14 février, 2009

Le Chanoine Philippe Rivalland





Le Chanoine Philippe Rivalland.

Philippe Rivalland (1905-1962) a été d’abord vicaire de Beau Bassin sous le père Luigi di Belbo Frezia, un italien, qui était ami de mon père. C’était vers 1942.
Il est devenu ensuite curé jusqu'à sa mort. L’évêque le nomma chanoine, ce qui était alors un titre honorifique. Le père Claude Sauzier (1909-2001) avait travaillé avec lui.

La paroisse du Sacré-cœur a fête ses 125 ans 1880-2005, 45 ans après la mort du père Rivalland.
Une messe à été célébrée à cette occasion par l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat un ancien paroissien de Beau Bassin. De nos jours, il y a environ 15 000 fidèles.
Du temps de mon mariage en 1951, il ne devait pas avoir plus de 6000 paroissiens.
Le père Rivalland de petite taille ; portait le plus souvent sa soutane avec la barette noire qu’il enlevait et remettait continuellement sur sa tête. Un geste connu de tous ses paroissiens?.

En 125 ans d'existence, la paroisse du Sacré-Cœur aura connu une quinzaine de curés. Parmi eux, le père Pifou, et le père Luigi Fresia di Belbo (1928-1946), qui apporta des améliorations à la structure de l'église. Philippe Rivalland (1947-1958), fondateur de la grande école paroissiale. J’ai aussi connu le Père Saueier et le père Avrillon .

La maison Blanche au bord de la cascade, de nos jours Thabor, qui a été le lieu où résida le Pape Jean-Paul durant son séjour à Maurice en octobre 1989, ne formait pas encore partie de la paroisse et était propriété privée.

Le père Frézia était un personnage unique.C’était un homme simple et populaire. Ayant pris sa retraite il a été à Belle Rose chez les sœurs . Il continuait à se déplacer à bicyclette. Il est mort après avoir été renversé par une voiture. Je me souviens qu’il parlait parfois dans son homélie contre les païens. “ Les non chrétiens qui nous entourent, ces païens, ces ignorants ! ” On était alors loin de l’œcuménisme, et la rigueur traditionaliste était la règle.
Le chanoine Rivalland parlait de son côté avec une grande vigueur et paraissait même se mettre en colère quand il faisait des reproches aux fidèles. Chacun en prenait pour son compte. Un dimanche était réservé aux hommes, un autre aux femmes, puis aux jeunes gens, aux ivrognes, aux joueurs, ceux qui vont toujours dans les derniers bancs, ceux qui assistent à la Messe dans la cour en fumant. En chaire, il parlait parfois contre la superstition et même contre les bigots.
Quand il se penchait sur les grands thèmes de la charité chrétienne et du devoir de solidarité des chrétiens, il avait un langage puissant.

Il réclamait des billets de banque ou des grosses pièces d’argent, "Pas de petits sous ". Il avait certes un programme erratique, mais savait sans doute faire avancer un plan bien établi selon les critères de son cru.
Je ne peux m’empêcher cependant d’admirer la franchise de ces ecclésiastiques qui disaient honnêtement leur croyance, et celle de leur Eglise, ce qui contraste singulièrement avec quelques attitudes contemporaines de doute et d'hypocrisie.
Il était en ces temps interdit de se rendre dans les lieux de culte des protestants et des adventistes.
Péché, Péché grave! Il n’y avait pas alors des grandes processions pour la Communion.Peu de fidèles allaient à la communion. Il fallait d’abord se confesser.
On avait intérêt à bien choisir son confesseur. Certains prêtres rigoureux, avaient la réputation d’être très durs avec les fidèles et il arrivait même que ceux-ci soient grondés ou sermonnés à haute voix. et étonnement, avec colère. D’autres prêtres au contraire n’en faisaient qu’une formalité et expédiaient la confession avec célérité. Le chanoine Rivalland dénonçait cette pratique, et précisait qu’il s’agissait, selon lui, de ‘confession à bon marché.

. En bas le confessional de l'église de Beau Bassin.

Le père Rivalland et le Scoutisme.

Le père Rivalland a aidé dans la création des scouts de Beau Bassin. Il s’est adressé aux dirigeants des scouts de Quatre Bornes pour avoir de l’aide. Raymond Rochecouste fut délégué pour initier la nouvelle société. Il devait travailler en collaboration avec les ainés

Dumazel et Koudou.
Les plus jeunes membres d’environ 17 à 18 ans ans étaient André Georges, Jean Casse, Robert Casse, Sténio Félix, Raymond Rivet, Sylvio Lebret et le jeune Dumazel. C’était bien peu de membres.
Raymond Rochecouste et Dumazel eurent vite fait d’initier les jeunes en les enseignant les codes et lois du scoutisme venant de Baden Powell
Le scoutisme permet aux adolescents de se forment eux-mêmes. Le but est d'encourager l'adolescent à se développer physiquement, spirituellement, mentalement et émotionnellement afin qu'il puisse avoir une place responsable et utile dans la société. Encadré par des enseignants chevronner et par le père Rivalland , les jeunes allait prêter le serment Scout à Pointe aux Sables.
Un groupe de scouts comprend différentes sections selon l’âge, mais à B Bassin il n’y avait qu’un groupe.
On nous enseignait à être créatifs. à faire des nœuds et avoir des connaissances pratiques de tout cuisine électricité étc. On était équipé pour faire du camping, faire des ascensions de montagne, participer à des randonnés.
Le scoutisme a été fondé à l’île Maurice en août 1912. Trente ans plus tard le père Rivalland fonde les Scouts du Sacré Cœur de de Beau Bassin. Le père Margeot qui était un des dirigeants du diocèse encourageait ce mouvement. Un Il y avait quelques groupuscules comme le notre dans d’autres paroisses mais on était loin des 1000 membres de à Maurice et Rodrigue comme de nos jours.
Nous avions notre badge et notre propre foulard. Je n’étais pas personnellement doué pour bien ficeler ce foulard ni pour faire des nœuds compliqués de marins.

Le prêtre semblait nerveux avec les jeunes indisciplinés

1° Un Scout doit être digne de confiance. Il nous regardait tous collectivement
2° Loyal. Il semblait regarder les aînés
3° Secourable. Il ne nous trouvait pas encore efficaces dans ce domaine.
4° Amical. Il lorgnant du côté d’ André Georges.
5° Courtois. Il semblait me scruter avec un semblant de sévérité.
6° Bon.
7° Obéissant. Il glissait un regard sarcastique vers les frères Casse .
8° Joyeux. Ses jeunes Scouts ne demandaient que l’occasion de rigoler.
9° Econome. Il toise Dumazel en le nommant Secrétaire et financier.
10° Brave. Il jeta in coup d’œil sur le timide Sylvio
11° Honnête. et
12° Respectueux envers Dieu.
Cela méritait une petite séance de catéchisme, pour tous, grands et petits.
- Quand vous venez vous confesser, ne racontez jamais des balivernes. N’essayez pas de me prendre pour un imbécile.
On a été collectivement fiché comme Scout après la séance de prise de serment.
Nous avions dorénavent la faculté de tourner la main comme il convient selon le rite, pour le salut scout. Cela semblait important pour Rochecouste et Dumael mais pas pour le prêtre.
Le père Rivalland devait régulièrement venir nous parler et acceptait d’organiser des sorties. C’est ainsi qu’il avait eu l’autorisation de la paroisse de Chamarel pour que l’on passe deux nuits dans la cour devant l’église.
Le dimanche, il était venu avec son ami le père Margeot qui devint plus tard Cardinal. Le père Rivalland mort bien avant, ne l’a jamais su.
Je me souviens que le père Margeot d’une grande douceur qui contrastait avec la nervosité du père Rivallant, s’amusait quelque peu à voir les efforts de si jeunes garçons pour vivre en communauté temporaire. Le père Rivallant nous désignait selon ses normes : les gourmands, les timides et les têtus comme Raymond et moi.

Le Chanoine Rivalland était d’une grande intelligence et avait certes le don de la parole même s’il n’avait pas le timbre de voix musical du père Margeot ou du père Sauzier.
Il avait des amis personnels et ne dédaignait pas de prendre quelques verres quand il venait jouer aux Cartes.
Il était assidu chez Maurice Kalle à Cascade Road entre Rose Hill et Beau Bassin. Je l’ai souvent rencontré dans cette maison, car nos deux familles se fréquentaient régulièrement.
Il y avait les trois fils dont l’aîné Robert, et les filles Jacqueline, Ninette et Arlette qui était de mon âge, et qui devait épouser Raymond Rivet.
Je crois que le bonhomme Rivalland, comme tous les joueurs, n’aimait pas perdre et se consolait à sa manière en abusant de l’alcool.
Sa santé quelque peu fragile ne lui permettait pas des excès de boissons alcooliques.
Il devait de plus en plus avoir des problèmes d’estomac. Ce qui allait être la cause de sa mort prématurée..
Ma soeur Mazy qui le connaissait nien m'a précisé:"Moi je l'ai bien connu, a l'ecole ou il venait jouer Boule Cassecote avec nous pendant la recreation et puis plus tard il etait notre aumonier pour notre groupe de jeunes les "Jicistes". Il m'a donne la photo que je t'envoie prise pour son depart en Europe. Il nous avait aide Clair et moi financierement pour faire faire nos meuble, sans interets.
En vas L'autel de la Vierge du temps du père Rivalland Reconstituée

Les grandes réalisations du Père Rivalland
Le prêtre ne s’est pas seulement occupé de Scoutisme. Il avait de grandes ambitions pour l’église du Sacré Cœur mais aussi pour la création d’une école et d’un collège catholique à Beau Bassin. Avec l’appui du père Margeot et de l’évêque, il devait trouver des fonds pour réaliser ses projets. Les paroissiens devait aussi participer à ces réalisations
L’école porte son nom.
Philippe Rivaland RC , Rue Shand, Beau Bassin. Cette école a formée beaucoup de jeunes mauriciens . Elle avait la réputation de produire un grand nombre de boursiers.

Les bancs privés.
A Beau Bassin comme dans d’autres paroisses , les bancs étaient retenus par des privilégiés qui avaient une certaine somme à la paroisse. On organisait chaque année la vente des locations de bancs. Des personnages incontournables de la ville avait toujours le même banc. Nous avions notre propre banc Félix avec sa plaque distinctive. qui était à la même position du temps ou vivait mon père. Le banc des Bancilhon ou on on voyait Anarole Bancilhon arriver à la messe avec sa femme et ses huit enfants, en file disciplinée. Le banc des Salesse qui accueillait que deux vieux. En bonne position Willy Larché, l’huissier qui avait une grande maison avec trois boules dans la varangue.
Il était très brun et les passants disaient pour s’amuser ; « Pruneau dans bocal. »
On devait s’avoir après sa mort qu’il ne s’appelait nullement Larché.
Plus près de l’autel, les grands bancs des riches, habitant la ville : Les Goupille, Piat, Ducray, Lesur et autres notables. Les trois derniers bancs étaient réservés aux pauvres.
A l’arrière de l’église des gens se tenaient debout.
Le père Rivalland faisait régulièrement, avec une colère véritable ou simulée sans grand succès, une campagne pour que les personnes n’assistent pas à la Messe dans la cour en dehors de l’église.

Le père Rivalland n’avait sans doute pas, il me semble, accepté mes opinions sociales et religieuses exprimées avec ostentation chez lez Kalle pendant ses parties de Bridge. Il devient donc tout rouge quand lors d’une séance de vente de banc, ma mère m’ayant délégué, je me suis mis à mette un prix plus élevé sur le banc bien placé de Willy Larché. Comme Willy n’avait pas, comme chaque année pris la peine de se déplacer, personne ne pouvait surenchérir et il a bien fallu m’attribuer le banc.
Je dois dire que le bon prêtre me promut d’emblée comme étant une graine de révolutionnaire et un caractère difficile. Un jeunot irrespectueux, ingrat de sa formation de scout.
Je ne pense pas que le père Rivallant a changé beaucoup son avis, avec le temps. Quand il a célébré mon mariage, en 1951, il devait bien souligner à Denise, en me toisant avec amusement, que dans le mariage il fallait parfois subir les maris difficiles et qu’il lui souhaitait beaucoup, beaucoup de patience !
Je suis heureux de constater que de nos jours la vente des banc par location a été abolie. Les paroissiens s’installent là ou ils veulent. Il faut ici souligner que du temps du Père Rivalland il n’y avait pas d’autofinancement et que les frais nécessaires pour le financement de la paroisse devaient provenir des paroissiens les plus riches et autres donateurs que le prêtre connaissait personnellement.

Je peux aussi souligner que ma femme a certainement eu la patience requise, car nous venons de fêter nos 57 ans de mariage.

La procession de la Fête Dieu.

Pendant que le père Frésia tenait le dais, le père Rivalland se complaisait dans la grosse besogne de diriger les opérations de mouvement et de discipline Il avait eu chaque année l’autorisation d’emmener ses paroissiens vers le reposoir, dans la vaste demeure des Goupille.
Il fallait surveiller que l’on abîme nullement les parterres. Il avait désigné des endroits critiques ou la procession devait momentanément s’arrêter pour des prières. C’était devant les maisons de certains notable.
La grosse foule éparpillé dans le vaste jardin des Goupille, visiblement satisfaite et fière, écoutait avec recueillement le concert de musique religieuse du maestro Frederic.
En ces temps, hélas révolus, le peuple aimait entendre du Bach du Schubert ou du Mozart et n’ exigeait pas de la musique tam tam et des paroles en créole.

Références.
La Paroisse du Sacré-Cœur, Beau-Bassin, 1880-1980
Par Amédée Nagapen
Publié par Diocèse de Port Louis, 1980

Allons à la Messe. Blog de Sténio Félix Blogspot . Messes et Sacrements

L'école qui porte son nom.











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