comme on était assoiffé de liberté, il n’y avait pas d’autre issu que le mariage. Avec des salaires de Rs 385 par mois, je me vis ce 14 juillet 1951, grimpant les marches de l’église du Sacré Coeur de Beau-Bassin pour me marier avec Denise. la cérémonie a été suivie par une simple réunion familiale ‘ en petit comité ’ selon les termes d’usage courant. Le père Rivalland qui officiait s’était étonné que nous n’ayons qu’une seule alliance, et avait prononcé son homélie qu’il a éclairée particulièrement en direction de la patience que doit avoir la femme dans son ménage. Elle devait accepter l’humeur souvent changeante du mari et pouvait tomber sur un caractère difficile. Il m’avait jaugé et jugé à sa manière et les invités présents à l’église, avaient l’air de comprendre et d’approuver en hochant la tête. Tant pis, c’était achevé et nous étions mariés. Une mini fête a été organisée à Beau-Bassin dans la maison des Crouche. Cette réunion familiale, en dehors des normes habituelles, s'était tenue en l'absence de ma propre mère et de Roland. En dehors de Maud et Max, on avait invité Roger et Pierre Crouche ainsi que Bernadette et André Moutia. On a servi modestement du rhum, mais il y avait un gâteau de mariage.
Le terme ‘ Ti dimoun ’ n’existait pas encore, mais on peut dire sans se tromper que nos noces pouvaient se classer dans la catégorie.des mariages ‘ Ti dimoun ’. Ayant loué la maison de Paul Dantier à Quatre-Bornes, on s'était rendu vers minuit accompagné de presque tous les convives qui étaient peut-être curieux de voir comment on s’était débrouillé pour l’installation et surtout le mobilier. C’était bien entendu tout ce qu’il y avait de plus pauvre. On ne s’en souciait guère ayant fièrement adopté le slogan ‘ Mon verre est petit, mais je bois dans mon verre.’
Nous avons habité cette vaste mais vieille maison pendant environ deux ans. Il y avait une très grande cour, et j’ai profité pour planter des fleurs annuelles, en particulier des oeillets. L’oeillet Chabaud était alors assez méconnu et j’étais ravi de voir les visiteurs s’émerveiller en admirant les fleurs jaunes dans les plates-bandes. On cultivait alors des fleurs pour le plaisir et pour offrir à des parents et amis. Je me souviens en avoir offert à Tecko de Chalain, l’inséparable ami de Max Melotte. Il m’avait alors fait part de son opinion défavorable sur ma table de ping pong qui, faute d’autres meubles avait été disposé au milieu d’une grande chambre. Cette table en bois de lilas, mal séché, avait été fabriquée à la hâte et sans aucun effet de bonne menuiserie par Jimmy, le fils aîné de la servante Germaine de ma mère. En effet, on avait abattu un gros plant de Lilas qui se trouvait dans la cour de la maison de Beau-Bassin. Ayant fait scier ce bois en planches, j’avais chargé Jimmy de fabriquer une armoire, un lit, un tréteau pour le tennis de table, et un baffle épais pour les hauts parleurs. J'en avais fait l'acquisition d'un technicien du nom de Tranquille, en même temps qu'un ampli maison, sans boîtier, ayant de grosses lampes spectaculaires, en échange d’une vieille radio. Le travail bâclé de Jimmy était tout à fait rustique. Nous avions une longue cave située d’un côté de la maison et on y élevait une souche de canards de Barbarie, dite canard ‘ manille ’ à Maurice. J’ai pu obtenir un grand coup de main de la part de Denise pour effectuer cet élevage, qui réussit si bien que la première femelle n'a produit pas moins de 18 canetons et la seconde 15 canetons.
On avait donc 36 canards dans la cour. Pour bien nourrir cette population vraiment spontanée, je faisais grand usage d’escargots qu’on écrasait avec une pierre. Le gros mâle se précipitait avant les autres pour happer une poignée de ces mollusques gluants, suivi par les deux femelles et la nichée de petits canetons. On a obtenu bien vite des gars bien ventrus, prêts pour la casserole. Je ne pense pas avoir mangé autant de canards dans ma vie que pendant cette période. Quand on recevait des parents ou des amis, le grand seigneur, propriétaire d’élevage que j’étais, faisais signe à Denise de faire goûter un plat de canard. Elle se mettait alors à la besogne, sans protester. J'avais une petite femme tout à fait désireuse de plaire à son mari et à tous, sans exception. C’était une fermière bien disposée à faire profiter aux visiteurs les produits de son élevage. Nous n’avons pas vendu un seul volatile ce qui suggère véritablement q’entre nous deux nous avons décapité pas moins de 36 canards. Cyril, le frère de Denise a eu la délicate besogne de tuer et de plumer le gros mâle quand nous avons abandonné l’élevage en raison des attaques répétées de rats. Cette même année, la section d’entomologie m’a envoyé en mission à L’île Plate afin d’introduire les oeufs d’un papillon le Cactoblastis cactorum, pour la destruction des cactus qui envahissaient l’île. Denise m’avait accompagnée, et pour prolonger la lune de miel, nous avions été autorisés de passer une semaine dans cette île idyllique. On avait eu accès à un grand campement, apparemment, celui du gouverneur de Maurice, et on était choyé par le seul habitant, un Brebner, qui était responsable de cette partie de l’île Plate.
Tout en haut, sur la colline, habitait trois autres personnes, le couple Dick, gardiens du phare, et un employé. Je n’ai jamais été aussi comblé en approvisionnement de poissons et de fruits de mer. Brebner et Dick, se reléguaient pour nous présenter de beaux spécimens de Cateaux, de Licornes, de Gueules pavées, et de Dames Berrys, sans mentionner les crabes et les bigorneaux. Je me vois au bord de notre varangue, projetant avec force les poissons qu’on n'avait pas la possibilité de consommer le plus loin possible dans la brousse. C’était du gaspillage dans le sens le plus pur du terme! Nous avons été un matin visiter l’îlot Gabriel, en compagnie de Brebner. Ayant surveillé le retour au nid d’un oiseau, Paille en queue, nous avons capturé l’oisillon qui venait de recevoir de sa mère un poisson entier. Denise a ramené cet oiseau vivant à Maurice. Ne pouvant survivre, nous l’avons alors confié à mon ami Courtois, taxidermiste amateur pour être empaillé.
Le propriétaire de notre première maison, Paul Dantier dit Pop par son fils, avait décidé de venir habiter sa propre maison. Nous avons commencé un long exode qui nous a graduellement poussés à de nombreux déplacements de maisons en maisons. En quittant la maison de Paul Dantier, on s’est installé dans une petite maison en tôle et bois. Celle-ci se trouvait à côté de la maison des Crouche à la rue Pope Hennessy, appartenant à Lydia Mahon, une parente de la famille Crouche. Malgré toute notre bonne volonté, on ne pouvait qu’être inconfortable dans cette case exiguë que je n’aimais d’ailleurs pas. Denise s’en accommodait, cependant, très bien, étant logée à côté de ses parents. A mon avis cela constituait un désavantage certain. Il fallait dire adieu à la tranquillité auquel j’aspirais, car on allait dorénavant recevoir beaucoup de visiteurs.
Marie France et Jacqueline devaient naître dans cette cabane. Marie France est née le 3 janvier 1953. Maud et Max Mélotte, sa marraine et son parrain, sont venus fêter l’événement avec Roland, Laine et Cyril. Nous avons bu du brandy français Neyraud, pour l'occasion. Marie France avait la figure toute fripée à sa naissance, ce qui faisait dire à Roger Crouche qu’elle était née plutôt laide. Quelques jours plus tard c'était de l'avis de tous, un très beau bébé. Marie France étant aînée des enfants a été la plus photographiée de la famille, car j'étais alors très féru de photographie, et imprimait moi même mes clichés. Nous avons encore un album dans lequel on peut retrouver les photos de son enfance.
Nous vivions très simplement, mais les fins de mois étaient difficiles. Il fallait emprunter 10 à 20 roupies pour le ménage. A cette période que J'ai été nommé Assistant Plant Pathologist temporaire pour remplacer Antoine qui faisait ses études en Angleterre. Le patron Orian, avait voulu qu’on offre la situation à son propre fils, mon ancien ami Fédo. Il m'a fait un mauvais accueil, ne me considérant point compétent à occuper cette fonction. Malgré les pressions du directeur, un anglais hypocrite, j’ai accepté d’occuper ce poste dans d’aussi pénibles circonstances. Ayant emprunté le coût de la voiture du gouvernement, j’en fis l’acquisition. C’était ma première voiture, une Morris minor verte No. 6228. On allait donc pouvoir voyager dans toute l’île pendant le week end.
Jacqueline est née, deux années après Marie-France. Elle est venue au monde sans problèmes à heures. La sage femme était toujours Mme Marguerite Dada.
Malgré le fait que c'était un Vendredi Saint, c'était une belle occasion pour faire la fête. Le parrain était Roland et la marraine Gladys.
Jacqueline était un assez gros bébé, bien formée dès sa naissance et qui n'a guère tardé pour sourire aux visiteurs.
Etant d'une forte constitution, elle ne pleurait que rarement, ce qui faisait dire à Denise qu'elle allait avoir un bon caractère.


Ayant été remercié à la section de Pathologie quand Antoine, contre toute attente, a repris son poste.
J'ai été embauché une fois de plus à la section d’Entomologie comme Technical Assistant, poste que j’ai occupé jusqu’à 1955, quand J'ai été nommé Phytalus Officer une situation permanente. La voiture a été vendue pour faire face aux difficultés financières qui devenaient intolérables.
Comme on était mal logé dans la cabane de la rue Pope Henessy à Beau-Bassin, on réussit à louer une coquette maison neuve à la rue Hichcock, Quatre-Bornes, appartenant à M. Bouchet. Nous avons habité cette maison pendant 4 ans et y avons mené une vie heureuse, en regardant grandir nos deux filles. Celles-ci fréquentaient une petite école maternelle de la famille Bouton, tout près de la boutique Castel. En 1957, j'ai été renvoyé à la section de Phytopathologie comme Plant Inspector. J’avais un bureau à Port Louis pour contrôler les importations de plantes et végétaux. Il me fallait me rendre en douane à l’arrivée des bateaux et à l’aéroport pour celui des avions. Comme ceux-ci atterrissaient alors au milieu de la nuit, je m’y rendais en taxi avec le lab attendant Marday. Celui ci un personnage haut en couleur, aimait raconter des histoires drôles sur le bonhomme, le chef pathologiste et son assistant Orieux. Marday travaillait à Réduit ou il était un peu l’homme à tout faire. Je l’avais connu depuis mes années études au Collège D’Agriculture quand il venait offrir aux étudiants une décoction qu’il qualifiait de thé. Il s’agissait des 6emes ou 7emes infusions.

En 1958, J'ai fait une mauvaise affaire en faisant l’acquisition d’un collègue Télémaque d’une vieille voiture noire qu’il avait maquille avec de la peinture fraîche. Austin A40, No 7246. C’était de toute évidence une bagnole esquintée, ayant un moteur défectueux. J’ai eu beaucoup d’ennuis avec cette voiture et les coûts de réparations ont fondu mes rares économies. On vivait cependant gaiement, recevant beaucoup de visiteurs. On s’amusait follement et il y avait des fêtes pour le déjeuner du dimanche et même parfois en semaine. Je me souviens que Roland et Edley Maquet, bien amochés ont dansé un soir, une ritournelle bien cadencée nommée Zambézi.

Le 2 Novembre 1958, on était en pique nique à Pointe aux Roches avec Edley Macquet, sa femme Jacqueline et ses enfants ainsi que Cyril et sa famille.
Je me suis ce jour là sérieusement blessé en mer en pratiquant le sport dangereux de la douche sur les rochers balayés par de grosses vagues. Aprés avoir été sommairement pansé à l’hôpital de Souillac, j’ai dù conduire moi même la voiture, pour revenir à Quatre Bornes, car mes amis ne savaient pas conduire. Je suis resté trois mois alité à la suite de mes blessures au rein.
En 1959, André Moutia et sa femme Bernadette, sont partis en congé pour l’Europe et le Maroc. Ils m'ont demandé de venir habiter chez eux pendant leur absence, à la rue Volcy Goupille, Beau-Bassin. La maison d’André Moutia était une assez vieille maison, qui avait été cependant bien entretenue et aménagée pour donner un certain confort. La cour était assez vaste et la devanture faisait valoir une jolie pelouse avec un magnifique letchi à côté de la maison. A l’arrière de la maison, on pouvait voir la porte d'entrée de la maison des Philogéne.
C’est dans cette maison que nous nous sommes provisoirement installées. On avait accès à son salon et sa varangue; ainsi que dans sa chambre et une autre grande chambre qui était réservée aux enfants.
Je me souviens des fêtes que nous avons organisées dans cette maison. On jouait de la bonne musique quand on recevait Nadeau, un ami de mon travail qui était mélomane.
Nous avons souvent reçu les dimanches le frère de Denise ainsi que la famille Macquet. Des surprises parties ont réuni pas mal d’amis dont Jacques Xavier et sa femme. Denise était enceinte et j’ai dû faire preuve de beaucoup de circonspection pour ne pas mettre notre ménage en péril.
Le violent cyclone Carol s’est abattu sur nous en janvier 1960. Nous avons vraiment eu peur en subissant les menaçantes rafales. Pendant le calme qui a duré plus d’une heure, Cyril, dont la maison avait été abîmée est venu se joindre à nous. Le lendemain, c’était la désolation et il n’y avait plus de feuilles sur les arbres. Dans la cour, c’était une grande dévastation, et on ne voyait que des branches déchiquetées. Chez les voisins, c’était pire. Dans la ville de Beau Bassin tout était plus ou moins détruit.
On a toujours, la photographie de Denise en robe rouge qui a été prise sur les perrons de la varangue de cette maison.
Jean y est né le mercredi 6 Avril 1960.
Madame Dada, une sage femme qui connaît bien la famille de Denise a aidé Denise à la perfection, tant et si bien que la naissance eut lieu en présence de nous trois, sans l'aide des parents. Le bébé et Denise se portant à merveille, on se mit tous au lit en attendant le lendemain. «Tu peux attendre demain pour aller claironner la nouvelle » me disait alors Mme Dada ! C'est précisément ce que je fis, car, l’événement c'était la naissance du premier garçon. Celui-ci avait une bonne tête et des joues où perçaient des fossettes.
C'était l'année du cyclone Carol. Les arbres dénudés qui avaient survécu, commençaient à peine de montrer du feuillage vert et sain. Le baptême eut lieu le jeudi 7 Avril à l'église Sacré-Cœur de Beau Bassin. Jenny a été la marraine et Cyril Crouche, le parrain. Bien arrosé avec le Whisky Ushers et du champagne Veuve Cliquot, la fête du soir fut mémorable, et on était tous bien gais et éméchés pour l'occasion.
Vers la fin de 1960 on a déménagé pour aller vivre dans la maison que Mazy occupait à la rue Henri Lemaire, à côté de la maison de Ignace Félix.
Clair Bancilhon venait d'avoir la tuberculose et Mazy était partie seule en Europe pour un court séjour.
Tout comme Jacqueline, Jean était un bébé toujours de bonne humeur, qui s’accommodait bien dans sa famille avec ses deux soeurs pour qui, il représentait une nouveauté, quelqu'un de différent.
Mon beau-frère Clair était un personnage haut en couleurs, un vrai phénomène! Il était féru de littérature française et de poésie. Je me suis bien amusé à l’entendre réprimander ses serviteurs, Jenky et Dookmine. Cette cohabitation avec la famille de Mazy, Clair, Dominique et Pascale n'a duré qu'une année et nous avons été habiter une maison neuve à Belle Rose. Encore un autre départ pour Quatre Bornes à la rue Balgobin ou Nicole devait naître, quand Jean avait un peu plus d'un an. La maison construite en béton, située non loin du Collège saint Esprit, avait pourtant l’aspect rustique, et on n’avait pas le confort espéré. J’ai fait bientôt l’acquisition d’une Ford Prefect blanche B. 755.
Nicole est née le mardi 29 Août 1961 La naissance se passa très bien, la sage femme était une fois de plus Marguerite Dada, une habituée de la famille de Denise; mais contrairement à la naissance de Jean qui s'était effectuée tranquillement entre Mme Dada, Denise et moi-même; il y avait cette fois pléthore de gens, dont la maman de Denise, Laine, Maud, et quelques visiteurs amis.
Notre dernière née, que j'avais appelé Colo, dès sa naissance, était plus menue que les autres enfants à leur naissance. Elle fut baptisée en l'église de Notre Dame du Rosaire à Quatre Bornes. Mazie a été sa marraine, et Gaby Edouard Betsy, son parrain. En 1962 on déménagea de nouveau pour aller à Belle-Rose, Avenue Ollier, dans une assez coquette maison appartenant à Brelu-Brelu. C’est à cette période qu’on fit le projet d’entreprendre notre premier voyage en Europe. La voiture fut vendue en 1963, et on déménagea de nouveau pour habiter la maison familiale à Beau-Bassin. Le jour de notre déménagement a été marqué par un incident qui aurait pu me coûter la vie. Croyant que mon beau frère Clair avait fait supprimer l’électricité je me suis équipé d’une pince ordinaire en métal pour couper un fil qui se trouvait à l’endroit du compteur. J’ai saisi un des fils et l’avait sectionné d’un mouvement brusque. Consternation! le courant passait. Songez que si j’avais coupé le second fil je n’aurais pas été vivant en ce moment pour écrire mes mémoires.

Notre voyage en Europe fut sommairement préparée. Nous n’avions d’autres ressources que mon maigre salaire de Rs 800 au service du gouvernement. Je devais, chaque fin de mois me rendre à MillBank, pour toucher mes salaires en monnaie anglaise. Nous sommes arrivés exténués à Londres Pendant le voyage, nous nous sommes occupés d’une fillette qui voyageait, non accompagnée. Ses parents sont venus la prendre à l’aéroport et nous ont indiqué une adresse d’hôtel à Somerset Gardens, près du Mayfair, quartier trop bourgeois pour notre bourse. Nous avons donc passé deux nuits seulement dans cet hôtel et ayant été chez les Wilden, ou Mme Dada était logée. Elle nous conseilla de prendre une chambre à Holloway, en attendant de trouver mieux. A l’hôtel, on a eu droit à une spacieuse chambre en face de celle du Dr Vellin qui était installé avec sa femme et son fils. Louis Honoré et sa fille Christiane, habitaient le même hôtel ; On prenait le petit déjeuner seulement à hôtel, et je me souviens encore de la serveuse qui prenait les commandes en me demandant « Bacon and couple eggs love! » On s’habitua bien vite à cette existence et je me rendis même aux courses à Ascot, en compagnie de Gérard Vellin.
L’hôtel d’Holloway était encore trop cher pour nous et on trouva une modeste chambre à 37, Sommerfield Road, Finsbury Park, plus loin au nord de Londres. On devait habiter à Finsbury Park pendant cinq mois. On a mené d’abord une vie de touriste, en visitant la cité, parfois à pied. Nous habitions à côté de Finsbury Park, une grande étendue de pelouse avec un charmant lac qui était fréquenté par des cygnes, dont le cygne noir d’Australe et une multitude de canards.
Pour assister aux courses à Alexandra Park, il fallait marcher pendant deux heures pour atteindre le château qui était situé au niveau de Wood Green. Nous étions confortablement assis sur une pente pour voir les courses de chevaux. Les meilleurs jockeys de l’Angleterre, participaient à ces épreuves, mais je me souviens d’une course particulière ou l’on ne faisait courir que deux chevaux, comme à Maurice! Un des chevaux était cependant monté par Lester Pigott.
Jenny, Léon et les deux fillettes, Lysel et Rosemay étaient en vacances à Londres et logeaient à Victoria en même temps que la famille Hennequin. Nous avons donc rejoint la famille Julien pour les visites traditionnelles à Hampton Court, Greenwood et Windsor. N’ayant pas encore visité le château de Versailles, nous avons été impressionnés par les peintures et décorations intérieurs des chambres. Quelque part dans les jardins d’Hampton Court, on peut admirer une vigne qu’on dit millénaire. On était fier d’avoir pu contempler l’authentique Cutty Sark, sur les berges de la Tamise à Greenwood en se souvenant qu’on se tenait à la longitude zéro! Le château de Windsor, plus près de Londres était encore habité parla famille Royale, mais on permettait les visites dans plusieurs chambres, dont le’Waterloo Chamber’, où se dresse une table de banquet, chaque année, le 18 Juin, jour anniversaire de la bataille de Waterloo.
J’avais alors 38 ans, et Denise, 33. On se plaisait, pour s’instruire, ou par simple curiosité de visiter tous les musées. On était tantôt au musée de Science ou de science naturelle South kensington, ou dans les galeries d’art de la National Gallery ou de Tait gallery. On a visité plusieurs musées moins connus comme la Wallace Collection. Ces visites étant gratuites, nous avons profité pour visiter plusieurs fois la plupart des musées.
Nous avons été émerveillés de découvrir les meilleurs tableaux connus, ceux de Rembrandt, de Greuze, de Renoir, de Raphaël, et même de peintres anglais comme Turner. Un matin la vieille Mme Dada, nous a accompagnés lors d’une de ces visites à la British Museum. Elle semblait perdue au milieu des blocs gigantesques venant d’Egypte, de Mésopotamie ou de Perse. Elle a eu un frisson devant les momies Egyptiennes, et a contemplé sans commentaire la roche de Rosette qui avait permis à Champollion de découvrir les secrets des hiéroglyphes d’Egypte. En présence des exhibitions de poteries et autres sujets en porcelaine elle proclama son mépris en disant « Qui faire to carquille to lizié coum ça couillon, ça benne cachepot là ramasse ec la pelle dans Riviére des Anguilles cotte vieux matantes. »
Maud, la petite soeur de Denise arriva en Angleterre pour s’y établir et j’eus la surprise de la voir en compagnie de Marcel Audibert, un soir ou Denise était restée chez Jenny à Waterloo. Elle devait habiter chez les Wilden avec Mme Dada et chercher du travail. Nous avons cependant pu visiter ensemble, plusieurs sites intéressants, dont le jardin de Kew. Nous avons retrouvé des plantes exotiques dans les serres à grandes superficies. Nous étions installés à coté de la pagode chinoise pour le déjeuner sur l’herbe. Ce simple repas consistait invariablement en des sandwichs de jambon, de saucisses ou de poulet et des fruits. Nous n’avions guère de moyens pour aller dans les restaurants qu’on inspectait de loin, sans envie.
On se contentait de peu, ayant de la reconnaissance pour le très- haut de nous avoir permis de visiter une cité aussi célèbre et de contempler ses merveilles.
Après trois mois de cette vie de farniente, nous avons pris la décision de travailler étant donné que nous avions des fins de mois plutôt pénibles. Denise fut la première à trouver un emploi dans une imprimerie. Après trois semaines au travail il devint évident q’elle n’allait pas pouvoir s’y faire. Elle s’obstinait à penser que les autres filles la surveillaient, et qu’on parlait d’elle derrière son dos. Après une courte maladie, elle abandonna ce travail.
Malheureusement après quelques semaines, elle décida de travailler de nouveau dans une entreprise de fabrication de sacs à main pour dames. Le propriétaire est venu à Sommerfield Road pour me proposer du travail également. C’est ainsi que tous deux, on se rendait à Holloway le matin pour passer une longue journée de travail manuel dans une vielle bâtisse, à l’architecture typiquement vieille anglaise.
Après un mois, Denise qui ne s’adaptait toujours pas, a souffert d’une dépression nerveuse. Elle a démissionné de son travail et s’était enfermé dans la chambre d’hôtel pendant que j’étais au travail. La santé de Denise devait se détériorer et on l’emmena en compagnie de Jenny et Léon à l’hôpital français de Londres. Le médecin, une jeune femme, ne diagnostiqua qu’une simple dépression nerveuse et lui avait prescrit des calmants. Ces médicaments devaient lui rendre plus relaxe, mais assez morose. Elle devait demeurer dans cet et ne profita nullement du reste du voyage. Pourtant, après six mois en Angleterre, on s’est rendu en France où on devait rejoindre les Julien. On avait obtenu une petite chambre d’hôtel à côté de celle des Julien à la Rue Lange, dans le quartier latin. Comme on était à Paris nous avons rendu visite à Ludovic et Gladys, celle-ci était alors enceinte. Après avoir visité un peu Paris, nous avons de nouveau pris l’avion pour Marseille ou on devait passer quelques jours chez Max. Ma maman en visite en Europe à ce moment habitait chez Max avec les Julien. Nous avons toujours une photographie qui la montre dans un vignoble, ravie de tenir entre ses mains du raisin fraîchement cueilli. Max avait loué à notre intention un appartement de l’hôtel très connu de Marseille, construit parle célèbre architecte le Corbusier. Mon frère semblait alors très prospère et avait déniché le contrat de réparer les canaux de la cité. J‘étais impressionné par sa flotte de grands camions et de ses tracteurs. Après un court séjour à Nice, on est reparti pour Rome. C’est difficile de raconter l’étonnement d’un habitant d’une petite île, devant les merveilles de Rome. Nous n’avions plus guère d’argent à la fin de notre long périple, mais avec un repas de sandwich par jour et des fruits, nous avons parcouru à à pied la partie la plus célèbre de cette métropole. La visite à Saint Pierre de Rome nous avait émerveillé. Quand Denise se pencha à la fontaine Trévi pour y jeter quelques pièces sans valeur, on savait au fond de nous même qu’on allait réellement revoir Rome.
Denise retrouva ses enfants avec soulagement, mais retint toutefois des séquelles de sa dépression. Elle n’avait plus tout à fait le même caractère et pour la première fois depuis notre mariage, elle prit du poids. De retour dans la vieille maison familiale de la rue Téléphone, Je repris mon travail comme Assistant Pathologiste au département d’Agriculture en m’intéressant spécialement à la Mycologie.
Mon chef hiérarchique était Luc Orieux, un personnage bizarre qui s’était converti au Chritian Scientist et comme tel ne croyait pas aux infections, donc aux méfaits des bactéries. Il me délégua ses pouvoirs et je me comportais de plus en plus comme le vrai responsable de la section. Je pense avoir acquis beaucoup d’expérience non seulement dans ma discipline mais dans l’administration et l’organisation du travail. C’est pendant cette période que j’ai écrit parfois seul ou en collaboration avec Orieux un certain nombre de papiers scientifiques, la plupart de peu d’importance. Nous avons publié une brochure sur les maladies des plantes et une deuxième, qui fait état d’une liste des maladies des plantes à Maurice, édité par la presse britannique du Commonwealth Mycological Institute. En 2005, ce sont encore les deux seuls ouvrages du genre pour Maurice !

Ma famille dans les années 60.

Entre copains, on s’amusait beaucoup en s’adonnant au syndicalisme. Grand Baron un des frères Burrenchobay avait créé le syndicat, une association de bons lurons avec Pablot, Guérandel dit Pipo, France Nadeau., et Lagaieté dit Sonny, et le chef commis Bhagat. On se rendait fréquemment à l’hôtel le soir pour boire du whisky et même du rhum, et dans un brougaha de gens éméchés, on parlait de tout : litérature, sport et politique. Pour Baron on était tous des cons et il répétait toujours « Ne dites pas des bêtises. » Un soir où j’étais aussi éméché que les autres, et que je conduisais la voiture, j’ai insisté auprès de Bagat pour qu’on aille voir au flanc du Corps de Garde, le site où on brûlerait Bagat à sa mort, comme tout bon Maraz. Tous ces copains sont aujourd’hui morts. Baron, qui avait été fait vice-chancelier de l’université par son protecteur le Premier Ministre Ramgoolam, est mort à Londres. Pablot, Bagat et Pipo, après la retraite. Nadeau est mort très jeune. Enfin Sony, célibataire endurci est mort en 1998.
Edmond, notre charpentier de la section de Pathologie,qui m’aimait bien, nous avait construit un garage d’un côté de la maison, pour abriter la Ford Prefect B755, car un Lundi de Pâques on avait volé la voiture. La voiture fut retrouvée trois jours après, quelque peu abîmée et sans batterie!
Nous habitions la rue Brodie à Beau Bassin. C’était une vieille maison en béton mais avec des portes en bois mal lambrissé. Il n’existait pas d’antivols, ce qui nous a valu un jour la visite d’un cambrioleur, probablement asthmatique. Il réveilla Jacqueline en passant près de sa chambre avec sa respiration haletante Il réussit à enjamber la fenêtre, quand, réveillé, je me mis à le poursuivre en l’invectivant de forte manière. Il réussit à nous emporter une belle pendule murale et à donner une grande frayeur à Jacqueline.
N’étant pas un vrai gradué d’université étrangère je n’avais pas de possibilités de devenir le Chef pathologiste. le directeur d’alors Ffrench Mullen, me fit cependant offrir une bourse pour un cours de trois mois en Australie pour étudier la Quarantaine. Il me recommanda en plaisantant de ne pas entreprendre des études sexuelles comme certains! Il faut rappeler, que le pathologiste en voyage en Australie une année auparavant avait été arrêté et à l’amende pour avoir introduit des photos pornographiques en Australie. Il devait déclarer avec une candeur étonnante à un juge d’Australie : « I am a student of sex! ».
J’ai entrepris le voyage en Australie dans le petit avion de la South African Airways, un avion qui avait souvent la réputation d’avoir des problèmes. Mon ami D’Espaignet qui était de service à l’aéroport, m’a fait observer que j’avais opté pour le « cercueil volant ». L’avion faisait a l’île Cocos où la piste d’atterrissage couvrait pratiquement toute la superficie de l’île avec des rubans de cocotiers de chaque côté et des barbiches de broussailles dans certains endroits.
L’île était balayée par des vents assez forts. J’étais étonné de la lenteur avec laquelle on parcourait le continent qui se défilait à nos yeux, par un temps sec et pratiquement sans nuages. la cité de Sydney, avec ses faubourgs m’a apparu spectaculaire avec ses amas interminables de petites lumières.
Voyager seul dans un grand pays peut être éprouvant, mais tout s’arrange si l’on est bien accueilli. Les autorités australiennes ont établi un excellent programme d’accueil pour ses invités étrangers qui bénéficient de bourses d’étude. je dois dire que j’ai été fort bien accueilli, car pour les trois prochains jours j’étais logé, ainsi que d’autres étudiants, dans un hôtel au bord de la plage à Bondi Pacific. Le lendemain matin, j’ai pu tremper mes doigts pour la première fois dans l’eau froide du Pacifique.
J’ai été content de visiter Sydney en compagnie d’un Philippin, Simeone Estocapio, et nous avons parcouru a pied les rue de la cité allant de King’s Cross au célèbre pont de Sydney à côté de la grande et magnifique rade de Sydney.
Nous avons pris l’avion pour Canberra où devait se tenir les cours théoriques. Canberra st une cité moderne, construite avec des plans futuristes. On y a construit des ponts avant de détourner une rivière pour a circonstance.
Certains bâtiments comme l’institut d’anatomie sont nettement d’une architecture futuriste. Le City Square était en 1966, une place pratiquement vide, et devant la statue d’Eros, on n’était que quelques étudiants à contempler le paysage.
Nous étions logés à l’hôtel Kurrajong, ou on bénéficiait de très grandes chambres fort confortables. A cette période Canberra était encore au stage de l’ébauche et les bâtiments du ministère des affaires étrangères où on suivait les cours, ne se composaient que de quelques baraques. Les zones résidentielles étaient parsemées dans l’enceinte de la cité, avec des délimitations commerciales. Le Anzac mémorial, en l’honneur des combattants de la dernière guerre était cependant achevé et après avoir traversé un long boulevard, fort pittoresque encadré de mimosas et de rosacées florifères. On pouvait y accéder et visiter le sanctuaire qui étai imprégné d’une musique douce, vraisemblablement perpétuelle.
Après un séjour d’environ un mois à Canberra, nous sommes partis en avion pour Sydney, où nous avons habité non loin de la cathédrale à Yarrong Street. En grimpant une route abrupte, jonchée de restaurants de cuisine exotique ou italienne, on accédait à Kings’Cross, un peu le pendant du Soho anglais. Il y avait le Pink Pussy Cat , Le Kia Ora shop. Dans un coin la fontaine « El Alamein », avec ses jets d’eau en forme de roue. Il semble qu’en Australie les fontaines sont fonctionnelles, ce qui n’est pas le cas à Maurice, ou après une courte période d’essais, tout est a sec. Ce coin de Sydney ne vole pas sa réputation, car dés mon premier soir j’ai été accosté par une petite australienne boulotte et passablement agréable qui m’a invité à sa manière. « Want a girl? »
En 1966, l’Opéra House de Joern Utzon, étalé sur une superficie de 7 arpents si célèbre de nos jours, était en voie de construction .Nous avons tenu, Simeone et moi même de grimper en ascenseur le AMP building, d’ou l’on peut admirer le centre de Sydney et la rade. Nous avons alors fait la connaissance d’une famille Australienne, la mère et ses deux grandes filles. Simeone a voulu faire des photos. Mes copies ont été depuis détruites par Denise dans un de ces élans caractéristiques de méfiance.
Nous avons pris un Coach à Sydney pour un long périple qui devait nous conduire à Adelaide. Ce voyage nous a permis de voir en détail la structure de L’Agriculture Australienne à travers les bienfaits de la rivière Murray. A Wagga-Wagga, nous avons pris logement dans un coquet petit hôtel. La nuit, on se divertissait comme on pouvait en parcourant les rues presque désertes de la petite ville. Un commerçant qui nous avait vu venir feignit d’être très étonné et nous dit en riant.
« Where do you come from, the moon? » Deux jeunes filles de bonne humeur nous ayant croisés en riant, Simeone qui ne manquait pas d’audace, trouva la bonne formule pour faire connaissance en disant « Allo, may we share your
happiness! ». De Wagga Wagga, on est parti pour Leeton, ou on était logé à l’hôtel Riverina, avec un confort étonnant; les chambres du motel sont de radio et des douches personnelles.
Je recevais les nouvelles de la famille. Jean venait de subir un accident déplorable quand Marie-France qui cuisinait lui a versé un plat de lentilles bouillant, venant du réchaud sur le crâne, et Nicole était tombée dans un canal au bord de la rue Téléphone, et avait perdue quelques dents. J’ai retrouvé une vieille carte postale avec une photographie du fameux Kookaburra, l’oiseau qui imite la voix humaine. On entend son cri tous les jours à Radio Australie et partout dans le monde ou on est à l’écoute de ses émissions. J’ai écrit : « A Jean, attention a la cuisine de Marie-France, ne te fais pas cuire le crâne. A Nicole: Attention quand tu marches dans la rue. il ne faut pas perdre toutes tes dents. »
A Griffith, une autre ville de cette région agricole, nous avons visité le mémorial de guerre et admiré les vastes jardins avec de nombreux conifères, certains bien ciselés en forme de cierges géantes. Après une nuit à Griffith, nous sommes partis dans le désert Australien à destination de Mildura. Nous avons logé en chemin à hôtel Deakin, en région de vignobles. Mildura est une assez grande ville, avec de grands boulevards; Sur la rivière Murray nous avons pris le bateau à étages des touristes pour remonter la rivière. Le Docteur Harisson, qui nous accompagnait avec Melle Koene était infatigable malgré son âge avancé. Nous étions tous assez affectés par le climat sec et. on était déshydraté.
A Renmark, on a trouvé logement à l’hôtel Renmark et on a dîné dans un grand restaurant à l’invitation du chauffeur. Celui-ci, qui était un étudiant fort sympathique de l’université d’Adélaïde avait pris la responsabilité de conduire le Coach de Sydney à Adelaide, pour se faire des sous. Nous avons logé à l’hôtel Grosvenor, dans le centre de la cité. J’ai bien aimé Adélaïde . Nous avons pu visiter les cultures tempérées des environs de la cité. Il y a eu également les longues visites aux deux universités, dont l’une était toute moderne. De La Torres, non loin d’Adelaide on peut admirer à loisir les montagnes d’Adelaide. Un dimanche soir, j’ai été voir le film Docteur Jivago au grand cinéma Metro. J’étais seul car Simeone ne semblait pas trop apprécier ce genre de film. Un voyage par train nous a conduit à Melbourne, où une partie importante des cours devait avoir lieu. Il faisait cependant froid, au bord de la mer à un hôtel de Saint Kilda ou on était logé. Malgré tout, nous avons visité le centre ville, ainsi que les faubourgs. Simeone et moi- même avons été invités un dimanche matin chez une famille de cultivateurs qui habitaient un ranch, assez loin de la cité. C’était des gens fort aisées et même riches. Toute la famille était à table pour nous demander des nouvelles de nos pays respectifs. Ils nous ont emmenés ensuite faire une longue tournée dans les forêts avoisinant.
C’est ainsi que j’ai pu voir des Kangourous, de plusieurs espèces dans leur habitat naturel, ces animaux étaient plus farouches que ceux qu’on peut toucher dans le Zoo de Taronga Park, au bord de la rade de Sydney. Des familles de Koala s juchaient tout au sommet des eucalyptus qui s’étiraient tout droit vers le ciel.
Le jour de la fameuse course hippique, La Melbourne Cup, est congé férié à Melbourne. Ayant obtenu des billets de tribune, je me suis rendu par train avec le représentant indien. On y rencontre moins de monde que pour le Maiden à Maurice, car les australiens préférant jouer confortablement aux Tabs. On en trouve dans tous les coins des villes et des grandes cités. Le voyage de Melbourne à Brisbane, une nuit et une matinée, est très éprouvant, les trains ne sont pas aussi confortables qu’en France et on arrive difficilement à prendre sommeil. On voit se dérouler à perte de vue des étendues de forets d’eucalyptus, parfois même des plages immenses de plantes brûlées par le feu de brousse. Dans certains endroits, on pouvait voir quelques paddocks d’herbe verte avec une multitude de moutons.
Mon ami Monty, qui étudiait l’entomologie à l’université de Brisbane était venu m’accueillir à la gare. Nous avons logé dans les appartements de la YMCA, non loin du centre. J’ai eu l’occasion de retrouver le docteur Emmanuel Rochecouste, qui avait émigré en Australie avec sa famille. Il m’a invité à un copieux déjeuner, bien arrosé par du vin rouge australien. Il m’avait ensuite fait visiter une réserve d’oiseaux avant de me faire visiter la magnifique plage de Gold Coast. Cette plage qui ressemble à celle de la Baule, en France, est cependant plus grandiose, s’étendant sur plusieurs kilomètres. On peut voir des avions atterrir et décoller d’une piste d’atterrissage pour les avions de touristes.
De Brisbane, nous avons visité les cultures tropicales, les plantations de bananiers et de canne à sucre. Je me souviens d’avoir fait le discours de remerciement que je crois aujourd’hui d’avoir été fade et lamentable, étant donné la personnalité de l’hôte. Lors de notre visite à la station de Recherches sucrière de Queensland, à mon grand étonnement la serre de quarantaine se trouvait au dernier étage. Le pathologiste, Hugues, très connu mondialement, était un homme simple, ayant la faculté de faire des remarques caustiques. Lors d’une visite à Maurice, il avait emprunté une ficelle pour tenir son pantalon; a son départ il devait nous le remettre en disant avec un air faussement solennel: "Souvenir of the of an Australian Pathologist" Un jour qu’il avait visité les broussailles de la Rivière Noire, on l’avait fait voir des troupeaux de cerfs, et quelqu’un lui avait demandé s’il voulait participer à une chasse. Son refus était caractéristique: « Why? to put miserable bullets in defenceless animals ! »
Nous avons visité Toowoomba, ou il a fait très chaud. Les mouches pullulaient et miss Koene nous a fait le commentaire dérisoire « They just sit on you ». Nous avons organisé un pique nique improvisé au Table Top mountain de Toowoomba. Du Kiosk , on peut contempler à l’infini des étendues de conifères géants.
Nous sommes retournés par avion à Sydney pour un jour avant de repartir pour Canberra. C’était le moment de résumer les cours et de préparer son rapport. J’ai alors revu l’hôtel Kurrajong avec plaisir. Nous étions devenus des habitués.

Après un autre court séjour à Sydney, je me suis revu seul allant en direction de l’ouest et de Perth. J’ai pu avoir un jour entier pour visiter cette cité, un peu différente des autres, avec ses maisonnettes de vieille architecture. La South African Airways m’a ramené à Maurice ou m’attendait la famille.
En 1967, nous avons déménagé pour aller a la rue Stevenson à Quatre-Bornes. La maison était située à côté d’une vaste plaine à l’arrière d’une autre maison qui faisant face à la rue. Elle appartenait à Osman, une haute personnalité de la politique . On pouvait accéder à une terrasse se trouvant en haut de la maison par un escalier externe. Il fallait surveiller Cyril, le frère de Denise, quand il prenait cet escalier après avoir bu une demi bouteille de rhum.
La voiture F59 a été vendue en 1968, quand j’ai fait un autre voyage dans un pays étranger, cette fois à Madagascar en compagnie de Ricaud, Koenig et quelqu’un venant du Zimbabwe .J’étais toujours employé au ministère d’Agriculture, mais j’avais eu une offre pour joindre la MSIRI, et on faisait des démarches pour le transfert. N’ayant pu nous procurer des billets de classe touriste, la compagnie nous a offerts de voyager en première classe.
J’ai donc voyagé en compagnie du Garde des Sceaux de Somalie, un homme sans doute important et d’une certaine maturité qui me questionnait sur mon pays d’une manière toute condescendante en buvant du champagne. Il m’avait alors dédié une missive dûment signée que je n’ai pas conservée, n’étant guère amateur de souvenirs de personnages passablement célèbres.
En 1969, nous avons logé à Cascade Road, Beau Bassin, dans la maison du ministre Bussier. C’était une maison assez confortable du style jumelé. Nous avions comme voisins Mme Rohan et la famille Alleaume. Nous avions un garage, qui quand il était inoccupé, servait de piste pour le petit train que j’avais rapporté d’Angleterre. Un voleur nous a soustrait les rails de ce train en laissant la locomotive et les wagons. Tant pis, le garage fut bientôt occupé par la voiture K 216, une Austin de couleur verte. C’était une excellente bagnolle, qui ne donnait aucun problème et qui nous a permis de faire de longues randonnées et des piques niques avec des amis. Je me souviens que l’oncle Fils Terrière était venu nous voir un soir et qu’il avait apprécié un cari d’ourite, arrosé alors par du rhum blanc. Nous avons assisté au mariage de la fille Dulaurent, un autre voisin, avec un français. Je les connaissait que très peu et avait été consterné quand la mère de la mariée me téléphona dans la journée pour me demander de faire le discours conventionnel, car Bussié qui devait le faire avait eu un empêchement majeur. J’ai donc fait les éloges de deux personnes que je ne connaissais guère.
En 1971, J’ai pu étrenner ma première voiture neuve quand j’ai rejoint la MSIRI, comme Assistant Pathologiste. J’avais été choisi par le directeur Antoine pour m’occuper particulièrement des cultures vivrières notamment la pomme de terre et l’arachide. Le chef Pathologiste Ricaud, avait l’habitude, tout comme Antoine de travaille pendant la deuxième partie de la journée, ce qui fait que c’est à l’heure du départ vers 4 heures qu’il disait « Je vous vois dans quinze minutes». Les deux collègues Sullivan et Ferré, subissaient le même sort, non sans maugréer.
II fallait travailler dur pendant cette période pour faire aboutir les recherches et je suis resté à Réduit avec Ricaud parfois jusqu’à 7 heures du soir, avant de reprendre ma voiture neuve pour regagner ma maison.
Bussier voulant vendre sa maison, il nous a fallu partir, et on déménagea, cette fois pour aller à Rose Hill au No.6 Rue Lamartine, une maison appartenant à un chinois. C’était une assez grande maison moins confortable sans doute que la précédente, mais que les enfants aimaient en raison je pense de la proximité au Plaza. C’est dans cette maison que j’ai souffert un matin d’un saignement de nez assez conséquent. Ma soeur Maud était venue me voir, en compagnie de Mme Dada et s’exclamait «C’est inouï comme il peut saigner! » Elle faisait référence sans doute à mon premier accident d’hémorragie du duodénum, autrement sérieux. On m’admit donc à la clinique du bon pasteur et la religieuse en charge pensait que j’avais de la chance de saigner après une attaque. Diagnostique incorrect car je n’avais qu’une infection au nez qui a nécessité une brûlure des narines en salle d’opération, par un spécialiste le Dr Hansrod. Un lundi matin, ayant une tête de bois après avoir bu la veille en compagnie de Cyril, j’ai eu des douleurs inhabituelles dans le bas ventre. Nous avions fait la grande tournée de la Rivière Noire et à travers le Morne, vers le sud et Souillac. Le docteur Jaufferally diagnostiquera l’appendicite et m’a fait admettre de nouveau à la clinique; le chirurgien Rawat me révéla qu’il allait m’opérer « Quand?.- dans une semaine, »- Il rit « Aujourd’hui même, cet après midi.- Mais j’ai bu de l’alcool hier pendant toute la journée »- « il faudra s’en accommoder » je fus bel et bien opéré mais il a fallu un peu plus de gaz pour m’endormir, d’ailleurs j’ai pris un temps assez désagréable sentant des raideurs et ayant un bourdonnement inhabituel aux oreilles, avant de m’endormir. Le lendemain matin, tout raide et souffrant de mes blessures, je plaisantait avec une garde infirmière dont la frimousse me revenant bien. J’ai pu retourner chez moi après quelques jours, un peu expulsé par le docteur qui n’appréciait pas mes sessions de rire avec l’infirmière. Jaloux? J’ai pu conduire moi même la voiture, non sans peine pour revenir plus tard à la clinique afin enlever les fils.
En 1973, nous sommes retournés dans la bonne vieille maison de mon enfance à Beau Bassin. On devait partir en Europe en mission et en congé.
Denise et moi même sommes partis pour l’Europe, cette fois avec plus de plaisir. Le voyage devait durer environ 3 mois. Après un séjour en France, ou on avait fait la fête avec Marie Rose et Albert , et bu du bon cru à même sa cave de vins, nous avons fait mieux connaissance avec la superbe cité de Paris. Le voyage par avion de Paris à Amsterdam a été très court et nous avons pris le train le même jour pour Ede. Comme il n’y avait pas de logement disponible à Wageningen , où je devais étudier, on s’installa dans un luxueux motel à Ede. Il n’y avait pas beaucoup à visiter à Ede mais on était logé convenablement et je pouvais quitter Denise devant la Télévision en allant à Wageningen.
Un Hollandais parlant bien le français, avec son accent barbare, me prit en charge et me fit visiter le nord de la Hollande. C’est un pays plat avec des lacs et des moulins à vent. Nous avons été jusqu’au Zuyderzee au bord de la mer du nord pour voir les Polders et prendre le pouls du peuple Hollandais dans sa lutte contre les marées, afin de préserver les terres acquises avec une étonnante patience à travers des méthodes qui semblaient plutôt simples.
Denise aimait bien l’accueil de l’hôtel, mais la cuisine ne nous convenait guère et elle disait que la langue ressemblait fort à un gargarisme. Le climat était plutôt froid mais agréable. Délaissant Ede, nous avons été deux jours à Amsterdam dans un petit hôtel au bord d’un des multiples canaux de cette curieuse cité. Nous avons eu du bon temps à flâner dans les ruelles d’Amsterdam, contemplant les maisonnettes fort coquettes mais aussi le palais Royal avec sa superbe façade et avons même visité un fun fair, assez tapageur, non loin de notre hôtel. En prenant l’avion pour Londres j’ai été étonné des fouilles de valises et même des personnes. C’était le tout début d’un accueil nouveau de voyageurs à travers le monde. Il est vrai que les attentats étaient de plus en plus nombreux et meurtriers à Londres.
On trouva la famille Mauguet à l’aéroport et on s’était rendu à Carysford Street où ils louaient une maison. Jocelyn Betsy et Alain Crouche habitaient alors chez Maud et c’est en leur compagnie que nous avons célébré certains soirs en faisant la tournée des pubs et en consommant de multiples bocs de bière. On avait alors des spectacles de Strip tease gratuits dans certains pubs. Il fallait voir ces satanées danseuses se tortiller sur une scène improvisée dans une atmosphère de fumée de tabac et de vapeurs de bière. Dans le pénombre on voyait ces têtes d’hommes attentifs, aux yeux calculateurs, groupés autour des tables. Jocelyn , marié à une Réunionnaise, s’étant recyclé en Informatique, s’est établi finalement en France où il habitait une coquette maisonnette dans les environs d’Orly. Il a un fils et une fille qui s’est mariée dans les anéees2000. Alain plus malchanceux est mort en Australie. Il venait d’avoir 40 ans.
J’ai quitté Denise à Londres pour diverses missions au Surrey et au Kent. J’ai ensuite pris l’avion de nuit à la gare de King’s Cross poue aller en Ecosse. Je devais voyager jusqu’a Dundee pour voir un professeur Mauricien et visiter l’université.
J’ai été impressionné par la quiétude de la rivière Kee se trouvant à l’entrée de Dundee. L’eau paraissait noire avec une présence marquée de groupes de phoques.
Un pont assez long surplombait cette large rivière tout près du terminus. Ma première impression a été que le site était lugubre. Triste Dundee! J’ai habité chez Perombelon et sa femme qui se sont montrés très accueillants. Je les connaissais pourtant qu’a peine. . Après la visite de la cité, j’ai pu entreprendre les discussions avec des chercheurs de l’université. Trois jours plus tard, j’ai pris le train avec plaisir pour visiter Edinburgh. Cette ville plus coquette que Dundee était ce jour là balayé par des vents violents. Je m’étais habitué au système de transport d’Edinburgh, et j’ai pu visiter plusieurs sites intéressants, y compris un Zoo. C’est dans ce zoo que j’ai pu voir le plus grand nombre de phoques et de pingouins de plusieurs variétés.
J’ai aussi visité le palais de Hollyrood et le château d’Edinburgh. Dans un coin du jardin prés du château, il s’y trouve le célèbre cimetière de chiens avec les petites tombes et les épitaphes de chiens. « To my beloved and affectionate Bobby. Eternal regrets » Paradoxalement,dans cette ville où le whisky est roi, j’en ai bu très peu. Le train du jour m’a ramené à Londres avec des souvenirs en cachemire pour tous.
De retour à Paris, nous avons été chez Gladys et nous avons téléphoné à mon ami Delanoë qui nous avait invité a venir chez lui en Bretagne pendant qu’il était en stage à Maurice. Il nous a accueilli à la gare de Nantes et nous a fait une tournée touristique de la ville en voiture. On se rendit ensuite à Corcoué, un petit patelin bien caché au milieu des vignobles dont certains appartenaient à sa famille. Nous avons fait la connaissance des parents de Dominique ainsi que de ses nombreux amis et de ses clients qui venaient acheter des bouteilles de vin.
Les Delanoe sont parmi les producteurs du Gros Plan, un vin blanc très sec. Ayant visité les vignobles et goûté les belles grappes de raisin, nous avons pu étudier les différentes étapes de la vinification. Et j’ai même participé au contrôle chimique de la production .On nous avait alloué une maisonnette rustique en pierre, ayant un style de construction typique de la localité.
Le soir devant un repas plantureux on écoutait avec ravissement le père Delanoë parler de ses souvenirs viticoles. Plus tard, Dominique est venu nous retrouver pour parler de la MSIRI et des copains de jadis.
En 1974, nous avons quitté la maison de Beau Bassin pour prendre hâtivement une mauvaise demeure à la Rue Blondeau, Rose Hill, on déménagea après quelques mois pour s’installer a Belle Rose près de l’église St Jean dans une bonne maison appartenant à un officier de police. Celui-ci, fort aimable au début, devint plus tard agressif et nous dégoûta d’habiter sa maison. J’appris quelques années plus tard qu’il s’était pendu. N’anticipons pas. Nous avons passé de belles années dans cette maison et on y a même fêté nos 25 ans de mariage. La messe dite par le père Lajoie a été chantée par Jean Luc Renker qui devait plus tard se faire prêtre. On avait invité avec toute la famille, Pierre et Roger Crouche ainsi que Bernadette Moutia. Le whisky Ushers a coulé librement. On allait souvent faire des séjours au bord de la mer surtout dans le campement Didier à Poste Lafayette. C’est lors d’un de ces séjours avec Eugène et Maud qui était à Maurice que Jacqueline eut à son tour une dépression. Soignée par le Dr Jaufeerally et plusieurs psychiatries, elle a fait plusieurs séjours en clinique sans aucune amélioration de son état. Elle souffrait d’une nervosité extrême avec des angoisses. Cet état dépressif dura plusieurs années, les plus belles de sa vie et petit à petit elle redevint normale mais avec des séquelles de nervosité. Je crois avoir pris alors un coup de vieux, en raison de ce grave problème,qui paraissait alors sans issue. Pour le quinzième anniversaire de Jean, on organisa une petite fête en compagnie de Roland. Celui-ci conduisit la Simca pour la randonnée traditionnelle à Rivière des Anguilles, chez les tantes de Denise et la famille Comty. Il perdit contrôle de la voiture à Britannia et on se retrouva dans un canal assez profond.
Le 29 Décembre 1975, on acheta une autre voiture neuve, la Renault At 804 pour Rs 42500. Nous avons depuis conservé la même voiture qui est demeuré en ma possession pendant 22 ans. Nous l’avons vendue en Décembre 1998. Au moment où j’écris, en 2005, je n’ai pas de voiture.
En 1977, on est retourné dans la maison de Maman à Beau Bassin. On devait entreprendre un voyage en Europe pour le mariage de Marie France. Celle-ci avait connu un militaire français, Jacques Koerkel par correspondance et l’ayant rencontré lors d’un précédent voyage avait décidé de l’épouser. Nous avons passé d’abord quelques jours à Londres où nous avons habité chez Eugène qui vivait alors avec sa mère Solange qu’on appelait Sosso. Elle avait un caractère jovial et nous avons passé de bons moments ensemble. De retour à Paris nous avons fait la connaissance de Jacques et avons eu une chambre à Trappes ou il habitait. On organisa un long voyage à Lourdes en voiture avec Marie-France et Jacques pendant notre séjour à Trappes.
Nous avons également été en Bretagne pour voir les parents de Jacques. J’ai pris le train pour Grenoble pour revoir Max. Celui-ci me fit visiter la région ainsi que le Vercors et l’Alpe d’Huez.
Nous avons dignement fêté notre anniversaire de mariage à Trappes, le 14 Juillet .Le soir nous avons été voir les feux d’artifice aux Champs Elysées. Avant de repartir pour Londres nous avons visité le sanctuaire de Lisieux, en compagnie d. Jacques et Marie-France.
En 1878 on m’a nommé Scientific officer en pathologie à l’Institut de Recherches. J’avais compris que c’était pour la direction mon bâton de maréchal car on ne devait jamais me nommer Senior Scientific Officer. La même année on déménagea de Beau Bassin pour aller à la rue Brodie. C’était une demeure modeste en partie en bois appartenant à une chinoise qui possédait une boutique à Rose-Hill. Nous avons reçu dans cette maison la visite d’un voleur qui n’a heureusement rien pu emporter.
En 1979, l’Institut de Recherches me délégua pour assister à un congrès de 12 jours aux Philippines. Comme il n’y avait pas de transport direct, j’ai pu profiter de l’occasion pour visiter Bombay en deux fois ainsi que Bangkok et Singapour.
Manille est une grande métropole avec sa population de métis malayens et espagnoles. De Manille nous sommes partis pour l’université ou se tenaient les conférences. Nous avons visité Banang La Union, une plage des Philippines et le volcan Mayon qui surplombe le lac artificiel de Nagong.
Les Philippins sont des métis d’espagnol de Malaysiens et de chinois. Ils aiment la fête, les fiestas. Le transport public est vraiment folklorique. Les jeepneys, ornés de fanfreluches métalliques rutilantes, crèvent les yeux sur les routes. Le catholicisme a été implanté aux Philippines par les Espagnols. L’Islam n’est implanté qu’au sud des Philippines. La langue nationale est le Tagalog. On dit ‘Mabuhai’pour souhaiter la bienvenu à l’étranger. La tournée aux Pangasanjan falls a été mémorable. Je me revois filant à toute vitesse dans un étroit canoë à travers les méandres d’une rivière avant d’atteindre la haute cascade. Le canoë, piloté par de vrais experts, va frôler les chutes, périlleusement, avant de revenir vers la rivière bordée de grosses roches. On me voit assis dans cette photo à côté d’un collègue de Timor.
Nous avons accompli un long voyage à travers la montagne par une route poussiéreuse et en lacets au bord des précipices, avant d’atteindre Baguio City à 5000 pieds d’altitude. Nous avons logé à Baguio City Pines Hotel, à côté de la Cathédrale. Un soir nous avons assisté à une représentation de danses locales, dont le ‘Itik Itik’ qui imite le mouvement des canards. On s’accroche les mains et on verse tantôt à gauche, tantôt à droite. Les filles, dont nos copines de travail, portent une robe en carreaux damiers.
J’ai eu de très bons amis parmi les Philippins, surtout les fille ; l’une d’elle, Lina, me plaisait particulièrement. Ces filles avaient une douceur étonnante. Elles avaient bien la langueur des espagnoles, mais avec l’air sérieux et énigmatique des malaises ou des indonésiennes. J’ai participé un autre soir à une fête spéciale pour déguster le rôti de porc entier qu’on tournait à la broche.
En 1980, nous avons encore déménagé, cette fois pour revenir à Quatre-Bornes, à l’avenue des Giroflées, dans une maison appartenant à Collard. La maison était petite, mais la grande cour était bien clôturée. Je devais passer des années dans cette maison et les travaux perpétuels dans le jardin ont petit à petit transformé l’apparence de la cour. Le garage sans porte devait être plus tard muni d’une porte métallique à coulisse. Malheureusement, le mouvement vertical d’une structure aussi lourde devait me provoquer des douleurs abdominales. Nous avons reçu un nombre important de visiteurs dans cette maison. Par ailleurs les anniversaires et fêtes annuelles étaient dignement célébrés.
Marie France et Jacques se sont rendus à la Réunion où Jacques devait travailler pour l’armée pendant deux ans. Denise a profité pour aller les visiter dès 1980.
Cette même année, le 5 Septembre, nous sommes partis en voyage d’agrément pour l’Europe accompagné de Jean. On était de retour à Maurice le 18 Décembre. Nous avons d’abord séjourné chez les Maulguet à Londres. Ils habitaient alors à Carysford Street au nord de Londres, près d’un grand parc. Nous avons bien vite fait le tour de la cité pour montrer à Jean tous les sites importants. J’ai profité pour voir un match de foot à Arsenal. Jean était content d'avoir l'occasion de voir jouer son équipe favorite, qui a gagné ce jour-là. Nous avons visité les musées, dont le National Gallery et les musées d’histoire Naturelle et de Science à Kensington. Nous avons quitté Denise chez Maud, pour entreprendre une courte visite en France. C’était la première fois que Jean allait découvrir les merveilles de Paris. Je me souviens qu’après avoir visité le muséum d’histoire Naturelle, nous avons flâné du côté de la rue Monge. Le 16 Septembre, nous avons été au sommet de la tour Eiffel. Il faisait très beau et nous avons pu contempler Paris dans sa splendeur.
En Décembre, Denise et moi-même sommes repartis par avion pour la Réunion ou on devait passer la fête de Noël. Marie France et Jacques ainsi que Carine qui était toute mignonne, habitaient à Saint Denis dans les casernes réservées aux français sur la colline. Jacques nous a fait faire un tour de l’île en passant par Cilaos. Nous avons grimpé une petite colline à l'orée du village pour déjeuner. Au retour, nous avons coupé un beau sapin pour Noël, en dépit des objections de Jacques qui craignait les inspecteurs forestiers. Le soir du réveillon de Noël, nous avons quitté Françoise et les Castagnet, les invités de la famille Koerkel, pour assister à la messe de Noël à 10 heures. C’était à Notre Dame de la Délivrance, qui se trouve tout près des casernes. C’est une belle église avec à mon avis, des peintures d’une couleur trop vives.

En 1981, j’avais eu une querelle avec Ricaud, en raison de sa vantardise, concernant les recherches en virologie. N’ayant pas apprécié mon attitude, il m'a déclaré la guerre. Les choses se sont aggravées et à ma requête, Antoine, le Directeur, m'avait fait transférer à la division d’Entomologie, dirigé par l’anglais Williams, un ami de longue date. Après un an d’exil, j’ai pu obtenir une autre situation à Anthurium Export.
J’ai pris ma retraite à la MSIRI en 1981. L’ancien directeur Antoine, qui avait suivi de près les problèmes précédemment rencontrés par mon prédécesseur Mamet à Anthurium Export m'a alors dit sans ménagement ‘Vous êtes entré dans une calèche cassée’. Il est vrai que le flétrissement bactérien affectait dramatiquement les plantations d’Anthurium et on enregistrait à Flacq des pertes de 40,000 plants par arpent. A Queen Victoria, 50% des plantes avaient disparu. J’avais donc à faire face à un vrai défi! Pour l’accomplissement de ma tâche, je jouissais d’une assez grande liberté, car j’avais tenu à faire
Comprendre au comité que je voulais être indépendant et avoir la faculté de choisir mes méthodes et mes options. L’avenir de l’entreprise d’exportation de fleurs d’Anthurium paraissant très compromise, il a été convenu que j’allais avoir la faculté de travailler en paix. Ces mémoires n’ont rien de commun avec un rapport technique. Je dirai simplement qu’il m’a fallu travailler avec acharnement tant au laboratoire que chez les planteurs pour arriver à trouver une option de travail. Celle-ci devait éventuellement déboucher vers une méthode de lutte à moyen et long terme contre la maladie qui menaçait cette culture. Il a fallu plusieurs mois, avant que je réussisse à faire accepter mes conseils. Ma position devenait moins aléatoire dans un milieu parfois rétrograde et imperméable aux changements.
La compagnie Anthurium Export, avait loué un bureau de la MSIRI à Réduit. J’occupais donc, le confortable bureau d’un employé qui venait de prendre sa retraite. Mon statut s'est vite amélioré au fil des années et j’avais tout à fait la confiance des propriétaires des entreprises et des dames qui y travaillaient, soit dans les situations de surveillance ou dans l’emballage des fleurs. J’allais devenir un technicien à tout faire, qui devait entreprendre des recherches pour tout réformer dans les compartiments les plus éloignés possible de la Pathologie Végétale. Les cultivateurs me faisaient confiance. Il me fallait être à tour de rôle, l’entomologiste ou l’agronome du groupe.
Je devais donc connaître une grande satisfaction dans mon travail, car je me sentais un peu comme un des piliers de l’industrie.
En 1983 Jean et Nicole étaient avaient été admis à l’université de Montpellier en France. Les revenus des pensions et mes salaires nous ont permis de faire face aux dépenses mensuelles pour leurs études.
A Maurice, nous menions une vie simple et sans grandes dépenses, hormis les dimanches, quand nous avions la table bien garnie avec de bons vins. Il nous a simplement fallu diminuer quelque peu les dépenses pour les vêtements et les distractions.
En France, Marie-France et Jacques avaient entrepris la construction de leur maison à Wassy. C’est un petit patelin à côté de grandes forêts, réputé pour avoir été le cadre des débuts de guerres de religion du temps du Duc de Guise. On visite encore le lieu des massacres des protestants, appelé ‘grange du massacre’.
Un jour qu’Irénée se sentant mal, avait fait mander le docteur Jaufeerally. Après l’avoir ausculté, il constata qu’elle n’avait rien de grave. Iréné avait le même jour insisté pour qu’il donne son avis sur l’état des pieds de Roland qui montraient des blessures non cicatrisées, séquelles de son diabète. Le docteur a été étonné de constater que Roland était assez mal en point. Son diabète s’était aggravé et il avait commencé a avoir des problèmes de circulation. Il semblait même qu’un pied avait un début de gangrène. Il conseilla l’hospitalisation immédiate.
Après quelques jours, il devenait inévitable de songer a une amputation, étant donné le progrès de la gangrène. Roland devait bientôt s’habituer à son nouvel état et se remit à boire de plus belle. En 1985, nous avons accompli un nouveau voyage en Europe, pour fêter mes 60 ans. Je devais d'abord me rendre aux Etats Unis en mission à Hawaii. J’ai pris l’avion quelques jours avant Denise pour me rendre à Londres. Après une courte visite aux Maulguet, au nord de Londres, j’ai pris l’avion pour Los Angeles. J’ai pu constater que cette ville n’était pas si peuplée qu’on aurait pu le croire. Le climat est très agréable, mais on ne peut s’empêcher de songer aux meurtriers tremblements de terre. En effet San Francisco et Los Angeles se situent sur l’importante faille San Andreas de l’écorce terrestre. On sait que le frottement des plaque tectoniques provoquent des tremblement de terre parfois catastrophiques. Sous la cité même de Los Angeles, il s’y trouve une faille la Newport Inglewood. Des tremblements de terre ont eu lieu en 1933 et 1972.
De l’aéroport, j’ai téléphoné au propriétaire d’un petit hôtel qui est venu me prendre à l’aéroport dans une petite camionnette. L’hôtel, au bord de la route, n’était qu’a deux pas d’un petit restaurant ou on pouvait s’acheter ses repas, et emporter des fruits. On mange à l’excès aux USA, et on peut constater que de nombreux américains se gavent à en juger par le nombre d’individus corpulents. Hommes comme femmes ont des tendances d’obèses. Je me souviens d’avoir rencontré au restaurant toute une famille d’obèses: le mari, la femme, les enfants et les amis. Le voyage de quelques heures vers Hawaï a été agréable. J’étais assis à côté d’une romancière qui m’avait fait voir un de ses romans. Etonnamment, un célèbre écrivain américain Hermann Wook, auteur de La Mutinerie de Caine se trouvait en première classe dans le même avion. Par coïncidence, j’avais acheté le livre en Angleterre pour le voyage. Le spectacle des volcans d’Hawaï qui émergent de la masse nuageuse est inoubliable. Nous avons été à l’île de Kuai pour déposer des touristes, avant de repartir pour Hawaï avec d’autres touristes.
Mon séjour à Hawaï a été très agréable et j’ai logé dans un excellent hôtel à Hilo, la ville principale de la grande île. L’hôtel était bien situé en face de l’océan Pacifique, et j’avais une grande chambre avec toutes les aménités, et même la télévision. La plupart des plantations d’Anthurium se trouvent à Hilo. Il y avait à Hawaï, une épidémie d’une maladie bactérienne de l’Anthurium, inconnue à Maurice. J’ai eu donc l’occasion d’étudier à loisir cette maladie. J’étais piloté par la famille Gervais qui possédait des entreprises de production et d’exportation de fleurs.
J’ai profité de mon séjour pour visiter un dimanche, les sites volcaniques d’Hawaï. J’étais aussi à Hawaï pour la fête nationale annuelle de Thanksgiving, un jour férié. Invité chez les Gervais, j’ai pu goûter leur meilleur vin californien, qui à mon avis est inférieur au vin correspondant français. J’ai tellement été absorbé par mes visites et mes études que j’avais oublié la date exacte de mon départ. Heureusement que je m’en suis rendu compte quelques heures avant le départ de l’avion pour Los Angeles. Les Gervais avaient organisé un dîner d’adieu mais ont secoué la tête avant de me conduire à l’aéroport. Ils m’ont pris pour quelqu’un de très distrait. De Los Angeles on s’est arrêté à San Francisco et j’ai pu admirer le fameux pont. Le retour vers l’Angleterre a été long et il avait commencé à faire nuit quand l’avion a atterri. J’ai pris le métro pour me rendre chez Eugène. Après une nuit de fêtes, je suis parti le lendemain par le train vers la côte ouest de l’Angleterre, près de Bath, pour visiter un grand laboratoire de culture de tissus. Quelques jours après, je repartais pour la France où m’attendaient Denise, Jacques et Marie France.
Ayant fait des économies pendant le voyage aux USA, j’ai pu faire venir Jacqueline que nous avons été accueillir à Roissy. Nicole et Claude sont aussi venus nous rejoindre chez Marie-France. Comme Jean était déja en France, étudiant à Montpellier, nous devions tous nous réunir à Wassy.
C’était une année exceptionnellement froide et il avait neigé avant Noël. A la fin de l’année, tout le paysage avait blanchi, en particulier les forêts avoisinantes de Wassy. Le 31 Décembre, Jacques nous a conduit à Verdun. Le soir, on a été étonné de voir Jacques s’isoler à la cave pour hacher son bois de chauffage. Nous avons compati avec Claude qui se refusait de venir à son aide, le jour du réveillon. Nous avons bu du champagne et du Whisky et Jacques, fatigué et in habitué aux mélanges de boissons alcooliques, était tombé malade. Le lendemain 1er Janvier, J’avais été avec Denise la messe à l’église Notre Dame de Wassy. Il faisait un froid glacial sous la nef. On devait ensuite préparer le repas du jour de l’an. Quelques jours pus tard, Jacqueline m’a accompagné à Paris avec Laine et Fernand qui retraient à Versailles. Nous avons failli mourir cette nuit, quand dans les environs de Bar le Duc, un camion a dérapé sur le verglas et nous avait tout juste frôlé, au bord d’un précipice. Nous avons été voir Jenny et Léon chez Lysel à Torcy. De retour à Wassy nous avons fait un court séjour avant de nous rendre encore à Paris, d’où nous avons pris le train pour Marseille. Nicole et Claude occupaient un appartement à la Juliette, non loin des bureaux de la SNCM où Claude travaillait. Nous avons profité pour refaire connaissance avec cette grande ville. On habitait le quartier du port et nous pouvions aller à pied à la Cathédrale de Marseille. Nous avons pu constater dans certains quartiers, une présence tapageuse d’Arabes et autres Nord Africains. Nous avons pris le train pour Montpellier avec Nicole et avons été rejoindre Jean et Patricia. Jean habitait un appartement au dernier étage d’un vieil édifice assez central, comme on en trouve souvent dans les grandes villes. Il avait comme voisin un commerçant ‘Chez Bedos’. Dans la même rue, on pouvait voir une voiture rouge encastrée dans le mur d’un bâtiment. C’est une curiosité assez rare .Non loin se trouvait la Place de la Comédie, et en face, un bloc d’appartements dont celui occupé par Chantal Serpillon, l’amie de Jean et de Nicole, qui étudiait également à l’université. Elle était déjà venue en vacances à Maurice et nous avait proposé d’habiter chez elle. C’était une fille gentille et fort intelligente qui nous avait semblé souffrir de boulimie, ayant un appétit hors du commun. Nous avons passé de bons moments à Montpellier, profitant du bus rouge gratuit pour sillonner la ville. Nous avons été plus tard avec Jean au Zoo de Montpellier. C’est à Montpellier que nous avons appris le 8 Janvier, la mort d’Irénée, la maman de Denise. Elle avait eu une vieillesse pénible, ayant souffert semble-t-il de la maladie d’Alzaimer. Une agressivité étonnante avait submergé sa douceur naturelle. Elle était même arrivée à dire sèchement au pauvre Fernand qui avait un grand respect pour elle « Pas faire l’imbécile dont. Pas faire C. ». Quand à moi, je crois qu’elle me lorgnait avec ce qui me semblait un air de mépris où de dégoût en émettant simplement un ‘hune caractéristique, carrément désapprobateur. Nous avons prié pour elle à la cathédrale de Montpellier, un édifice historique mais un peu caché, réputé pour la belle musique d’orgue.
Nicole et Claude sont venus se marier religieusement à Maurice le 29 Décembre 1986. C’est le père Etienne de la paroisse Saint Jean de Quatre-Bornes qui a célébré le mariage. On avait invité le résidu de la famille qui n’avait pas émigré en Australie ou en Europe. Nous avons reçu les invités dans un nouvel hôtel de Quatre-Bornes. Mes copains de la MSIRI avaient aussi été invités et Pépé Ferré a prononcé le discours. Le lendemain, les mariés avaient été dans un campement à Baie du Tombeau. Ne voulant pas être seuls, nous les avions donc rejoints le lendemain. Nous avons pu manger des langoustes que l’on vendait encore à la criée dans les rues. En raison de la forte chaleur qui nous incommodait, nous sommes retournés à Quatre Bornes, sans profiter de la mer.

Le laboratoire et Jean.

Microlab, c’est le nom d donné au laboratoire de culture de tissus. Ce laboratoire a été crée par le groupe Anhurium Export, en association avec de nombreux planteurs du groupe. Il m’a fallu convaincre les promoteurs avant d’aboutir à une entente. Le laboratoire devait propager uniquement l’Anthurim dans un premier temps. Il m’a fallu fournir les estimations du coût des l’équipement et des dépenses. Une société a été crée et je devais être actionnaire à 2%. Ayant convaincu René Antelme d’employer Jean comme principal technicien pour entreprendre les travaux de propagation, il a accepté et Jean, encore étudiant à Montpellier, a été suivre des cours avec le docteur Febvre. Celui-ci est venu à Maurice pour nous aider à installer le laboratoire sur une bonne base professionnelle, selon les critères conventionnels. Il a passé plus d’un mois chez nous, jusqu'à l’achèvement des travaux de l’installation. Il devait devenir un ami de la famille et passait ses moments de loisirs chez nous. Pendant une visite de Gladys et de Ludovic, il nous avait accompagné lors d’une ballade de l’ascension du Pouce. Nous avions loué une maison à l’Avenue Flamant Sodnac. C’est dans cette humble maison que le laboratoire devait débuter. Les problèmes de contamination nous ont donné bien des soucis après le départ de Febvre. Après un an de lutte et de ténacité, les promoteurs impatients voulaient abandonner. Aidé par Georges Wiehe nos avons réussi une fois de plus, de les faire patienter. Nous avons cette fois fait venir un anglais, qui avait semble-t-il déjà multiplié l’Anthurium. Effectivement, il avait le secret de la désinfection. Bientôt les difficultés étaient aplanies et on a pu commencer les propagations. Jean pouvait désormais se rassurer sur son avenir qui paraissait compromis.
Sous peu, c’était le succès. Plusieurs de nos bonnes variétés, que j’avais aidé à sélectionner, étaient en voie de propagation. On devait aussi avoir les premières commandes. J‘ai cependant réalisé que les promoteurs qui étaient aussi les plus gros actionnaires, exigeaient un monopole pour une livraison privilégiée des plantules. Je pense qu’il en est toujours de même. Aujourd’hui Jean est le manager du laboratoire. Il a embauché Jacqueline qui aide pour la propagation des plantules avec deux autres laborantines. Pour moi, ce n’est plus qu’un lointain souvenir d’une certaine réalisation et de pas mal de ténacité. Je ne suis pas mécontent de la part que j’ai jouée dans cette réalisation.
L’évêque de Port Louis, Monseigneur Margéot, a été fait Cardinal la même année que Maud était venue à Maurice avec Maisie pour fêter ses 70 ans. C’était le 26 décembre 1988. Je devais fêter mon anniversaire à minuit le 27 décembre. Nous avions loué pour un mois le campement Louison à Peyrébére. La famille Koerkel au complet qui avait fait le déplacement pour assister au mariage était avec nous. La chaleur torride, les moustiques et les douleurs du Zona m’ont fait passer des heures pénibles et fort désagréables. J’étais malade et n’avais aucune envie de faire la fête. Claude, sa soeur Nicole et l’ami de celle-ci qui étaient tous venus au mariage, avaient loué un autre campement plus confortable que le nôtre, toujours à Peyrébère. Maud et Mazy habitaient dans un troisième campement à Grand Baie, avec les Poisson. En dépit des douleurs du Zona, il m’a fallu passer la soirée à boire et à fêter. Maud, toujours coquette, ne voulait pas que l’on mentionne son âge et prétendait naïvement être moins âge que moi.
Le lendemain, jour de mon anniversaire, nous sommes repartis à Quatre Bornes avec Maud et Mazy, car on ne voulait pas manquer la messe.
Le nouveau cardinal Jean Margéot, devait honorer de sa présence une messe pour commémorer la fête de St Jean dans notre église paroissiale.
Le mariage de Jean et Patricia a eu lieu le lundi 19 Décembre 1988. Je souffrais encore du Zona. Le mariage a eu lieu à l’église de Saint Jean par le prêtre Billot qui semblait souffrir d’une grippe ce jour là. Le père Renker, notre ami Jean Luc, qui était un enfant de la maison, car il venait souvent chez nous même avant d’avoir été faire ses études au séminaire, a prononcé l’homélie. La fête a eu lieu à Curepipe dans une grande résidence coloniale. Il y avait un modèle de la tour Eiffel dans la cour. Maud s’est fait très remarquée par son exubérance particulière. Elle était bien boute en train et a même donné un spectacle de Tango en solo avec Gilbert Poisson son cavalier pour la circonstance. Carine a elle aussi été remarquée dans une danse de son temps en solo. C’est Jacques qui a pris le toast. Son discours se voulait humoristique avec des plaisanteries à mes dépens. Jean et Patricia s’étaient connus depuis pas mal de temps et avaient été ensembles parfois à Montpellier, parfois en Ecosse. Ce jour là, ils avaient l’air tout à fait inoffensifs. Je crois qu’ils devaient partir que le lendemain pour la lune de miel.
En 1990, j’ai cessé d’être actif à Anthurium Export et je suis devenu un consultant du groupe.
Max et Mathé sont venus en séjour à Maurice en 1990. Ils sont repartis pour la France le 31.9.90.
Nous avons accompli un autre voyage en Europe en 1992. Nous sommes cette fois partis le 24 Juin pour revenir à Maurice le 19 septembre. L’évènement de ce voyage a été le baptême de Marie-Claire à Wassy, le 12.Juillet.
Plus tard, nous avons été avec Jacques à Londres en voiture, pour dix 10 jours. A Paris nous avons logé chez Nicole Lacube, la sœur de Claude, avec Carine, avant de nous rendre chez Laine et Fernand à Versailles. Je me souviens d’une belle promenade par le train à Strasbourg avec Marie-France et Stéphanie. Nous avons visité la célèbre cathédrale et avons pu entendre les sons et voir les articulations saccadées de la fameuse horloge.
Nous avons plus tard effectué un voyage en voiture à Reims avec Dominique, le voisin de Marie-Franee, qui avait le même emploi que Jacques.
Nous avons s pris un train de nuit avec couchette pour nous rendre dans le sud de la France chez la famille Febvre. Celui çi nous a fait visiter Tarbes avant de nous conduire à Lourdes où nous avons passé une agréable journée.
Nous avons repris le train pour Marseille. Claude et son père Raymond étaient à la gare Saint Charles pour nous accueillir. Nous avons été chez Gisèle, la sœur de Claude à Marseille.
Le lendemain, nous avons pris le paquebot de la SNCF pour aller en Corse. C’était une croisière mémorable et fort agréable. Claude m’a fait faire la connaissance du capitaine et nous avons pu visiter la tour de contrôle, et une salle où on pouvait voir de multiples ordinateurs. Tout était automatisé. Notre séjour à Ajaccio devait être particulièrement agréable. Nous avons visité Corté, Porte-Vecchio, Bonifacio et Bastia. Maisie est venue nous rencontrer en Corse pour une semaine et nous avons multiplié les bains de mer. J’étais avec Nicole dans la voiture pour aller chercher Maisie. Nicole nous a fait entendre de la musique folklorique pour touristes. C’était de l’authentique musique Corse avec les intonations bien italiennes. Mazie est repartie avant les festivités pour marquer l’anniversaire de la fondation de la ville d’Ajaccio. Les rues étaient illuminées et nous nous sommes mélangés à la grande foule pour assister à un concert en plein air du chanteur Bachelet, qui était alors très en vogue. J’ai été impressionné par son professionnalisme et par l’excellente qualité de son orchestre.
De Bastia, nous sommes revenus à Marseille par un autre paquebot. Denise et moi même, avons pris le TGV pour Paris, d’ou on a regagne encore une fois Wassy. Après les dernières fêtes et les adieux, nous avons de nouveau pris le train pour Paris..

Mortalités.

Iryse avait un assez grave problème de la circulation sanguine. Elle avait été admise à la clinique Bon Pasteur. Très mal en point, elle semblait avoir été mortellement atteinte. Roland a solennellement fait venir le mari de la servante Annie, du nom de Bic et lui a dit : ‘Faire ène bon nettoyage la cour avant qui lé corps arrivé. ‘ Il était convaincu que c’était une question de jours. Iryse s’est cependant rétablie et à son retour à Beau Bassin, elle a repris ses habitudes normales et a à continué de tourmenter le pauvre Roland avec ses projets de vente de la maison. Roland était fermement opposé à toute idée d’abandonner la maison maternelle. Il buvait encore de l’alcool mais avait pris l’habituer de manger moins. Il avait toujours un fort taux de diabète et avait commencé à se soigner par des piqûres journalières d’insuline. Il se procurait un whisky bon marché à la boutique du coin, appartenant à un chinois nommé Carré. C’était le Glen Niven embouteillé à Maurice, qui n’était pas de bonne qualité. Il en consommait régulièrement, modérément, pendant la semaine mais à grandes gorgées en fin de semaine. Je pense qu’il était encore capable de prendre une demi- bouteille au moins. Il se déplaçait rarement et coincé dans un fauteuil en rotin placé toujours dans le même coin de la varangue, il réclamait d’une voix basse particulière qui laissait devenir une certaine incapacité de se servir lui-même : « Annie, mo senti moi fatigué servi ène ti grog ». Annie était la servante qui se démenait pour s’occuper d’Irénée, d’Iryse et de Roland.
Le docteur Kalachand qui soignait Iryse avec compétence, nous avait franchement révélé que Roland était en somme plus gravement malade que Iryse, car il souffrait non seulement de diabète, mais d’urémie. Après une courte hospitalisation, le docteur nous a fait savoir que Roland n’avait pratiquement pas de rein et qu’il était condamné. Le lendemain matin, le 2 Novembre,1989, on a appris, sans étonnement qu’il était mort à la clinique. Il avait 64 ans. Nous avons accompagné le corps de la clinique à Beau-Bassin. Ironiquement, il était dévolu à Iryse d’accueillir les dépouilles de son frère, dans la maison que Roland n’avait pas pu revoir. Avec l’aide de José Borribon, je l’ai rasé, habillé dans un costume noir et mis sa cravate. On lui laissa sa jambe artificielle. Il avait l’air rajeuni et son visage était calme. Nous avions perdu Roland. Il m’a souvent manqué pour son humour particulier et son goût pour la réunion familiale bien arrosée que je partage d’ailleurs. Le lendemain, pour les funérailles, la famille et les amis se sont afflués. C’était le désir de Roland d’avoir beaucoup de monde pour ses obsèques. Nous sommes partis vers Souillac au cimetière marin familial des Crouche pour laisser Roland dans sa dernière demeure. Il a été enterré dans la même tombe que la tante Andrina Crouche, morte le 15 septembre 1969, sa fille Hilda, morte accidentellement à l’âge de 9 ans le 8 Juillet 1928, et la douce tante Elina Crouche que l’on, appelait Lina, morte le 3 janvier 1971.
En 1991, nous avons appris avec peine que Maud avait été frappée d’une congestion cérébrale en Nouvelle Zélande. Elle n’avait pas été paralysie mais avait eu un grave problème de la gorge. Elle avait des difficultés à glutiner et faisait des crachats en abondance. Cela lui peinait d’être ainsi handicapée et d’incommoder les gens autour d’elle. Elle avait été obligée de quitter son appartement et d’aller habiter chez Maisie. Comme elle avait exprimé le désir de revenir à Maurice je lui ai écrit avec l’accord de Denise pour l’inviter à venir habiter chez nous à Quatre Bornes. Il nous avait semblé que la famille Poisson ne voulait pas prendre la responsabilité d’accueillir Maud étant donné que Michel habitait chez Marcel et Lily et avait déjà une mésentente avec son mari. On est aller la chercher à l’aéroport et nous avons eté chagrinés de la voir arriver dans une chaise roulante. Elle avait vieillie, portant maintenant manifestement son âge. La pauvre Maud avait toujours jalousement voulu conserver le secret de son âge véritable. Nous l’avons donné une chambre individuelle, d’accès facile, à l’arrière de la maison. Elle n’aimait pas trop la musique classique et montrait son émerveillement de mon engouement pour cette musique, que je ne cachait pas. Il m’avait semblé qu’elle avait même hoché la tête en constatant que j’étais si heureux d’écouter du Bach, où de la musique religieuse. Elle se mettait souvent sous la petite varangue ouverte, pour me regarder faire la taille de la haie de bambous. Elle m’indiquait les endroits particuliers où il fallait corriger les défectuosités avec les cisailles. Il faisait chaud et j’étais en sueurs. Il est possible, que n’ayant pas suffisamment absorbé d’eau, j’avais endommagé quelque peu mon système urinaire.
Un dimanche de Pâques, nous sortions de la Messe et on avait été prendre la tension de Maud et de Denise. Je ne pensais pas qu’il fallait prendre le mien. Nous avions comme d’habitude un menu digne de l’événement, et je me souviens qu’il était composé d’un poisson capitaine en daube, d’un rôti de langue de boeuf et d’un carri de porc et d’embrevades. C’était un menu fort apprécié chez nous pour les grandes fêtes. Je n’avais pris qu’un apéritif et j’allais manger le plat de poisson avec un peu de vin, quand j’ai subitement éprouvé une grande faiblesse. Ayant déjà été atteint d’hémorragie du duodénum, je pensais avoir récidivé. Mon état s’étant empiré, Jean m’a conduit à l’hôpital Candos. Un médecin inexpérimenté a accepté mon diagnostique et m’a conseillé l’hospitalisation. Il avait pourtant constaté que je ne saignais pas. Jean a jugé qu’il serait préférable pour moi de me faire admettre plutôt à la clinique de Bon Pasteur et de consulter un spécialiste, le Docteur Kallachand. Celui-ci a fort heureusement découvert qu’il s’agissait d’une septicémie et a ordonné des analyses bactériologiques du sang tout en me donnant des injections d’antibiotiques. Après quelques jours de traitement de Selexid, un puissant antibiotique, la fièvre avait baissé et après moins d’une semaine, je m’étais senti mieux. Malgré les injections de médicaments, j’ai pu regagner Quatre-Bornes le dimanche suivant et avec l’autorisation du médecin, j’ai pu me réconforter en prenant deux bons whisky. J’étais sur la voie de la guérison.
Pendant ma maladie Maud avait habité chez Lily. Ma santé ayant semblé d’être alors plutôt instable, le manque de sécurité pour la famille nous avait désormais interdit de secourir Maud. Comme la famille Poisson n’avait pas de place pour l’accueillir, elle a décidé de repartir pour la Nouvelle Zélande. Elle devait revenir avec Mazie un an plus tard et cette fois avait été accueillie par la famille Poisson. Elle avait de la peine pour s’adapter au sein de cette famille, et une fois de plus elle a pris la résolution de retourner définitivement en Nouvelle Zélande. Je me souviens parfaitement de son regard attristé, lors de ce départ à Plaisance. Je pense qu’elle n’avait pas bien soupesé les risques de s’établir chez nous, car dans l’ignorance des causes de ma septicémie, ma disparition l’aurait laissé complètement dans l’abandon. Le propriétaire de la maison de Quatre-Bornes, ayant eu le désir de s’enrichir davantage, avait illégalement construit une bâtisse à l’arrière de la maison que l’on habitait. Il avait pris une arrogance de nouveau riche qui me déplaisait. Il devenait difficile d’habiter plus longtemps chez lui. Nous avons donc loué une maison à étage à côté de celle du propriétaire, Maurice Yeung Kan Ching. Notre nouveau propriétaire était un parfait gentleman qui malheureusement souffrait d’emphysème et avait de graves problèmes respiratoires. Sa maladie le rendait impatient au point de ne pas ménager des reproches à sa femme Solange. Nous avons déménagé, pour occuper la nouvelle maison le 15 Mai 1993, jour de la naissance de Marie Claire. On y habite encore en 2005. On a tenu à bien pendre la crémaillère selon les traditions de fête bien ancrés dans la famille.
En Nouvelle Zélande, Maud s’était adaptée à vivre dans un ‘home’ et avait de nombreux amis. Elle était très populaire et rendait des services à d’autres locataires du Home. Un soir, elle avait reçu dans sa chambre Maisie, Clair et quelques amis. Elle avait pris un ou deux whisky et avait l’air plutôt en bonne santé. Elle devait cependant mourir cette nuit dans son sommeil, le 10 janvier 1993. Cette nouvelle nous a fortement attristé ; car tous aimaient Maud pour son caractère facile et sa joie de vivre. Ses funérailles ont eu lieu à Wellington.
Nous avions connu Alain Crouche un ami et le fils de Roger depuis son enfance. Je l’avais rencontré à Londres chez Eugène pendant qu’il étudiait la comptabilité. Il avait travaillé quelques années à Maurice e épousé une créole chinoise. Comme il était insatisfait de ses conditions de travail, il avait décidé de s’établir en Australie. Il avait en peu de temps prospéré, car il possédait un diplôme enviable de comptable. Il semblait en bonne forme quand il est mort le 31 décembre. Il semblerait qu’ayant eu des problèmes de respiration, il est mort asphyxié avant que l’on puisse l’opérer. Cette triste nouvelle a du paraître trop cruelle et inacceptable pour son père. En effet Roger devait petit à petit perdre le goût de vivre. Il est à son tour mort d’un cancer. Il avait 89 ans. Il s’était installé à l’extrémité de la rue Napier Broome à Beau Bassin et s’occupait avec amour de sa demeure, dont il était fier. Roger avait sans doute voulu mourir dans cette maison. L’exode vers l’Australe à un age avancé ne l’avait pas affecté car il semblait en forme et manifestait toujours l’étonnante habitude de questionnait ses interlocuteurs. Il voulait tout savoir. Le jour du 70eme anniversaire d’Iryse, Denise, Jacqueline et moi même nous avions apporté quelques provisions pour l’occasion. Il y eut donc une petite fête conviviale et simple pour commémorer l’événement. Sa santé s’était quelque peu dérioré. Elle avait fini par avoir, comme Roland, un problème de cicatrisation aux pieds. Elle est retournée chez, se croyant en convalescence. Nous avons donc eu le devoir de lui dire toute la vérité. Si elle voulait vivre encore, il fallait amputer. Le docteur nous avait toutefois révélé qu’elle n’avait pratiquement pas de chance de subir l’opération, ayant un cœur défaillant. Elle devait mourir le 1er mai. C’était le jour de la fête du travail et aussi de l’anniversaire de Laura. Il a fallu l’embaumer avant les funérailles. Elle a été enterrée au cimetière de Souillac dans la tombe de ses parents Irénée et Anatole. Irénée était morte depuis le 9 Janvier 1986.
Il fallait vendre la maison des Crouche. La famille accepta l’offre de 800 mille roupies. L’acquéreur habite encore la maison qui est toujours presque intacte. Tous les membres de la famille Crouche devaient se réunir à Maurice pour la vente et pour recevoir leur dû.
Claude et Nicole en vacances à Maurice, sont retournés dans la maison qu’ils avaient visitée avant notre déménagement. Nous les avons accueillis dans la chambre d’amis et Jacqueline a été s’installer au rez- de- chaussé, dans une petite chambre emménagée pour la circonstance. Ce petit coin devait être plus tard occupé par Mazy, ensuite par Annick et Colin. C’est à cette période que l’idée m’avait germé de demander à Nicole de m’initier à l’informatique. L’idée pris bien vite de l’ampleur et on a été à Port Louis pour examiner les offres. On avait failli prendre un Acer de chez Harel Mallac mais on opta plutôt pour l’acquisition d’un Compak Pressiario. Modeste appareil de 100 Mo.de disque dur et de seulement 4 Ram de mémoire. C’était alors considéré comme étant assez satisfaisant. On avait à peine mieux. Initié avec célérité à Word et Excel, le professeur Colo, très exigeante et expéditive, devait me faire ce que l’on appelle en anglais un ‘crash course’- On comprend ou on s’abrutit. ‘ça passe ou ça casse !’
Je crois que j’avais probablement un don pour l’informatique, car je pense avoir gravi assez vite la distance entre le débutant et l’initié. Ce premier ordinateur est toujours chez Jean et sert à Laurent. Il est maintenant promu avec 400Mo et 8Mb de mémoire. Il y aussi le modem qui permet envoyer des Fax des Emails et de se connecter à Internet. J’ai acheté pas moins de trois autres ordinateurs, des Pentiums et plusieurs systèmes d’exploitations. Il fallait pendant quelque temps deux bons ordinateurs, u pour Q Bornes et un autre pour Flic en Flac. A l’aube de mes 80 ans j’ai donné un ordinateur à Jean, un autre à Laurent et un assez bon à Jacqueline, ayant conservé le Pentium doté de deux systèmes Xp et Millennium C’est un 20 pouces doté de la carte son Audigy Platinum qui me permet d’enregistrer de la musique classique de la Tv numérique par satellite. C’est ainsi que j’ai voulu pour commémorer mes 80 ans compiler pas moins de 3000 morceaux. Cette musique convertie en MP3 est gravée dans des Cd. Six CD sont gravés également dans des DVD. Avec patience on arrive à tout. J’ai la fierté de présenter ce travail avec le catalogue, dans le coffret souvenir que Mimiche m’a fabriqué. J’ai installé dans ce coffret des livres phares : Pater, Jésus, Le Saint Esprit, La Sainte Vierge Marie, St Joseph, Les Hommes en 5 tomes.

Jenny semblait se plaire à Melbourne malgré le climat rigoureux .Elle avait cependant des problèmes d’arthrite et un peu de diabète. On pense que son diabète aurait occasionné des problèmes cardiaques. Elle avait souffert d’une angine, ensuite d’une deuxième et semblait s’être rétablie de cette dernière attaque quand elle est morte le 15 Avril 1995. Ayant curieusement opté pour le four crématoire, Jenny n’a aucune tombe à Melbourne. Ici encore, le destin d’une personne ayant toujours eu des vues conservatrices fait rêver. Jenny s’était vivement intéressée aux tombes de la famille, et avait jadis choisi d’être inhumée à sa mort, dans la tombe familiale des Ithier. Elle avait insisté pour que notre mère y soit enterrée. Pourtant, notre père avait été inhumé à St Jean dans la tombe où j’aurais un jour ma place pour le repos éternel. Je peux ajouter que nous avons aussi fait l’acquisition d’un terrain libre à côté de la tombe de Maxime Félix. On peut donc prévoir qu’un jour, Denise et moi-même, nous allons nous trouver côte à côte dans nos deux tombes respectives.
Quelque mois seulement après avoir déménagé, nous avons entrepris un nouveau voyage en Europe.
Voyage en Europe avant mes 70 ans en 1995.
C’était au mois d’Avril. Nous sommes arrivés à Paris par un temps vraiment glacial. Température 0°C. Gladys, Jacques et Carine étaient venus nous rencontrer et nous avons été à un restaurent de l’aéroport. J’avais bien subi, cette fois la longueur du déplacement par avion et me sentais en forme. Denise paraissait plus fatiguée. Nous avons voyagé en voiture avec Jacques et Carine de Roissy à Wassy. Carine qui venait d’avoir son permis de conduire avait pris le volant. Marie-France étant au travail, on l’a attendu pour le déjeuner. Le soir, pour le dîner familial :
Whisky Black Label et vin blanc Muscadet. Au menu : Rôti de Porc et Camarons. Le lendemain, nous avons pris le train de nuit avec Marie-France et Carine à St Dizier pour nous rendre par Dijon vers Rome.
Nous sommes arrivés à à Rome le lundi 24 Avril, et nous avons logé à l’hotel Serena Delle Rosa.
Nous avons été visiter le Vatican le même jour par le bus. A Rome, les passagers voyagent souvent debout, entassés dans le véhicule Le lendemain, c’était la grande tournée générale pour visiter la ville Nos sites privilégiés : Ste Marie Majeure, le Colysée, le forum, le monument Victor Emmanuel, la fontaine de Trévi, et une fois encore le Vatican. Nous avons aussi tenu à visiter le musée du Vatican et la Chapelle Sixtine.
Le soir, très fatigué, pour avoir beaucoup marché, nous avons pris nos repas au restaurant : Pâtes et pizzas accompagnés de Birro (Bière).
Le 26 nous sommes retournés à Ste Marie Majeure et en route, nous avons acheté les produits en cuir. A l'hôtel, "Entrata et Uscida,"- entrée et sortie. Nous avons pris la route d’ Oscida où se trouve une autre gare de chemin de fer. Nous sommes partis, vers 4 heures pour Livourne. Le train longe la côte en fin de trajet, et on peut alors admirer les grosses vagues de la méditerranée. A Livourne, Claude et Nicole sont venus nous accueillir en voiture.
Surprise! La famille allait se diriger en voiture vers Florence où on loge dans un hôtel luxieux au centre de la ville à l’hôtel Duomo, situé au Piazza Duomo, devant la grande cathédrale. Le lendemain, jeudi 27, nous avons été visiter la célèbre ville, en passant par Ste Marie des Fleurs, la cathédrale, puis St- Laurent. En sortant de St- Laurent je me fais enlever le porte feuille par une troupe de gitans. Une vieille femme était entourée de quelques gamines. Une fillette me tire par la manche de mon veston pendant que les autres s’arrangent pour me voler. Du travail propre, professionnel.
« Grâce à toi une nichée de gitans vont pouvoir manger pendant un mois ! » me disait Claude en guise de consolation. Et comme il lisait le doute et l’incrédulité sur mon visage, il a ajouté. « C’est de l’aumône obligatoire! » Il nous a fallu faire une déclaration à la police afin de pouvoir neutraliser la carte de crédit.
Heureusement que Claude pouvait parler couramment l’italien avec la policière. Nous avons néanmoins poursuivi notre plan de visites, et j’ai pu découvrir avec émerveillent, les meilleurs sites de Florence. Nous avons oublié nos déboires en visitant par exemple le pont des bijoutiers et l'église Marie. Au retour nous avons été à Pise, où nous avons visité le dôme et la célèbre tour penchée. Le voyage vers Livourne a été agréable, et nous avons eu l’occasion d’apprécier la campagne italienne. A Livourne nous avons passé la nuit dans un beau paquebot de croisière italien. Nous avons eu l’occasion de danser pendant la fête de nuit sous les regards de Nicole dont les yeux pétillaient de malice. Le lendemain le bateau est parti pour Bastia.
Le 1er mai, pour l’anniversaire de Laura ( 5 ans.), nous avons fait un excellent déjeuner en famille. Denise a participé en préparant son plat de crevettes.

Menu 1 Mai 1995.

Salade garnie et Nimbe.
Crevettes sauce rouge.
Gigot d'Agneau et pomme sautée.
Dessert. Gâteau d'anniversaire.
Champagne
Vins Bordeaux Blanc et Rouge Corses.
Au village de Furiani sur les hauteurs, nous avons vu le célèbre stade de football qui avait été le site d’un drame affreux après l’écroulement d’une partie des loges. C’était pour une rencontre contre Marseille. Il y eut plusieurs morts et aussi des sportifs grièvement blessés dont plusieurs sont demeurés estropiés.
Le mercredi 3 mai, Nicole avait organisé une fête d'enfants pour les 5 ans de Laura. Nous avons été étonnés du charme saisissant de la fillette, dans sa belle robe de fée.

Laura à 5 ans.

Nous avons été un autre jour à la cathédrale de Bastia, Ste Marie et prié au Crucifix du miracle à l'église Sainte Croix de la Citadelle dont c'était la fête.
Le samedi 6, nous avons accompli le long trajet vers le Cap Corse. J’ai été content d’avoir eu l’occasion de visiter l’église Lavasina, où avait eu lieu, un miracle de guérison de la Sainte Vierge.
Tout près de l’appartement de Nicole, on pouvait encore visiter St Antoine de Padoue. Il y avait alors dans l'église, une exposition des reliques du saint.
Le dimanche 7, c’était les élections présidentielles. Chirac devait en sortir victorieux.
Le Dimanche 21, après un long trajet en voiture, nous avons été à Bonifacio. C’est une promenade qui me plaît particulièrement. Bonifacio est ville féerique et le site des falaises blanches en face de la Sardaigne est inoubliable. Claude et Nicole nous ont donné l’occasion d’apprécier la charcuterie corse. On trouve en abondance des saucisses et saucissons. La coppa, (échine roulée), le Lanzu,(filet poivré),et U. Salcicciu (saucisson).
Le poisson est bien plus abondant qu’en France. On a consommé des rougets, loups, rascanes, thons et dorades entre autres. Des liqueurs corses sont excellentes. Ils sont souvent de haute teneur d’alcool. Nous avons quitté Bastia par bateau, le mardi 23. Ces croisières sont fort confortables.
Claude nous a emmené à Martigues pour voir Max et Mathé. Max est venu nous chercher dans sa propre voiture avec Marie Laure une fillette de Mick. Nous l’avons suivi jusqu’a la mer à Martigues dans les faubourgs de Marseille. Il logeait avec Mathé dans un petit campement appartenant à Mick. A 10 heures du matin Mathé voulait que je boive un whisky! Autoritaire, elle m’a admonesté :‘Tu le boiras !’ Ils étaient déçus que l’on n’allait pas passer toute la journée chez eux, car Claude voulait prendre le chemin de Lourdes avant midi. Mathé était devenue toute ronde avec un embonpoint causé par sa boulimie. Max disait qu’elle mangeait beaucoup trop. Max voulait nous offrir sa grosse voiture pour le voyage, mais Claude a préfère la sienne qu’il connaissait mieux. Nous sommes donc partis vers Lourdes où nous sommes arrivés fatigué le soir. Nous avons pu réserver un bon hôtel non loin du sanctuaire. Marie France et Jacques étaient venus nous rejoindre le lendemain et après les pèlerinages nous avons un peu fait la fête au restaurant.
Après Lourdes, nous avons une fois encore retrouvé Paris pour prendre l’avion et retourner au pays.
Du côté de Jean, il y avait un projet pour transférer le laboratoire dans un autre site, car il n’y avait plus de place pour les développements. Le laboratoire est installé de nos jours à Bel Etang où se trouvent les plus grandes superficies de culture de l’Anthurium. Jacqueline qui avait perdu son emploi à Auction Mart, quand l’entreprise avait fait faillite, a été employée par Microlab comme laborantine. Elle se rend chaque jour avec Jean en voiture à son lieu de travail.
Chaque dimanche, la famille s’est retrouvée à Quatre-Bornes, chez nous, pour le déjeuner familial.
Mathé qu pensait pourtant que Max était gravement est morte en 1996. Lors de notre précédent voyage en 1995, je lui avais parlé, une dernière fois au téléphone public qui se trouve près de l’Arche de La Défense.
Le 5 mai 1996, le pays a appris la mort de Gaétan
Duval, le grand politicien qui se disait ‘Roi des créoles.’ Il a eu droit a des funérailles nationales et les partisans,, comme les adversaires politiques, se sont rendu en grand nombre pour lui rendre hommage. On n’avait jamais vu autant de monde à Maurice pour des funérailles.
Nous avons décidé de nous installer à la mer pour profiter de nos vieux jours. Comme on aimait Flic en Flac nous avons consulté un courtier, une jeune dame nommée nommé Kokill. Un appartement situé dans le centre a Building, le Flamboyant, nous a paru excellent. On était au deuxième. Il y avait trois chambres, dont la principale, assez grande avait sa propre salle de bain et son WC privé. Nous étions installés très confortablement dans cette nouvelle demeure, tout en conservant l’usage de la maison de Q.Bornes.
Nous avions réussi à avoir notre résidence secondaire pour quelque temps.
Le départ pour Flic en Flac a eu lieu le 27 janvier 1996. Le déménagement s’est effectué avec l’aide de Jean et de mon cousin Mimiche. Celui-ci s’est dévoué pour installer les rideaux les glaces etc. J’avais dû acheter de nouveaux meubles. Nous avons invité la famille de Mimiche à pendre la crémaillère, un dimanche matin.

L’appartement de Flic en Flac.

Les années passées à Flic en Flac ont je le pense été les plus belles de ma vie. magnifique coucher du soleil. Nous pouvions d’ailleurs voir le coucher du soleil de notre propre petit balcon. Nous avons reçu beaucoup de visites des parents et amis dans ce campement. D’abord Claude et Nicole, puis Marie-France et Stéphanie en juillet 1996.

Anniversaire de mariage à Flic en Flac.

. . Le Flamboyant

Denise sur la plage de Flic en Flac.

L’année suivante Mazy, Gladys et Max. L’arrivée de Max a été un évènement car avec son emphysème et ses ennuis de poumons il lui fallait absorber de l’oxygène en permanence. Le jour de son arrivée, Jean et Gilbert Poisson l’ont porté sur une chaise à l’étage. Il a fallu transporter son appareil d’oxygène qui était très lourd. Quand Frédéric et sa femme Mélissa sont venus rejoindre Maisie, ils ont loué un campement qui n’était pas trop confortable à Flic en Flac près de La Pirogue. Max a été les rejoindre pour quelques jours, mais a préféré revenir chez nous. Il aimait se rendre sur une vaste varangue à l’arrière du bâtiment pour fumer une demi-cigarette et admirer la vue, en s’accoudant sur la balustrade. Il transportait toujours le fil conducteur du gaz.
Max n’aimait pas la même musique classique que moi. Il préférait les chants, les opéras, les ouvertures sonores, la musique française de Verdi ou de Berlioz. Il disait que j’étais comme son fils Dany et que j’étais toujours enclin à écouter la musique de Bach!. Il a été étonné des travaux sur des thèmes religieux que je faisais sur l’ordinateur. «Gros boulot! » Disait-il.

Max à Flic en Flac pour les 67 ans de Denise.
Sténio boit du Chivas !
Laine et Fernand ont entrepris un voyage à Maurice en 1997. Ils ont logé chez Myrielle, mais sont venus souvent à Flic en Flac. Fernand avait la patience de suivre Laine quand celle-ci lui lançait pour ainsi dire, une sommation pour l’accompagnait au Casino. Il s’exécutait sans protestation. C’était un doux ! Ils ne profitaient nullement des bains de mer, mais participaient aux réunions familiales et aux fêtes à la mer au crépuscule. Fernand, Myrielle et Gaby, étaient venus un matin, nous rendre visite et nous avons reçu la famille à déjeuner. Gaby Edouard Betsy est mort le15 Novembre 1996. C’était le mari de Myrielle et un grand joueur de domino. Il avait travaillé chez Mamet à Port Louis et connaissait bien le commerce des spiritueux.
Il avait été dans sa jeunesse, un jouer de football de la Fire Brigade, où il occupait la position de gardien de but. Lors d’une rencontre, il s’était blessé à l’arcane sourcilier et montrait avec fierté ses cicatrices. Malgré des problèmes cardiaques, il avait des méthodes peu orthodoxes pour se soigner. Il semblait éviter les médecins. Je l’ai vu un jour dans son jardin en compagnie de Fernand qui lui rendait visite. Il se déplaçait péniblement, les pieds étant nettement enflés. Nous avons déjeuné ensemble en famille chez Myrielle, ce qui devait être notre dernier repas dans cette maison. Quelques mois après, Laine et Fernand étant repartis pour la France, Gaby, qui était allé consulter un oculiste, a été frappé d’un infarctus. Il avait été admis dans une clinique et on pensait qu’il avait été rétabli quand il a fait un deuxième infarctus. Mal conseillé par un médecin, Myrielle, Dany et Gérard, ont commis l’imprudence de le transporter dans cet état en voiture. C’était fatal. Gaby est mort en route avant d’arriver à l’hôpital. Nous sommes venus le soir nous recueillir devant la dépouille du pauvre Bolo. Je lui avait jadis promis, de déposer un domino, le double 6, dans son cercueil. Il avait été, il faut le dire, un véritable expert de ce jeu qui l’avait passionné. J’ai déposé discrètement une simple petite rose. Il a été enseveli dans la même tombe que Roland au cimetière de Souillac.
J’ai été déçu de ne pas avoir eu toutefois une pension adéquate de Anthurium Export. Ils m’ont certes donné strictement mon dû, une somme de 150,000 roupies. C’était tout. J’avais du jour au lendemain un manque à gagner considérable, mais ce problème était déjà arrivé dans ma carrière et je devais y faire face. Malgré mon obstination de conserver les deux maisons, il m’a fallu me ranger de l’avis de Jean et de Jacqueline. Nous avons donc avec regret abandonné le campement de Flic en Flac pour revenir à Quatre-Bornes.On devait plus tard louer un autre campement à Wolmar ou on est resté 8 mois.

Le drame de Londres.
Accident et mort de Fernand, le 12 Août 1997.
Après s’être réunis pour la conversation, dans la cuisine, toute la famille s’est dirigée dans la cour pour prendre des apéritifs. Ils ont dîné sur place à l’entrée de la maison. Fernand était resté dans la salle à manger et avait enlevé ses chaussures. Laine, Joëlle et Maud étaient dans la chambre à l’étage pour préparer les lits quand ils ont entendu un grand fracas. Joëlle souligne que c’était un effroyable bruit.
Comme Fernand se déplaçait avec des chaussettes, il aurait glissé près de l’escalier, et aurait pu avoir dégringolé jusqu’au bas. On ignore encore toutefois comment l’accident s’est produit.
Sa tête semblait avoir été enfoncée, et il saignait de l’oreille gauche. Il respirait encore.
Il est mort entre minuit et une heure du matin. Les médecins ont annoncé la nouvelle à la famille, qui était à l’hôpital.
Il a été inhumé au cimetière de Montreuil, Versailles
Copié d’un message E- mail de cette période :-« Jacqueline a été habiter Sodnac dans un appartement acheté par Jean pour Laurent. (Voilà un Félix qui a le goût de la propriété ! .) La petite Christine qui reste toute menue est maintenant une habituée de Mémé et Pépé. C’est un caractère tapageur mais gai. Le gros Laurent, est costaud et grandit de jour en jour. C’est un grand dessinateur qui fait aussi beaucoup de sports. Il prend aussi des leçons de nage et d’équitation.
Malgré les prévisions de la météo, il n’y a eu que des bandes de nuages sans cyclones. Tant mieux pour Flic en Flac qui demeure intacte. La plage est vraiment magnifique en ce moment. »
Un autre deuil, a affecté la famille, Cyril Crouche est mort en Novembre 1997. Jean et sa famille étaient alors en voyage à Melbourne. Malheureusement Jean qui est parti pour Sydney n’a pas eu l’occasion de voir son parrain en vie. Nous avions revu Cyril en 1994 quand toute la famille Crouche s’était réunie à Maurice pour la vente de la maison d’Irénée. Il avait passé ses vacances dans un campement à Peyrébère, avec Fernand, Laine, Gaby, Myrielle, ainsi que la famille Maulguet. Un fait surprenant : trois des quatre hommes qui étaient au campement sont décédés depuis. Cyril n’avait que peu vieilli, mais il buvait régulièrement une forte quantité de bière. Il en buvait à toute heure et Lizzie nous a même dit qu’en Australie il s’enivrait parfois avec de la bière. Un soir, après avoir bien bu, Cyril est tombé violemment au sol, frappé d’une congestion cérébrale. Il est resté au coma plusieurs jours jusqu'à sa mort. Jean devait faire le trajet de Melbourne à Sydney en voiture, pour les funérailles. Nous avons appris par lui, que les mœurs australiennes permettent de faire la fête après les funérailles. Il y avait donc, une grande assemblée de parents et d’amis, partageant les souvenirs de bons moments avec Cyril, en trinquant allégrement. Cyril avait été un bon garçon un peu rude de manières, qui avait un don pour la charpenterie et la menuiserie. Il avait été instituteur de métier et c’est peut-être cela qui le rendait si nerveux. Il était tout à fait différent de son frère Roland. Tous ses enfants sont mariés en Australie et cette souche de Crouche, inspirés par une moralité traditionnelle qui vient de la bonne éducation, fera sans doute honneur au pays.
Message E-Mail. Lundi 2 Novembre 98.
« Denise est maintenant complètement rétablie. Plus de bronchite, plus de diabète, plus de tension! Elle a opté pour 'se reposer' " Capab fronté" comme prédit Jacqueline. Hier c'était la Toussaint, le déjeuner de famille a été animé par Christine. Nous avons eu droit à un bon salmis de canard et une bouteille de Saint Emillion que Jean a ramené de la Réunion. Jean avait participé la veille à un show Halloween à Albion. Mes travaux de théologie pratique progressent petit à petit et on trouvera bien un moyen pour publier. C’est du boulot agréable avec l’ordinateur. Jacqueline vient souvent chez nous et elle passe deux jours au moins chaque semaine. C'est qu'il y a le marché et la foire à côté. Je me suis coupé le pouce à tel point qu’il a fallu une petite opération à la clinique. Nous avons eu des émeutes après la mort d’un chanteur Rasta qui avait été emprisonné pour consommation de drogue. Les pilleurs et autres malfaiteurs ont profité pour dévaliser les boutiques, etc. L’émeute avait même commencé à dégénérer en bagarre communale entre Ti Créoles et Hindous. La situation est redevenue normale mais instable. Un spécialiste Réunionnais a confirmé que le chanteur avait bien été battu à mort. Le mythe du pays modèle où les communautés vivent en harmonie, a pris un sale coup.
Je me suis débarrassé de la vieille Renault, devenue vraiment trop vieille. Nous allons donc trois jours par semaine à Flic en Flac par le bus. Fameux bain! »

Le campement Kousbou.
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En 1999 nous avons entrepris un nouveau
voyage en Europe.
Voyage 1999. du 30 Avril au 19 Juillet. Nous avons été comme toujours à Wassy, en Corse à Lourdes et en Angleterre avec Nicole et Laura.
Marie-France et Jacques sont venus nous rencontrer à Roissy. Le dimanche 2 mai, nous avons assisté à une messe à Notre Dame de Wassy. Il y avait une cérémonie pour deux baptêmes. Le 5 mai, Marie-France et Marie-Claire sont venues avec nous pour faire une grande tournée à l’Est. Marie France a quitté sa voiture à Bar le Duc et nous avons pris le train. A Nancy, nous avons pu visiter la cathédrale et la place Stalingrad. Denise ne connaissait pas Strasbourg et a été contente de visiter ce même jour, la fameuse cathédrale et la place Gutenberg. Sur le chemin de retour, à Bar le Duc, nous avons été chez Carine avant de reprendre la longue route pour Wassy.
Le vendredi 7, j’ai été content de visiter Reims par voiture, avec Marie-France et Denise. Nous avons aussi visité la cathédrale de St- Denis. Le même jour on était à l’Arc de triomphe et au palais de Chaillot pour contempler le magnifique panorama vers la tour Eiffel. Un grand écriteau au milieu de la tour, indiquait le nombre de jours pour l’an 2000. Nous avons cette fois beaucoup voyagé par bus, ayant acheté la carte Orange pour une semaine. Chez Laine, nous nous sommes mis à vivre à sa cadence pour ne rien changer de ses habitudes. Il m’a même fallu me mettre à jouer au tiercé et au Quarté. Laine n’a pas voulu nous accompagner à Paris. Après une visité à la tombe de Fernand, nous avons été à Montparnasse, puis à chapelle de la Médaille Miraculeuse. Il y avait une Messe des pèlerins de Lourdes..
Le mercredi 12 après la traditionnelle visite à Notre Dame de Paris, Denis a acheté une paire de bonnes chaussures à la fontaine St-Georges. Gladys est venue nous rencontrer et nous avons déjeuné ensemble. Nous avons alors été au Sacré Cœur de Montmartre.
Le jeudi 13 nous avons été avec Laine chez Jocelyn Edouard Betsy. Bertille nous a préparé un excellent repas : Pintade en daube et plateau des saucisses françaises. Jocelyn nous a fait visiter un immense hypermarché, le Carrefour où j’ai pu voir les derniers développements dans l’ informatique. DVD, scanner, Photo numérique. Après le dîner, nous avons été à Paris pour admirer les lumières de la ville. Jocelyn nous a fait prendre l’avenue des Champs Elysées que nous avons enfin pu contempler la nuit, dans toute sa splendeur. Le vendredi 13, nous avons pris le bus en direction de la Bourse pour visiter Notre Dame des Victoires, la célèbre Basilique. J’ai été content de revoir la Statue de la Vierge et le bébé Christ les pieds sur un globe terrestre. Nous avons été à St-Eustache à pied et passé l’après-midi au Forum.
Nous avons appris au téléphone que Marcel Poisson était mort à la clinique. Il avait été admis pour une simple bronchite, mais son cœur a fait défaut dans son sommeil. Il a été enterré dans la tombe de tante Julie Moutia, au cimetière St Jean.
Le 25, nous sommes partis par le train pour Grenoble, pour voir Max qui était toujours assez malade. Dany est venu nous rencontrer à la gare en compagnie de Mazie vers 9 heures du soir. Le lendemain nous avons fait le pèlerinage de La Salette. Longue promenade de montagne en voiture, avec Frédéric, Dany, Annie et Mazie. Le lendemain, jeudi 27, nous nous sommes rendus chez Max qui habitait une bonne maison de retraite. Le 28 nous avons pris le train vers 11 heures pour Marseille et Nicole et famille nous ont rejoints à la gare vers 3 heures de l’après midi.
Nous avons tout de suite pris la route vers Lourdes, et nous nous sommes arrêtés à Narbonne pour passer la
la nuit. Après avoir déjeuné à l’hôtel, nous avons bu le whisky Chivas offert par Max et l’euphorie du voyage m’a fait composer un séga pour Claude ’Narbonne pleine line, Missié Dévichi boire civas.’ Le Samedi 29, nous avons fait le pèlerinage de Lourdes pour la dernière fois du siècle. Notre hôtel se trouvait assez proche du sanctuaire, mais il y avait un attroupement de militaires. Il y avait aussi des réunionnais en face de notre hôtel. Le dimanche 30, la messe pour les militaires à la cathédrale souterraine a été mémorable.
Au chemin de retour nous avons été à Montpellier ou nous avons passé la nuit. Nous avons dîné à la fameuse place de la Comédie ou nous avions jadis habité dans l’appartement de Serpillon. Nous avons aussi retrouvé l’appartement de Jean et de Nicole, dans une rue avoisinante. La voiture rouge encastrée dans un menu était en place. Le lundi 31, nous avons pris le bateau pour Bastia. Nous étions confortablement installés dans la nouvelle maison des Devichi à Furiani. On avait une chambre avec une télévision et une vidéo pour passer les films collectionnés par Claude. Les Devichi ont une grande cour et j’ai participé quelque peu à l’entretien. Ils ont aussi quelques arbres fruitiers : pommiers, abricotiers, et Orangers qui rapportent. J’ai consommé pas mal d’abricots mûrs tout en maniant un tuyau d’arrosage. Ils n’avaient pas encore d’ordinateur. J’avais commencé ma propagande en faveur de l’acquisition par Nicole d’un ordinateur qui devait, selon moi, être indispensable à Claude et aux enfants. Nicole qui travaillait dans une firme informatique, ne voulait pas s’endetter pour faire l’achat d’un ordinateur. Elle se disait rassasiée de l’informatique et ne voulait pas importer dans sa propre maison l’emblème de son boulot. J’avais en vain essayé de convaincre Jocelyn à Paris et Dany à Grenoble, pour qu’il fasse l’acquisition d’un ordinateur. Marie, la fille de Dany, avait l’ambition d’avoir son propre ordinateur. Ayant suffisamment harcelé Nicole et Claude, j’ai eu une grande surprise, un après-midi, d’être invité par Nicole : « Allons au supermarché Géant pour acheter un ordinateur.»
Le soir même, elle s’était procurée un ordinateur flambant neuf de 450 Mgz avec DVD.
Nous avons entrepris une longue tournée au Cap corse et on s’était arrête à Lavasina que j’avais déjà visité cinq ans auparavant. Nous avons également visité la tour génoise qui était en très bonne condition. Nous avons contemplé les plages grises à Nouza ou il y avait, des années auparavant, des mines d’amiante, de nos jours obligatoirement désaffectés. Nous avons joui d’un pique-nique sous un pin maritime.
Nous avons pris le thé à Massinggio, un petit port pittoresque avec une forêt de voiliers. Loin au large, on pouvait distinguer l’ile d’Elbe et la côte d’Italie. Nous avons un jour accompagné Claude à Ajaccio, en allant par la route de Corte. Paysages de montagnes portant parfois une cape de neige. Nous avons revu les belles plages d’Ajaccio, après avoir visité la ville et prié dans la cathédrale. A la fin de notre séjour nous avons été de l’autre côté de l’ile à St.Florentin.
Nous avons un jour marché le long d’une route abrupte et sinueuse pour aller au village de Furiani.. Les maisonnettes sont identiques à ceux que l’on trouve à Cardo, le patelin des Devichi. A la place de l’église, les gens se rencontrent, pour faire la conversation. Il y a un sentier au bout de la route qui va à Ste Marie où les gens vont en pèlerinage.
Marie-France et Marie-Claire sont venus nous rejoindre en Corse, et nous avons passé deux semaines ensemble. Ayant probablement abusé de saucisson, et de vin rouge, j’ai eu deux attaques de goutte. La deuxième fois il m’a fallu aller voir une femme médecin avec Nicole. Elle m’a fait prendre de la colchicine, un médicament drastique qui m’a fait un peu de bien, et soulagé la douleur.
Le retour à Marseille a été agréable, car nous avons voyagé à bord d’un plus grand paquebot, le Napoléon. Nous avons cette fois accompli le trajet pendant la journée. Je boitais un peu en raison de mes douleurs au pied gauche, mais j’ai été quand même content d’aller contempler les paysages des côtes, d’abord le Cap corse, puis les Calanques de Marseille. La vue sur l’île d’If était saisissante. Nous sommes arrivés par beau temps chez Gisèle où nous avons passé la nuit. Le lendemain matin, nous avons fait nos adieux à Claude, Gisèle et Michael et nous avons pris le TGV pour Paris. Nous avons été à la Gare du nord pour prendre le train Eurostar pour Londres par le tunnel. Laine nous a rejoint à la gare et devait nous accompagner en Angleterre. Le voyage est vite fait, on ne voit même pas la Manche et on se retrouve après 20 minutes d’obscurité dans les campagnes du sud de l’Angleterre. Le train va directement à la gare de Waterloo. Maud et Joëlle étaient au rendez-vous. Comme c’est la coutume nous avons eu droit à une fête spéciale dans la soirée Eugène qui fait la cuisine, s’était surpassé pour nous faire un repas gargantuesque, bien arrosé avec du Cardhu, un whisky de malt, vieilli de 12 ans. Dès le lendemain, nous avons quitté Laine et sommes partis, en groupe visiter Londres. La carte spéciale des autorités du transport de Londres, pour un jour de voyage, nous a permis de voyager par métro et par bus à volonté. La présence d’un enfant nous a fait bénéficier d’un rabais. S’il y avait un deuxième enfant le rabais aurait été plus conséquent. ‘You should have borrowed one.---Vous auriez du en emprunter un ! » Nous disait, facétieux, le préposé des ventes de billets. Nicole voulait entreprendre des visites dans tous les sites important de Londres. Nous avons donc eu un programme particulièrement harassant. Nous avons été à la messe du dimanche à la Cathédral de Wesrminster, puis à St Paul, à Westminster, plusieurs fois à la National Gallery, au British Museum, à la Tour de Londres au Tower Bridge, à Albert Hall, au Soho, plusieurs fois à Trafalgar square, au Buckingham Palace. Elle voulait tout voir. Il nous a fallu faire le shopping à Tottenham Court Road, à Oxford Street et aussi à Wood Green. Chaque soir, Eugène nous attendait pour faire la fête. Chaque fois, il fallait boire un nouveau whisky. Un soir, nous avons été invités chez Annick et Colin. Nous avons été contents de voir évoluer la petite Sophie, qui parle trois langues déjà. A mon étonnement Colin était comme un bon cuisinier. Il avait également, comme Eugène, une bonne capacité de boire plusieurs verres d’alcool. J’ai eu l’occasion de faire usage avec Colin, de l’humour britannique que j’affectionne parfois. Nous avons entrepris en voiture, en compagnie de Joëlle, une mémorable randonnée dans la campagne britannique pour visiter Cambridge. La ville des universités est très pittoresque, avec ses vieux bâtiments et les églises datant du moyen âge.
Le retour en France a été sans problème, mais il y avait le surcroît de bagages qui nous a incommodés. Nicole est partie pour d’autres vacances au sud de la France et on du encore faire des adieux. Nous allons retrouver Nicole et Laura et les autres membres de la famille en l’an 2000. A Paris, nous avons alors été chez Laine, pour préparer la fête du 14 juillet. Nous avons acheté une autre carte orange pour voyager par métro et bus et nous avons profité de ce séjour pour visiter beaucoup de sites à Paris. Nous sommes allés rencontrer Maisie, Gladys et André Georges en deux occasions. C’est au Fnac de Montparnasse que j’ai acheté mon appareil de photographie numérique. Denise a acheté d’autres chaussures et des cadeaux pour la famille. Mazy a été invitée le 14, pour le déjeuné familial. Au menu on avait un grand plat de grosses crevettes, des saucisses en daube et le carri de poule traditionnel. Nous avons quitté Paris pour Wassy en compagnie de Maisie. Après deux jours de fête à Wassy, la goutte m’a encore pincé et je suis reparti pour Maurice heureux mais appuyé sur une cane que Marie-France m’avait offerte. On a sans doute eu des égards pour un vieil handicapé à l’aéroport, car nous avons eu droit dans l’avion à quatre sièges. Je suis donc retourné en bon état à Maurice. Mes bouteilles d’alcool hors taxe ont été destinées aux fêtes de l’an 2000.
Nous avons retrouvé avec plaisir, les enfants et petits enfants à Maurice. Le jour de notre arrivée, Jean m’avait proposé de prendre un bain de mer à Flic en Flac. J’ai ainsi retrouvé bien vite mes habitudes. ‘Home sweet homme’ comme dit l’Anglais.
Denise qui s’est abonnée à Sky Vision, a maintenant les programmes de Canal Satellite, grâce au parabole installé sur le toit. Pour ma part j’ai installé parabole pour recevoir les matches de foot anglais . Nous avons perpétué les réunions familiales, chaque dimanche, avec Jaqueline, Jean et ses enfants. Hélas, les traditions familiales pénètrent mal chez les jeunes du 21 e siècle. A par Noël et Pâques Jacqueline seule est présente depuis 2003.
La correspondance par E-mail, a pris, en cette fin de siècle, de plus en plus d’ampleur et s’est même internationaliser.
J’ai pu souhaiter son 78eme anniversaire à Max. Il était entouré de tous ses enfants. Après avoir eu une rechute, il a été de nouveau hospitalisé. Son moral était cependant demeuré inébranlable. De retour à la maison des vieux, il s’est quelque peu affaibli et a cessé de parler. Il est mort paisiblement le 29 novembre 1999. Ses cendres rapportées à Maurice sont dans la tombe de mon père à saint Jean.
Il y avait un événement familial le 30 novembre, car nous avons eu un centenaire dans la famille. En effet, Esmeralda Félix, a eu 100 ans. Elle habite toujours la rue Shand Beau-Bassin. La tante Da est la sœur de Haydée Félix qui avait épousé Fils Terrière. Deux autres membres de la famille ont failli devenir centenaires. Tante Janine, morte à 99 ans et Ignace Félix mort au début de 1999, après avoir étrenné ses 90 ans.

Le troisième millénaire.
L’an 2000.
Nous avons passé la nuit du 31 décembre 1999 avec Myrielle à Quatre-Bornes.

La famille s’est retrouvée presque au complet en 2000 avec les voyages de Marie France, Marie Claire et les Devichi.
Frédéric Félix et son amie sont aussi venus chez nous, ainsi que Dany Annie et Marie.
Du point de vue santé j’ai eu une très mauvaise année ayant subi deux opérations. La première fois à la Clinique de Lorette pour enlever des excroissances de la cuticule, encombrantes, et la deuxième pour un problème de fistule. J’avais d’abord souffert d’une déchirure de l’anus très douloureuse et ensuite d’une fistule qui m’a rendu inconfortable pendant plusieurs mois en dépit d’antibiotiques à doses massives. Je suis allé voir quatre médecins différents avant de subir l’opération le 5 décembre à la clinique de Bon Pasteur.
J’avais alors proposé moi-même que l’on me donne le sobriquet de ‘fesse cassée’
Nous avons dignement fête Noël et le nouvel an. Le 31 décembre 2000, nous avions acheté une bouteille de Campagne Veuve Clicquot, que nous avons bu en compagnie de Jacqueline.
La famille Maulguet est venue à Maurice en Mars et Avril. Ils étaient logés dans un campement à Choisy, et comme il y avait une piscine Jean avait emmené ses gosses pour les bains de piscine avec Sophie. Annick, Colin, Joelle, son ami Chris et les grands parents Peter et Carol étaient du groupe. Nous avons loué le campement Nautilus au bord de la mer à Albion pour recevoir tout ce monde le jour de Pâques. C’était une bonne fête bien arrosée. Le jeudi suivant, ils sont tous venus à Quatre-Bornes pour un cocktail.

Denise 70 ans



31 Dec 2000.


Les enfants voulaient que nous soyons tous en France pour fêter les noces d’or, en 2001. On serait alors en compagnie de tous les petits enfants. Carine a accouché de notre arrière petite fille Axelle au début de juillet. Nous avons pu aller la voir à la clinique.

Itinéraires.
Samedi 12 Mai Départ de Maurice
Dimanche 13 Mai Arrivée Roissy. Taverny.
Lundi 21 Mai Lisieux
Mercredi 23 Mai Départ de Paris pour Lourdes la nuit.
Jeudi 24 Mai Lourdes. Fête de l’Ascension.
Vendredi 25 Mai Départ de Lourdes. Marseille. Bateau de nuit pour Bastia.
Samedi 26 Mai Arrivée Bastia.
Dimanche 3 Juin Pentecôte.
Vendredi 23 Juin Départ de Bastia. (Séjour de 4 semaines.)
Samedi 24 Juin Marseilles. Train pour Paris. Anniversaire de Mariage.
Vendredi 29 Juin Chartres.
Mercredi 4 Juillet Amiens.
Samedi 7 Juillet Nevers, Paray le Monial.
Samedi 14 Juillet Les 50 ans.
Vendredi 20 Juillet Départ de Paris pour Maurice.
Samedi 21 Juillet Arrivée à Maurice.

La fête des noces d’or du 14 Juillet 2001 a eu lieu à Taverny, 61 Rue de Beauchamp, près de Paris.
Nous n’avons pas essuyé de cyclones en 2003 et 2004. Le pays a donc été luxuriant et les filaos de flic en Flac en excellent état.

Le 27 Décembre comme chaque année nous avons réuni tous les amis et la famille pour mon anniversaire.

Nous avions toujours la posibilité d’avoir des bouteilles de Johnny Walker red Label, j’en consommait 2ou tros et Denise 1 ou deux, tros à quatre fois la semaine.

On aimait toujours les réunions familiales pour goûter les plaisirs de la table.
Marie France est venue à Maurice avec Marie Claire en 2004. On prenait parfois le bis pour aller prendre le bain de Flic en Flac.

Le plat de camaron à Wolmar.
Le campement
Depuis 2004 Mimiche nous accompagne les mardis et vendredis à Flic en Flac pour le bain.
de Wolmar.
J’en profite pour courir sur la plage et faire mes exercices. Je peux encore le faire à 79 ans.
L’ordinateur et les tablettes fabriquées par Mimiche. C’est dans cette chambre que j’ai petit à petit enregistré les 3000 morceaux classiques présentées en DVD.sous format MP3.

Mazy venait régulièrement à Maurice et comme elle jouissait comme nous d’une bonne santé on faisait souvent la fête.
Janvier 2004.

La photo miraculeuse..
Le 15 août, le pape était en pèlerinage à Lourdes et la messe de l’Assomption était diffuse sur les ondes de RFO Réunion. En reprenant les vues, j’ai constaté q’une des photos montrait la Vierge Marie dont le corps transparent laissait voir le visage du pape. Cette photo inexplicable que j’ai distribué dans la famille et la plupart de nos amis, servira sans doute à forger davantage la foi .

Nous avons en ce jour de l’Assomption reçu une grande grâce de Dieu et la Sainte Vierge Marie.
Je n’ai pas voulu publier la photo, voulant éviter les quolibets d’incroyants ou même des catholiques qui se refusent d’admettre le surnaturel. Cette photo est dans la famille et certains membres s’en servent pour méditer et prier.
Prions pour que la Vierge Marie veuille donne un jour une explication de cette étonnante manifestation qui de toute façon fait du saint père le pape un être exceptionnel.

Le coffret souvenir.

Un coffret souvenir de mes quatre-vingts ans a été fabriqué par Mimiche Ithier en bois de teck.
Ce coffret selon mon choix va renfermer mes livres majeurs qui sont publiés dans plusieurs blogs.

Pater Dieu le Père.
Jésus les miracles et les apparitions
Le Saint Esprit
La Sainte Vierge Marie et les apparitions
Saint Joseph.
Les Hommes en 5 volumes.
Le livre : Pour mes quatre-vingt ans Autobiographie.
5000 morceaux classiques sur DVD

1 commentaire:

Philippe a dit…

J'ai beaucoup apprécié votre bibliographie qui m'a donné une idée de la vie de Maurice à l'époque de mes parents et grand parents. Je suis le petit fils du Dr René Ythier, ce qui m'a rendu encore plus curieux de vous lire.

Vous avez fait revenir à ma mémoire de très bons souvenirs, et des noms que j'ai entendu mentionnés dans ma tendre enfance.
Merci de mettre votre histoire à notre portée.
Philippe